‹ Pétrarque et l'humanisme (volume 3)Chapitre 340 sur 362 · PETRARQUE DESSINATEUR · texte numérisé non relu

PETRARQUE DESSINATEUR

avec cette légende autographe: Transalpins iolitado mea iocandUsima, et a clé appelé sur cette page par le récit de Pline dans ffi*(. nat. XVIII, 51 {Est in Narbonensi proaincia nobilts fons, Orge nomine etli in eo kerbae nascantar, etc.'). Pétrarque, voyant ici le nom de la source de la Sor^ue, a cru devoir corriger le texte, en ajoutant au mot 0/-(^e un S initial dans l'interligne et a mis en marge Sorffie fons. Puis, il a voulu fixer en cet endroit, destiné à repasser souvent sous ses yeux, l'image de sa résidence tant aimée ; et nous l'y trouvons en eilet, très simplifiée, mais très rcconnaigsable, avec

la cavité d'où s'échappe le torrent, « il gran sasso donde Sorga nasce » et, au sommet du rocher, le petit oratoire dédié à saint Victor, qui était autrefois un lieu de pèlerinage et dont les traces ont depuis longtemps disparu'.

Les passages des œuvres de Pétrarque que ce dessin met en mémoire sont trop connus pour être indiqués ici. Il serait plus inté-

1. C'est à ce passage que fait allusion P. dans sa lettre à Castiglionchic sur Vaucluse (Fam. XI!, 8) et dans une lettre à Rienzi { Var. 42), où an lit : [Fom] quem mivor a Ptinio Secundo positum inler memorabilia provinciae Narbonmsit; in Arelatensi enim esl.

2. Il existait encore au xvn* siècle, comme le montre un dessin de la Bibliothèque Barberini représentant assez grossièrement le site de Vaucluse (Mélanges de Tlicole de Rome, t. VIII, pl. vu ; note de Mûntz

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ressani, si la chose était possible, de rapprocher un texte précis de la figure du héron mangeant un petit poisson, qui semble figurer à un premier plan. Mais Pétrarque n'a cité le héron nulle part, et il faut se borner à penser aux vaghi augelli de Vaucluse et aux oiseaux aquatiques dont parlent, à diverses reprises, les épitres métriques ^. Très sensible, comme on le sait, aux menus faits de la vie champêtre, le poète se plaisait à écouter les cris de ces oiseaux, a regarder son chien les poursuivre le long de la rive, à découvrir leur nid dans les rochers :

Littoreas uolucres scopulis intexere nidos...

On peut cependant deviner dans le choix de Tespèce une intention symbolique, très conforme aux habitudes de Pétrarque ; notre solitaire n'ignorait pas, en effet, les allures graves du héron et son goût singulier pour Tisolement.

Le dessin est-il bien de Pétrarque ? La façon étroite dont Tinscription autographe est unie à Tensemble le fait penser, comme aussi le peu d'importance de la composition, facile à attribuer à un simple amateur plutôt qu'à un artiste de profession. Toutefois, il serait aussi aisé d'admettre que notre bibliophile ait pu recevoir chez lui à Vaucluse un peintre ou un miniaturiste et le prier de fixer en quelques coups de plume le paysage qu'il mettait sous ses yeux. Mais nous avons, par bonheur, l'histoire très sûre de ce manuscrit, qui exclut l'hypothèse d'un croquis d'après nature. Le Pline, acheté en «Italie en 1350, est resté à Vérone pendant le dernier séjour de Pétrarque en France*. Comme il n'a jamais été apporté au bord de la Sorgue, le petit dessin qu'il renferme n'a pu être exécuté qu'en Italie et de souvenir ; et ce souvenir, à qui pourrait-on l'attribuer, sinon à Pétrarque lui-même ?

Cette image de Vaucluse n'est donc pas intéressante seulement par sa date, comme la plus ancienne, sans aucun doute, que le site célèbre ait inspirée ; elle nous apprend encore par quels traits essentiels se représentait à l'esprit du poète un paysage cher entre tous à son souvenir.

et G. Bayle). On remarquera que notre dessin du xiv* siècle ne fait point figurer le château des évèques de Cavaillon, dont quelques murs subsistent encore et dont la légende locale a fait longtemps « la maison de P. » — Le cliché reproduit ici appartient à la Gazette des Beaux-Arts^ qui vient de le publier avec un article de l'auteur, 3« pér., t. VII, p. 57.

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