LES APOCRYPHES DE SENEQUE
ex libris abolita» per bibliothecas autem Galliarum, ubi scriptum cre- (litur, adhuc stante, noscuntur. Isti uero inopem scriptorem et hoc forsan unico gloriantein suo spoliant, ut diuitem et rébus onustvim suis onerent alieno. Neque hoc contenti, sua sibi quoque bis ingerunt, qood in libro De Moribus ac Prouerbiis obseruatum est, qui libri Senecae dicuntur cum in eis nihil ille peccauerit, nisi quod in aliis sparsim scripsit, unde illa decerperentur exmultis unum inlocum importunius aceruanda. Nam quidem ille nisi de moribusagit; etsententiae breues ac praecisae, quibus ante alios abundat, quid nisi prouerbia quaedam sunt? Neque i(}eo tamen ex bene distinctis apteque dispositis haec suorum confusio sequi debuit, neque hic raptus alienorum; quasi indignum esset, ut pauper ille Martinus de uirtutibus, quarum cultor esse potuit et fortassis fuit, aliquid cogitaret ac scri béret, sed referri ad unum omnia etiam mendacio oporteret, neque uirtus atque honestas subiectum esse posset alterius, cum sit omnium mortalium et Platonis ante alios atque Aristotelis, et ex nostris M. Tullii, ad quem nominatimi M. Bruti liber est de uirtute clarissimus, cuius et Seneca ipse suis in libris merainit^
En revendiquant pour Martin, évêque de Braga à la fin du VI® siècle, le traité De quatuor uirtutibus, Pétrarque se trompe, le travail de Martin n'étant qu'un plagiat, déguisé par la préface, de la première partie d*un apocryphe de Sénèque composé antérieurement, le De copia nerborum^\ mais il fait preuve d'attention en identifiant deux ouvrages de titre différent dans les manuscrits, le De quatuor uirtutibus et la Formula honestae uitae^ et il a raison de refuser à Sénèque toute part dans ce recueil, qui n'est même pas, comme le De moribuSy une compilation extraite de ses œuvres. Au reste, ce ne sont point tant les résultats acquis par Pétrarque qui nous intéressent ici que la direction et la méthode de ses observations.
Il croit, bien entendu, à l'authenticité de la correspondance avec S. PauP ; mais il a étudié trop bien la philosophie de Sé-
1. Sen. II, 4 (Ojo. 761). Texte corrigé à Taide du Par. 8571, f. 19'.
2. Ce point a été mis récemment en lumière par Hauréau, qui a élucidé toute la question dans les Nol. et extraits des mss,^ t. XXXIII, I, p. 208sqq., et dans ses Notices,., de quelques mss. latins^ t. Il, 1891, p. 202 sqq. Rossbach l'a étudiée à un autre point de vue dans Brest. AbhandL, t. II, 1888, p. 84 sqq. Comme le texte de P. semble inconnu à tous les deux, j'ai cru intéressant de le donner intégralement.
3. Laurent Valla est, ce me semble, le premier à l'avoir niée ; le même auteur, dont la critique est souvent si neuve, ne distingue point cependant Sénèque le rhéteur du philosophe.
nèque pour admettre, comme Boccace le fait encore*, que celui-' ci ait pu être chrétien. L'idée qu'il se forme du personnage est d'ailleurs développée avec abondance dans la lettre qu'il lui adresse ; il y sépare nettement son admiration pour le moraliste de son jugement sur Thomme public. L'épître est longue, et je puis à peine l'analyser ici^ Pétrarque commence par citer un éloge de Sénèque par Plutarque qui a embarrassé les érudits, car on n'en trouve aucune trace dans les ouvrages qui nous restent de Plutarque ; mais le poète ne connaissait aucun livre de ce dernier et le témoignage sur Sénèque est emprunté par lui à VInstitutio Traiani, apocryphe cité sous le nom de Plutarque et auquel il renvoie expressément dans une autre partie de ses œuvres*. Pétrarque plaint Sénèque d'être tombé aux mains de Néron: Ve7ieras, o miserabilis senex, in hominis maniiSy qui quidquid uellet posset, nil nisi pessimum uelle posset; puis, il le blâme, en s'excusant d'une respectueuse franchise, pour son rôle de courtisan : Testent nempe certissimiim habemus et qui de summis uiris agens nec metu flectitur nec gratia, Suetonium Tranquillum. Is igitur quid ait? auertisse te Neronem a cognitione ueterum oratorum, quo scilicet in tiii illum admiratione diutius detiîieres^.., Pinma haec miseriarwn tuarum 7*adix ab animi leuitate, ne dicam uanitate, jwofecta: inanem studiorum
\. V. le curieux morceau du Comenlo sopra la Commedia, l. XVI (t. I, p. 402). Boccace n'affirme pas le christianisme de Sénèque avec la confiance d'Abailard, par exemple ; mais il penche visiblement à l'admettre , et s'étonne que Dante ait placé le philosophe parmi les païens, alors surtout que S. Jérôme l'a nommé parmi les écrivains ecclésiastiques. (Bibliographie de la question dans Graf, Roma, t. II, p. 284 sqq.).
2. On peut la lire en français (trad. V. Develay) avec la lettre à Varron, dans le Bull, du biblioph. de 1881. Observer que l'allusion faite par P. à un ouvrage où il a mentionné l'abandon des biens de Sénèque {Res et ueteribus historicis nota est, et mihi ipsi illorum uestigiis incedenti haudquaquam silentio praetermissa) ne se rapporte point au De Wr?s, mais à Rer. mem. III, 3 (Op. 441).
3. Rpm. I, 81 : Ut Plutnrchm philosophus ad Traianum principem discipidum SHum scribit. Cf. Fam. XVIII, 16; XXIV, 7. Un écrivain formé par Pétrarque, Lombardo délia Seta, s'est également servi de VInstitutio Traiani dans sa vie inédite de Trajan. Cf. Le De Viris de P., p. 80, note. Ajouter les observations de Hortis, Archcogr. Triest.^ 1878, VI, p. 292-293.