‹ Pétrarque et l'humanisme (volume 3)Chapitre 330 sur 362 · Cf. p. 73 sqq · texte numérisé non relu

Cf. p. 73 sqq

4. V. dans Gloria (Docum. ined,, pièce vu) une liste de peintres établis à Padoue au temps des Carrare. Quant à lombarde, il n'était point étranger aux choses de Tart (v. plus haut, p. 262, n. 2).

l'iconographie de PÉTRARQUE. 383

récemment peintes à fresque dans une salle du palais de Padoue^; le manuscrit et le dessin qui l'accompagnait devaient donc passer sans cesse sous les yeux de leur possesseur.^

L'artiste semble, d'ailleurs, s'être conformé aux intentions du donateur et du donataire. Le portrait est très simplement traité, mais plein de vie : point de laurier autour de la tête, ni d'accessoire d'aucun genre, la cape de l'époque serrant le front et cachant les bras. Si le peintre n*a pas travaillé d'après nature, il a connu, du moins, parmi les portraits de la maturité du poète, celui qu'on jugeait le plus ressemblant et il l'a (idèlemenl reproduit. Il donne rimpression d'une œuvre -intime, sans prétention, qui devait plaire aux familiers du maître en le faisant revivre sous leurs yeux.

Toute description est rendue inutile par la gravure mise en tête de ce volume. On remarquera que l'image s'accorde, dans une certaine mesure, avec la fresque de l'évêché de Padoue, et qu'elle ne contredit pas celle qu'Andréa del Castagno avait peinte à la villa Pandolfini et qui est aujourd'hui au Musée national de Florence '. Elle concorde avec les textes contemporains qui nous décrivent l'extérieur de Pétrarque: Statura mediocris aut paalo saperior, plena faciès^ rotundiora membra, et in senectute ad crassitudinem uergens, colore lucido inter candidum et sabnigrum, uiuacibus oculis,,, ^

Il est curieux de remarquer que le portrait de Dante reconnu généralement comme le plus sûr, et qui a servi, à ce titre, de modèle pour la médaille connue de Giovanni Dupré, est également une miniature de manuscrit, le profil de la Bibliothèque Riccardi^; le portrait de Boccace, si l'on en croit un de ses critiques, devrait

1. V. Zardo, // P. e i Carraresi, p. 119 et 182. Cette salle, dont les murs ont été recouverts au xvi* siècle de sujets analogues, existe encore et forme la salle principale de la bibliothèque de l'Université. On y voit un grand portrait en pied de P. dans son cabinet de travail, ancien, mais repeint et détérioré; en pendant, est un portrait de Lombarde.

2. Il y a peut être lieu de tenir compte d'une petite miniature représentant P. de trois-quarts, dans l'initiale d'un manuscrit des Res memorandae (Par, 6069 T) et de l'initiale môme du 6069 I, cité plus haut. La première, si mes souvenirs sont exacts, est identique à celle qui est en tète d'un recueil d'oeuvres latines de P. conservé à Venise et semble avoir même origine (Marc, /a/., cl. VI, 86).

3. P.-P. Vergerio, au passage cité p. 103, n. 2 ; Vergerio reprend plusieurs expressions de P. lui-môme dans sa lettre à la postérité.

4. C. Negroni, Del ritratlo di Dante Alighieri, Milan, 1888, in-4«, avec une gravure à l'eau-forte de la miniature du Riccard. 1040.

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être cherché dans des documents du même genre*. Mais il s*en faut que ces images posthumes des deux autres maîtres du trecento aient une authenticité aussi assurée que celle de Pétrarque, exécutée très peu de temps après sa mort, dans le pays où il avait fini sa vie, par un artiste qui avait pu le connaître et qui travaillait pour ses meilleurs amis. C'est là, semble-t-il, un ensemble de garanties plus sérieuses que celles dont l'iconographie est obligée de se contenter d'ordinaire. En l'absence d'une œuvre meilleure, ce portrait aidera à satisfaire la curiosité des admirateurs de Thumaniste et des fidèles du poète.

1. Corazzini, Le lettere^ p. lxxxviii. Le portrait le plus autoriî'é de Boccace, selon lui, serait à la Biblioth. Nationale de Florence, Palch. II, cod. 38 (figure entière à la plume).

EXCURSUS II.

péTRARQUB JARDINIER.

Après rétude, c'est la nature que Pétrarque a surtout aimée. Use plaisait dans son jardin presqueautant que dans sa bibliothèque. Quand il parle des gens et des choses de la campagne, son latin souvent monotone s'anime aussitôt, change de ton et prend Taccent du sentiment sincère. C'est ainsi qu'il a donné l'immortalité à son métayer de Vaucluse, si dévoué au maître, si bon gardien des manuscrits, si fîer d*ètre admis aies toucher. De même pour sa vieille servante provençale, au cou tanné par le soleil, âme simple, corps sans grâce, m^is humble, sobre, dure au travail, et que le lecteur n'oubliera pas*. On sait avec quel charme Pétrarque décrit ses retraites favorites, son Hélicon transalpin ou son Liternum lonibard. Tantôt il fixe des paysages d'une extrême précision: luxta [Sorgiam] bre ai lantam ponte disiuncta, ultima domus in parte, textado uiuis ex lapidibas curaata suspendiiur, quae nanc caelo ardente sentir: uetat aestatem ; locus est qui ad sladium accendat..,; tantôt il trace en quelques mots les plus gracieux tableaux champêtres: Ludunt argentei pisces in gurgite uitreo, rari procul in pratis mugiunt boues, sibilant aurae salubres leuiter percussis arboribus, uolucres canunt uariaein ramis..,*. Toutes les fois qu'il aborde ces sujets, son style a plus de fraîcheur, de couleur, de verve, et laisse bien vite, sous l'humaniste, apparaître le poète.

Mais à côté de l'amateur des champs, du lecteur de Virgile qui date ses lettres de l'ombrage d'un châtaignier, il y a chez Pétrarque, le croirait-on ? un véritable horticulteur. Il engage, dans un traité, ses lecteurs à se livrer aux travaux de la terre pro otio et cur arum aller natione^^ et dit lui-même, à propos de Vaucluse :

1. Saxea muliercula, V. tout le passage dans la lettre sur Vaucluse adressée à Nelli (Faw. XIII, 8).

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