‹ Pétrarque et l'humanisme (volume 3)Chapitre 288 sur 362 · TEXTE GREC DE PLATON · texte numérisé non relu

TEXTE GREC DE PLATON

adortuSf forsitan profecisset, nisi michi illum inuidisset mors honestisque principiis obstitisset, ut solita est^.

Tout ce texte est fort important pour élucider la question des études grecques de Pétrarque. C'est le meilleur document pour établir qu'il fut le premier humaniste italien à recevoir des leçons de grec. Cette priorité est reconnue par les générations du début de la Renaissance, et le florentin Gianozzo Manetti la proclame dans un passage de sa vie de Boccace, où il a tracé à grands traits, non sans un vif sentiment de lettré, un tableau de l'histoire du retour des lettres grecques en Italie et principalement en Toscane : Ayite Petrarcae tempora posteaque Latina lingua remittere paulatim pristinas tares suas coepit. Nulla peiie in Etruria Graecarum litterarum mentio a nostris hominibus per multa saecula habebatur ; sed qui tune eranthominesy suis eontenti disciplinis, aliénas non quaerebant. Petrarca igitur primus ex nostris peregrinas litteras attingere conatus sub Barlaam...* Examinons de plus près les relations de Pétrarque avec Barlaam de Seminara.

La carrière du célèbre moine basilien est aujourd'hui assez bien connue, ainsi que les deux missions religieuses qu'il remplit à Avignon, auprès du pape, avant celle de Sigeros, en 1339 et 1342'; mais on est moins fixé sur l'année où Pétrarque reçut de lui ses premières leçons. Comme le poète ne dit nulle part qu'elles aient eu lieu à deux reprises et comme

1. Vat. 3359, f. 28. Dans Op. 1053-54, le texte est incorrect en plusieurs endroits. Je prends la responsabilité de la ponctuation, qui modifie le sens attribué jusqu'ici au morceau.

2. Manetti est aussi d'avis que la priorité de ces études n*appartient point à Boccace, dont il dit : A^ec hac nostra Latinorum librorum copia itel inopia potius contentas, Graecas litteras discere concupiuit.., in quo quidem Petrarcam^ ut arhitror^ imitattis,.. Je cite diaprés le Par, 5828, f. 2 13 '-21 4, n'ayant pas sous la main l'édition de Mehus (Florence, 1747); c'est une occasion de signaler que les trois vies de Dante, P. et Boccace, qui sont sans titre dans ce ms. et restent anonymes au catalogue, sont celles de Manetti.

3. V. Gianant. Mandalari, Fra Barlaamo catabvesCy maestro dcl P,, Rome, 1888 (avec une liste de mss. des œuvres de Barlaam.) Ce travail représente le parti pris de l'éloge ; on trouve le parti pris contraire dans Voigt, Wiederbelebung^, t. II, p. 105.

rien ne prouve qu'il ait connu Barlaam dès 1339*, il faut, je crois, fixer à Tannée 1342 l'époque de ses premières tentatives dans Tétude du grec. C'était un maître singulier que le hasard lui avait envoyé. Théologien avant tout et mathématicien, Barlaam n'avait rien de l'humaniste et, s'il semble avoir possédé assez peu les lettres grecques profanes, il était presque entièrement étranger aux lettres latines. Pétrarque prit cependant goût aux entretiens du docte calabrais, dont l'horizon littéraire était si différent du sien, et il reçut de lui, pendant quelque temps, des leçons quotidiennes de langue grecque, où le maître, inexpert en latin, s'instruisait au moins autant que le disciple'. Le manuscrit de Platon put servir à ces exercices ; Pétrarque apprit à lire et à écrire Tonciale ; il n'est pas sûr, comme on le verra plus loin, qu'il soit allé jusqu'à la minuscule. En tout cas, il était encore bien peu avancé, quand son guide dut quitter Avignon '. Barlaam, qui s'était rallié à TÉglise latine, fut nommé évêque de Gerace en Calabre, grâce en partie, nous dit Pétrarque, à l'appui de son écolier, qui l'avait sans doute recommandé aussi au roi Robert. Notre poète espérait le retrouver plus tard et reprendre ses leçons précieuses, quand il apprit sa mort, peu d'années après: Barlaam nostrum, écrira-t-il à Sigeros, mihi mors abstulit et^ ut uerum fatear, illum ego mihi prius

1. Mandalari (p. 52) ne peut appuyer cette opinion que par des subtilités qui, en définitive, sont sans valeur. (Le passage du Secretum peut être de la fin de 1342 ou ajouté après coup.) Peut-être, en 1339, P. s'occupait-il plus de poésie que de toute autre chose.

2. Ille ... cum multa mihi quotidiano magistro coepisset impendere, non pauciora quidem^ saepe etiam lucrum ingens ex conuictu nostro sese pcrcipere fatebalur, urbane nescio an uere; sed erat ille uir ut locupletissimus graecae, sic romanae facundiae pauperrimus et qui^ ingénia agilis, enunciandis lamen effectibus laboraret, Itaque uicissim et ego fines suos, illo duce, trépide subibam, et ille post me saepe nostris in finibusobeiTabat^ quanquam stabiliore uestigio, Nam et hic quoque ratio diuersa: illienim plus multo latini quammihi graeci erat eloquii. Ego tum primum inchoabam, aliquantulum ille processer at... (Fam. XVIII, 2. Texte du Par. 8568. Il est évident que P. fait plus de cas des connaissances de Sigeros, à qui il écrit, que de celles de Barlaam ; d'autre part, celui-ci semble avoir augmenté sa culture latine pendant la dernière partie de sa carrière.)

3. Il y était encore le 2 octobre t342, jour de sa consécration épiscopale (Sade, t. II, p. 77.)

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