‹ Pétrarque et l'humanisme (volume 3)Chapitre 300 sur 362 · TRADUCTIONS DU GREC · texte numérisé non relu

TRADUCTIONS DU GREC

évidemment celle qu'on attribue le plus ordinairement à S. Ambroise. Son exemplaire, non retrouvé, a dû servir au continuateur du De Viris, L. délia Seta, qui le consultait pour écrire la vie de Vespasien et celle de Titus. Nous possédons, avec des notes de la main de Pétrarque, la traduction d'une partie des Antiquitates, réunie à celle du Contra Apionem; en ce dernier ouvrage, ses nombreux sommaires relatifs à Thistoireet àla philosophie nous révèlent une source de ses informations sur l'antiquité orientale\ Un autre texte grec qui lui a servi, surtout au point de vue des notions chronologiques, est la Chroniqtte d'Eusèbe traduite par S. Jérôme, qu'il cite quelquefois avec la simple indication Liber de temporibus. Il possédait enfin, toujours en traduction, un opuscule de S. Athanase, deux traités de S. Jean Chrysostome et une vie de S. Clément pape. Voilà toute la littérature grecque existant chez Pétrarque. Ce serait, en vérité, bien misérable, s'il n'était parvenu à y ajouter cette traduction d'Homère, dont l'histoire est le premier épisode de la renaissance des études grecques en Occident*.

Dans l'hiver de 1358-59, pendant un séjour à Padoue, Pétrarque fait la connaissance d'une sorte d'aventurier à demi lettré, qui cherchait à cacher son origine calabraise, en se faisant passer pour grec, et se nommait Léon ou Léonce Pilate (IliXaTo^?) Comme il se disait élève de Barlaam' et parlait aussi le grec, notre poète vit une fortune inattendue dans cette rencontre et saisit l'occasion de se faire traduire quelques passages de son manuscrit d'Homère : Quoddam breue, écrira-t-il plus tard, ubi Homeri principium Léo idem ialinis uerbis olim mihi quasi totius operis gustum obtulit, elsi

1. V. la description du Par, 5054 dans De Patrum... codicibus in hiblioth, Petrarcae,

2. Elle est racontée dans les pages qui suivent, avec toute la précision, je crois, que comportent les documents, et plus exactement que ne l'ont fait les narrateurs antérieurs, à commencer par Tauteur du travail inséré dans la Bévue de philologie de 1887.

3. Dicehat enim Leontius a Barlaam Calabro praeceptore sua el ab aliis eruditis uiris in lalibus audisse saepius.,, (Boccace, Gen. deor, éd. de Venise 1473, non paginée, XIV, 8. Cf. XV, 6: Barlaae audilorem). P. l'appelle Léo ou Léon plutôt que Leontius.

Hieronymi sententiam faueat^, placet tamen ; habet enim et siiam delectationem abditam^. Il ne dit pas avoir essayé de reprendre à ce moment de nouvelles leçons de grec^; peutêtre en fut-il découragé par le caractère de Pilate, qu'on s'accorde à représenter comme d'humeur inquiète et grossière*. Il ne perdit pas grand'chose : les témoignages qu'on trouvera plus loin et les nombreuses allusions des œuvres de Boccace font juger de l'insuffisance de l'enseignement que pouvait donner le Calabrais*.

Boccace, au contraire, ne tarda pas à devenir son élève. Il avait rendu visite à Pétrarque à Milan au mois de mars 1359*; c'est alors, sans aucun doute, que celui-ci parla de Pilate et suggéra à son ami l'idée d'utiliser ses talents. Il s'agissait avant tout pour Pétrarque d'obtenir la traduction complète d'Homère qu'il rêvait depuis longtemps ; le Florentin ne la désirait guère moins et pouvait, en outre, compléter avec un maître sa connaissance de la langue grecque, ébauchée, semble-t-il, durant ses séjours à Naples. Peu après', Pilate ajant montré l'intention d'aller chercher fortune à Avignon, Boccace le détourna de cette idée et le fit venir à Florence dans la première moitié de 1360'. Il obtint de la Seigneurie

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