LES AMIS A VAUCLUSE
profiter*. Pétrarqne se plaignait un jour d'avoir manqué ainsi une de ses visites : « Comment as-tu pu passer cinq jours chez moi, sans moi?.. Je t'en voudrais beaucoup, si tu n'avais diminué de façon charmante l'injure que tu me faisais, en te servant de mes livres et en les fréquentant jour et nuit. Je m'étonne, il est vrai, que ton noble esprit, parmi les saints auteurs, les historiens, les philosophes et les poètes, ait pensé à rechercher encore mes pauvres bagatelles... Mon métayer me dit que tu- désirais quelques livres, mais que tu ne voulais pas les emporter sans ma permission ; je t'en prie, use donc à ton gré de ma personne et du peu qui m'appartient*. »
Le métayer de Pétrarque, à Vaucluse, Raymond Monet', ne peut être oublié, quand on parle des livres dont il fut le gardien naïf et dévoué. Écoutons son maître, dans la touchante lettre où il raconte la mort de ce modèle des serviteurs d'écrivain : (( C'était un homme des champs, mais qui avait plus d'intelligence et d'urbanité qu'un citadin ; je crois que la terre n'a pas produit d'être plus fidèle. Son admirable dévouement suffisait à compenser la méchanceté et la perfidie de tous les gens de mon service... Aussi lui avais-je confié entièrement ma personne, mes biens et tous les livres que j'ai en France. Quoiqu'il y ait une grande variété de volumes de tout genre et que les plus petits formats y soient mêlés aux plus grands*, je n'ai jamais rien trouvé de dérobé ni môme de changé de place, quand je revenais après ces longues absences, dont l'une a duré plus de trois années *. Cet illettré était fort ami des lettres et gardait avec une vigilance particulière les livres qu'il savait m'étre les plus chers. Il était même parvenu par une longue habitude à connaître de nom les œuvres des anciens et à distinguer au milieu d'eux mes modestes travaux.