JUGEMENT SUR SENEQUE
gloriam, dure seiiex, niniis mollùer, ?}e rursus dicam pueriliter^ coiwupisti. Et plus loin : Relege libres quos ad eiim ipsum de Clementia, relege quem ad Polybium de Consolatione dictasti, si iiel libres uel libroriim memoriam Lethaei gurgitis unda non obruit, Pudebit, credo, laudati discipuli : qua enim fronle de tali talia scripsisse potueris, ignoro ; certe ego illa sine piidore non lego,,.^ Tout le passage montre à quel point Pétrarque se sépare des idées du moyen âge, qui voyait dans Sénèque un modèle de vertu, presque tin saint \ Il termine sa lettre en disant qu'il espère du moins que Sénèque n'a pu applaudir à la persécution des chrétiens : Et ita tibi uistim ; una qiiidem epistolarmn tnarnmad Apostolnm Paulum non modo innnit, sed faietnr, Neque tibi uideri potiiisse aliter certiis siim, illis tam sacris ac caelestibus monitis aureni non neganti obtatamque diuinitus amicitiam complexo ; quam ittinam arctius teniiisses nec diuellereris in finem, ttt ciim illo praecone neritatis pro tieritate ipsa et pro aetemii praemii promissione tantique promissoris pro nomine morereris!.,. Aeternnni iiale\
Sur le paganisme de Sénèque, Pétrarque n'est pas moins précis en un autre passage, où il rappelle le Catalogue de
1. Texte tout autre dans Fracassetti, donnant par ex. uilitate pour uanitate, et toute une ligne de plus après diclasli.
2. Ecoutons Abailard : Seneca maximus ille paupertatis et continenliae sectator, et summus inter uniuersos philosophorum morum acdffîcator.,. {Abaelardi op., éd. Cousin et Jourdain, Paris, 1849, t. I, p. 195). Seneca quoque, inter uniuersos philosophas tam moralis doctrinaequamuHae gratiam adeptus, Spiritum Sanctum bonorum omnium distrihutorem patienter profitetur^ ita de ipso ad Paulum Apostolnm in quarta scribcns epistola... (t. Il, p. 60). Jean de Salisbury semble aller plus loin .-iViVu* desipere uidentw% qui quemcumque secuti non uenerantur eum, quem et Apostoli familiaritatem meruisse constat et a doclissimo pâtre Ilieronymo in sanctorum catalogo positum (cité par Schaarschmidt, /. c, p. 93).
3. Cette lettre (Fam, XXIV, 5) est la première que P. ait écrite de la série adressée aux anciens ; il le dit lui-même dans la préface aux Familiares (éd. PYacassetti, 1. 1, p. 25), et nous apprend en même temps qu'elle a été composée après une lecture de VOctauia. Date : Apnd superos in Gallia Cisalpina ad dextram Padi ripnm [à Parme, suivant le texte Fracassetti], Kalendis Sextilibus anno ab ortu eius quem an tu rite noueris incertum habeo I3'i8. (Toutes mes citations donnent le texte du Par. 8568, f. 282 '-283).
S. Jérôme, sans en rien tirer des conclusions de Jean de Salisbury ou de Boccace : [Paulus] doctor gentium Senecam, inter scriptores sacras a Hieronymo relatum, tamen haud dubie paganum hominem, laudat adeum missisepistolts\,.? Comment aurait-il pu conserver des doutes, en présence de la doctrine de Sénèque sur le suicide, pour laquelle il témoigne à plusieurs reprises sa répugnance? Habuit haec opiiiio magnos auc tores, Annaeum Senecam in primis, qui ad eam tam constanter et tam saepe reuoluitur, ut mihi quideni uonus uideatur ne non propria sua sit mirarique cogat interdum, unde tam tristis sententia tanti uiri pectus inuaserit^. Il exprimé ailleurs d^autres réserves; il dit à Sénèque qu'il Técouterait, nisi alter obsisteret ?ion te minor et, si maiorem dixero, credo non indignabere ; et cette autorité est celle de Cicéron^ Notauiego aliquotSenecaesententias,sedutarbitror 71071 iniuste ; notaui aliquas, crede 7nihi, plures poteram^ et tame7i Seneca7)i ipstmi 7niror ac ueneror^. Il prétend préférer les lettres de Cicéron à celles de Sénèque; mais ce «'est qu'au point de vue de la littérature épistolaire^ car il goûte infiniment les dissertations morales du correspondant de Lucilius et ses propres lettres doivent beaucoup plus à celui-ci qu'au correspondant d'Atticus. En somme, il reste en face de Sénèque sur une défensive continuelle, tout en subissant pourtant, plus qu'il ne le croit, l'influence d'un esprit qui a beaucoup d'analogies avec le sien.
Jusqu'où est allée cette influence? On nous a montré Pétrarque prêtant au De tra7iquillitate a?iimi la même attention qu'aux Confessions de S. Augustin et se laissant gagner par les décourageantes théories qui remplissent l'œuvre, au titre trompeur, du philosophe romain*. Notre poète a écrit