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LES LIVRES DE PETRARQUE CHEZ LES FREGOSO

sur les circonslances qui pourraient amener la dispersion des livres de Fregoso, afin de s'assurer alors le manuscrit : Attentas eslo^ si res Feregosoram adeo circumaerterentur, ut de codice illo Liuii excellentissimo olim Petrarcae sperari posset. Celer itas uel productio suis coaptetur locis, quo liber ipse, quem ta cordi nobis affixisti, nullo pretio nostras eaadatmanas^. Les deux humanistes ne souhailaidnt ni plus ni moins qu'une révolution dans Gênes pour procurer le précieux volume à leur maître ; celui-ci, Filippo- Maria Visconti, excitait en même temps, et sans doute pour d'autres raisons, Battista Fregoso à se révolter contre son frère Tommaso et à prendre le pouvoir à sa place. Ces calculs de lettrés et de prince furent déjoués : Battista, un instant proclamé doge, fut battu par Tommaso, qui lui pardonna, et le duc de Milan n'eut pas le Tite-Live.

Les livres du doge passèrent paisiblement en héritage à son fils Niccolô, qui fut capitaine de la République de Gênes ^. Au recto de l'inventaire, on voit, en effet, diverses mentions intéressant la famille de ce dernier et qui sont écrites de sa main. La dernière nous le montre même entretenant des rapports avec la cour aragonaise de Naples et recevant du roi la faveur de l'avoir pour parrain de son fils Alfonso, né et baptisé à Gênes en 1451 :

Nicolaus. Vinciguera natus est lanue in campe, anno a natiuitate Domini millesimo CCCC® quadragisimo nono, die xxvij madii. — Obiit eodem anno, die xxiiij Fefruarii.

Nicolaus. Petrus Franciscus natus est Riparolii in rure nostro, anno a natiuitate Domini millesimo quadrigentessimo quadragessimo nono, in Kalendis lulii hora vij noctis. [Note répétée f. 368].

Nicolaus. Âlfonsius natus est in ortis nostris Genue in suburbio sancti Thome, anno a Domini aduentu M. CCCC. LI, die xxvj Augusti ora xxiija. Substulerunt eum e sacro fonte magnificus dominus Berlingerius de ...pro sacratissimo Aragonum rege, dominus Georgius cardinalis de Flisco, Stefanus de Auria, Neapoleonus Lomelinus, magister Petrus de Arimino. Batizatusfuit per reuerendum dominum episcopum Marianensem.

Cette mention des relations étroites de Niccolô Fregoso avec Alphonse I®' m'a fait supposer que le Tite-Live aurait pu être

1. V. les documents de Sabbadini dans Museo d'antich. class,^ t. III, col. 411-416.

2. Niccolô semble être resté fidèle aux goûts littéraires que son éducation lui avait donnés. Un des documents grecs sur l'humanisme publiés récemment par Emile Legrand établit qu'il mit en relations, en 1440, Antonio Cassarino et Philelphe, qui l'appelle alors ayaGo; veavt^oç (Cent- dix lettres grecques de Fr» Filet fe^ Paris, 1892, p. 34).

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offert, à Toccasion de ce baptême ou peu après, à un souverain très connu pour son zèle à enrichir sa bibliothèque. Un document d'archives apprend justement qu'Alphonse envoyait un cheval en don à Niccolô, le 24 juin 1451* ; on peut croire que le capitaine de Gênes songeait à son tour à faire hommage au roi des objets qu'il aimait le plus, les livres. Ainsi s'expliquerait le passage duTite-Live dans la collection de Naples, qui, à son tour, nous explique son passage dans celle de Paris. Est-ce le Tite-Live annoté par Pétrarque, que Laurent Valla avait étudié et qu'il indique comme étant à Naples*? Tout porte à le croire. L'ouvrage où parait cette mention est toutefois assez antérieur à 1451 ^, année où le volume est encore aux mains de Niccolô ; il faut admettre, par conséquent, que celuici aurait apporté son manuscrit à Naples, avant de s'en dessaisir en faveur du roi; mais cette supposition, par suite des rapports de Niccolô avec la cour aragonaise, n'a rien que de vraisemblable *.

La place du Tite-Live de Pétrarque en tête de la petite bibliothèque des Fregoso laisse penser que d'autres volumes de même provenance ont pu y figurer. On y voit, outre deux œuvres de lui, beaucoup d'auteurs de l'antiquité*; on remarque, par exemple, deux ouvrages que nous trouvons a* Paris parmi les manuscrits de Pétrarque, en des exemplaires qui ne viennent pas non plus de la bibliothèque de Pavie; ce sont VHisloria, de Pline et les Anliquitates ludaicae de Josèphe (n®" 4, 5). Ces compagnons du Tite-Live à Paris n'auraient-ils point été déjà avec lui chez les Fregoso ? Faute d'une meilleure hypothèse, on pourrait accueillir celle-là, que renforce, pour le Pline tout au moins, un souvenir de lecture dans le midi de l'Italie * ; on y gagnerait d'établir logiquement l'histoire d'un petit groupe de nos manuscrits.

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