GRÉARD
P. 59, 1. 14. Parmi les correspondants de Pétrarque en Allemagne, le premier rang revient au chancelier de Charles IV, Jean de Neumarkt (Johannes Nouiforensis), dont le rôle littéraire vient d*être Tobjet d'une importante étude de Konrad Burdach (Bôhmens Kanzlei unter der Ltixemburgen und die deutsche Cultur, dans Centralhlatt fur Bibliothekswesen, VIII, 1891, p. 434-477). Fracassetti a répandu une grave erreur en le confondant avec Jean Ocko (trad. des Fam., t. IL p. 501). Six lettres de lui à P. sont connues (cf. Voigt, t. II, p. 272 n.). H. Friedjung, qui a également étudié J. de Neumarkt (Kaiser Karl IV und seine Anlheil am géistigen Lehen seiner Zeil^ Vienne, 1876, p. 107-115). a publié (p. 329) la lettre par laquelle il demande à entrer en relations avec P. et à laquelle celui-ci répond par Fam. X, 6. Ce dernier document doit être daté, d'après le titre donné dans la suscription (lohanni episcopo Neuburgensi), de la fin de 1352 ou du commencement de 1353. Le désir de Jean de Neumarkt se rattache à ses rapports avec Tapothicaire Angelo de Florence, établi à Prague, et qui est lui-même à ajouter à la liste des personnages liés avec P. (Burdach, p. 446; cf. p. 466). Au moment où il écrit, Jean n'a encore rien lu de P. et connaît son talent seulement par le témoignage d'Angelo (sicut apothecarii uestri tenebatur assercio, Friedjung, p. 330). Sur Sacramor de Pommiers, Français au service de l'Empereur et correspondant de P., v. Burdach, p. 452-453, et sur l'action de Charles IV lui-même, « père de la Renaissance allemande, » voir, outre Friedjung, la précédente livraison du Centralblatl, p. 335 sqq.
P. 60, 1. 24. Le sort des livres restés à Vaucluse est raconté tout au long à Guido Sette dans Sen. X, 2 (Op. 870) : Non multo post quant xnde discesseram.praua quaedam foedaque et tnfamismanusfurum.,., ipso Dominico Natali die incautum rus aggressi, ablatis quae auferri poterant^ reliqua flammis eocusserunt, inque illud hospiliolum^ex quo €roesi régna spemebam, ignis immissus est. Testudo uetus incendio restilit, properabant enim fures impii. Libellos aliquot, quos illic abiens dimiseram, uillici mei filius, iam id anle praesagiens futurum^ in arcem contulerat, quam praedones, inexpugnabilem ut est rali, sed ut état indefensam ac uacuam ignorantes, abiere. Sic diris e faucibus praeter spem seruati libri, prouidente Deo ne tam turpes
in manus praeda tam nohilis perueniret, — Ce morceau permet de répondre au doute exprimé dans le texte et annule la note 4.
P. 71, n. 3. Il peut être intéressant de trouver ici le passage relatif aux renseignements fournis à Pierre Berçuire par Pétrarque pour son Reductorium morale. Voici le texte donné par Hauréau au mémoire cité, où il revendique pour Berçuire la paternité de ce travail d'iconographie mythologique : Sed antequam ad fabulas descendam, primo de formis et figuris deorum aliqva dicam. Verumlamen^ quia deorum ipsorum imagina scriptas vel depiclas alicubi non potui reperire, necesse habui consulere uénerabilem uirum Franciscum de Petra^j poetam utique profundum in tcientia et facundum in eloquentia et expertum in omni poelica et historica disciplina, qui praefalas imagines^ in quodam opère suo, eleganti métro describit. (L'allusion finale se rapporte à la description citée des sculptures du palais de Syphax, dans le livre III de VAfricay v. 140 sqq.) On sait que cette compilation a été attribuée à divers auteurs. Hauréau nomme Nicolas Treveth et Thomas de Galles; Haase, qui acceptait l'attribution à Robert Holkot, possédait un ms. où il n'avait pu reconnaître P. sous la désignation uénerabilem uirum magistrum de Prato (De medii aeui stud. philol., p. 22). Dans le Par, 8123, ms. italien de la fin du xiy« siècle, le travail est sans titre comme dans trois mss. signalés par Hauréau, et se trouve immédiatement suivi d'un ouvrage bien connu de Giovanni di Virgilio : (Incipiunt Allégorie super fabulas Ouidii Melamorphoseos a magistro lo, de Virgilio metrico compilâtes note préparée pour la rubrique, f. 89). Le passage de Berçuire sur P. présente dans ce ms. les variantes suivantes : Sed ante omnia de formis et figuris deorum aliqua dicam, V. , q. d, i, i. ordinale scriptas uel pictas a. r. n, p., necessario h, c, dominum Franciscum de Petrarcha p. u. p, in s, et f, in e, ualdeque scientificum et in omni ystoria et poelica disciplina ; prefatas disciplinas [sic] in q. 0, s, e. métro describit (f. 81 ').
P. 96, n. 2. Quelques lecteurs auront peut-être intérêt à trouver ici le sommaire des matières traitées dans cet opuscule, qui complète le présent livre au point de vue de la description de la bibliothèque : Sentiments de P. pour les Pères de l'Église. — Sa connaissance à peu près nulle des Pères grecs. — Son culte pour S. Augustin. — Le ms. perdu des Confessions, — Mss. de la Cité de Dieu et des Commen* taires sur les Psaumes, — Ms. de S. Ambroise. — Annotations diverses de P. et rappels d'auteurs païens. — Œuvres de S. Jérôme et de S. Grégoire chez P. — Textes secondaires de littérature ecclésiastique. — Mss. de l'Ecriture sainte. — Traduction des Antiquités de Josèphe, utilisée par P. dans la composition du De Viris. — Sa lecture du traité contre Apion. — Note sur ses deux bréviaires (avec une lettre de Serassi au P. Evangelii). — Ms. d'Isidore de Séville. — Livres d'enseignement médiéval mentionnés par P. — Recueil d'ouvrages relatifs à l'histoire moderne, faisant connaître des lectures de P. sur
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rhistoire de la Papauté et la conquête de la Sicile par les Normands. — Mss. contenant des ouvrages scolastiques. — P. et Abailard. — Son annotation des lettres d'Abailard et d'Héloyse. — Ses témoignages sur Bérenger de Poitiers et sur S. Bernard. — Son dédain pour la littérature scolastique.
P. 97. La liste des volumes provenant de Pétrarque doit être augmentée d*un trente-septième numéro. La Vaticane a reçu, en 1891, avec la précieuse collection des mss. Borghèse, le Bréviaire de Pétrarque dont il est parlé p. 79. Je l'indiquais comme ayant passé chez les Borghèse, mais je n'avais pu vérifier s'il s'y trouvait encore. Le P. Cozza l'a très heureusement mis en lumière, en rappelant la carrière ecclésiastique de P., dans une conférence faite à Rome, au palais Altieri, en décembre 1891, et qui sera sans doute publiée. Les célèbres feuillets du Vat. lat, 3196, que je n'ai pas cru devoir placer dans ma liste de volumes, et le ms. Pal. lat, 899, dont j'ai établi pour la première fois la provenance dans Mélanges G.-B. De Bossi (Ecole franc, de Rome, Rome, 1892), portent à huit le nombre des reliquiae de Pétrarque reconnues actuellement à la Vaticane.
P. 99, 1. 18. Trois de nos mss. [au lieu de deux] sont du x* siècle. Il faut ajouter aux deux mss. indiqués ici l'Horace de la Laurentienne décrit p. 150 sqq.
P. 114, n. 2. La théorie médiévale de l'allégorie dans Fépopée, transmise par P. à la Renaissance, est venue par Tasso et les Italiens jusqu'aux poètes français du xvii* siècle. On connaît surtout la préface de la Pucelle de Chapelain, où l'auteur explique que son Charles VII est la volonté humaine, sa Jeanne d'Arc, la grâce divine, etc. Cf. P. V. Delapwrte, Du merveilleux dans la littér. franc, sous Louis XIV ^ Paris, 1891, p. 163-173. Louis Racine, l'auteur des Réflexions sur la poésie , voyait encore l'allégorie cachée partout dans les vers de V Iliade et de V Odyssée.
P. 116. L'exacte observation du cœur humain chez Virgile est déjà bien notée par P.: Dicunl enim stuporem amoris esse principium;hinc est apud naturae conscium poelam : « Obstupuit primo aspeclu Sidonia Dido » [^en. 1, 604]. Posl quodsequitur : « Aî'det amans Dido » [IV, 101]. Quae quamuis, ut nosti optime, fabulosa narratio tota sit, ad naturae tamen ordinem respexit ille^ dum fingeret (JSecr. III, Op. 356). — Sur ce point particulier, remarquons l'idée que se fait P. du a coup de foudre » dans Tamour. Elle reparait, non seulement dans le Canxoniere^oix on a pu la croire empruntée aux Provençaux, mais dans un récit récemment retrouvé des œuvres latines, avec les propres mots de Virgile : [Medea] obstupuit eius aspectu^ quod amoris scimus esse principium (Vie de Jason éditée dans Le De Viris ilL (/(?P.,p. 132).
P. 120 n. Le second vers en note est cité inexactement. Le ms. donne: Ut pateant ducibus, ptuioribus atque col ont s, allusion aux œuvres de Virgile dans l'ordre suivant: Aen., Buc.^ Georg. Les trois distiques de P. sont ainsi rimes.
P. 176. Le rôle de P. comme propagateur de Cicéron est rappelé encore, en plein triomphe du Cicéronianisme : « Messer Francesco Petrarcha fu il primo che hebbe tanto grande ingegnio, che arrechô a luce Tantica leggiadria del perduto e spento stile. Et postposto che in lui perfecto non fusse, pur da se vide et aperse la via a questa perfectione, ritrovando Vopere di Tullio et quelle ghustando et adaptandosi, quanto potette etseppe, a quella elegantissima et fertilissima facundia. Per certo fece assai solo a dimostrare la via a quelli che doppo lui dovevano seguire ». (Vie ajoutée à l'édition des Trionfi, di m. F, P., imprimée à Florence en 1499, ad instantia di ser Piero Pacini^ reproduction phot. sur Texempl. unique, Rome, 1891.) On peut mettre en regard un éloge, curieux par sa provenance, de lacobus Canter Frisitis, dans Tépître au lecteur jointe à l'édition princeps du Secretum {In Mercuriali oppido Dauentriemiy 1498) : U est qui ac posteriori etate linguam latinam ceu in puluere iacentem erexit^ is qui priscum illum loquendi nitorem nostro euo primtu restituit, Secuti sunt eum fateor ehquenliores, uerum ei plurima gratia debetur^ qui rem ad ima prope fundamenta collapsam diligentia sua instaurauit. (D'après Hortis, Catal. délie op, di F. P. esistenti nella Petrarchesca Hossettiana^ Trieste, 1874, p. 142, avec la lecture sans doute erronée Ganter frisius.)TouXefo\s, les quelques formes médiévales qu'avait laissé échapper P., surtout aux premiers temps de sa vie, et qu'on lui reprochait déjà à Florence à l'époque du Dialogus de Bruni, lui nuisaient beaucoup auprès des humanistes de la fin du xv* siècle. Le premier éditeur de ses Lettres (seulement les huit premiers livres des Fam,^ Venise, 1492) n'avait pas hésité à mettre son texte au goût du jour : Ea uero quae barbariem quamdam referebant et quae nec epislolae ratio nec Romana eloquentia admittebat penitus resecauimuSjUt erat ambasciatoribus Iliensium Tiberii principis responsio pro legatis Iliensium, guerrae pro beliis multaque his similia. (Dédicace de Sebastianus Manilius Romanus Dominico Bolano Veneto patritiOy adressée au possesseur du ms. utilisé, dans Hortis, Cat. cité, p. 140.) Ces témoignages à peu près contemporains les uns des autres, m'ont paru mériter d'être réunis.
P. 199, n. 8. Il semble nécessaire de faire connaître une partie au moins du passage auquel il n'est fait qu'un simple renvoi. Il s'agit de la façon dont les auteurs anciens ont traité des choses religieuses, mise en opposition avec celle dont usent les « Aristotéliciens » modernes : Pagani enim illi ueteres, etsi multa de his fabulentur, non blasphémant tamen^ quia ueri Dei notitiam nullam habent neque enim Christi nomen audierunt, F ides autem ex auditu est. Et.,. Apostolorum.,. uerbis ac doctrinis toto orbe sonatitibus, illi iam
mortui et sepulti erant, miseri magis quam culpabiles, quorum aures, quibus haurire fidem salutiferam potuissent, inuida iam tellus obstruxerat. Inter cunctos tamen polentissime illi très libri Ciceronis, quos de Natura deorum inscriptos supra meminiy saepe me excitant; ubique scilicet tantum illud ingenium de his agens^ xpsos saepe deos irridel ac despicit, non quidem serio^ forte supplicium timens^ quod ante aduentum Sancti Spiritus ipsi etiam Apostoit timueruntj sed his quibus abundat iocis efficacissimis, quibus clarum fiât intelligentibus de eo ipso quod tractandum assumpserat quid sentirety ut, sortem suam saepe inter legendum miseratus, ipse mecum taeitus dolensque suspirem quod uerum Deum uir ille non nouerit. Paucis autem ante Ckristi ortum annis obieral oculo,sque mors clauserat, heu! quibus e proximo noctis erraticae ac tenebrarum finis et ueritatis initium, ueraeque lucis aurora et iustitiae sol instabant (De ignor.^ Op. 1044).
P. 177, n. 5. Avant Salutati et avant Manetti, qui a un développement semblable dans sa Vie de Pétrarque, Francesco Nelli avait égalé P. à la fois à Cicéron et à Virgile : Te solum legens Maronem Ciceronemque legam.,, (Par. 8631, f. IS'). Nelli se réfère précisément, dans ce morceau curieux de sa lettre XIV, au passage où P. lui-même, citant Sénèque, a dit que Ton ne peut être à la fois supérieur en prose et en vers (Fam. XXIV, 4).
P. 218. Comme exemple des déformations très vite subies par la tradition sur le De gloria, on peut faire connaître ce passage, plein de confusions, mais d'un ton général intéressant, tiré de la Vie de Pétrarque par Manetti : Non contentus latinae linguae libris qui per id tempus uulgo habebantur^ uetuslos codices, quos et Varronem et Ciceronem aliosque doctissimos uiros quondam posteris scriptos reliquisse nouerat, assidue perquirebat. Unde inter Belgas et ffeluetios, sicut ipse testatur, uigintiquinque aetatis annos natus [cf. p. 219, n. 1], accuratissime quaeritabat; ubi^ praeter epistolas et nonnuUas Ciceronis orationes, duos illos eius de Gloria libros, in extremo fere Germaniae angulo abstrusos, post mullos quaerendi labores demum inuenienSy e tenebris in lucem eruit ; ipsosque coetaneis suis singulari eius diligentia restitutos incuria eorum nobis ablatos satis admirari non possum (Par, 5828, f. 211. V. p. 325, n. 2). Sur l'impression laissée dans les esprits par l'activité des recherches de P., on peut citer encore ce mot du même humaniste : Barlaam... audire uoluit, ut suo insatiabili legendi desiderio per Graecorum librorum penitus satisfaceret^ quando latine legens satiari non poterat (f. 213 ').
P. 228. Sur l'idée que se faisaient de l'historiographie les premiers humanistes et les amis de P., consulter la curieuse lettre de Paolo di Bernardo, écrite de Trévise en i373. On y voit quelle place était
donnée à Tite-Live ; Çtiis... audebit in métro contra Virgilium scri» bere aliosque uates gentites, guis in soluto stilo aequaeurit Liuio ut multos uel pares uel prope facundos sileam? (Voigt, Die Brie fsamml. Petrarca's und der ven, Staatskanzler Benintendi, Munich, 1882, p. 97).
P. 234. Le morceau le plus précis de P. sur la culture littéraire du cardinal Giovanni Colonna doit être cherché dans Fam, XIII, 6 (à Nelli). Le cardinal n'y est pas nommé, mais désigné seulement comme principem inter principes... Bomuleique clarum decus cardinis. — J'ai reconnu au cours de mes recherches que les Par. 1617 et 2540, mss. contenant des ouvrages ecclésiastiques et provenant de P. (Cf. De Patrum cod. in bibl. P., p. 22), portent quelques sommaires et corrections de la môme écriture que celle des marges du Tite-Live, attribuée à Soranzo. La présence de cette écriture en de tels mss. pourrait peut-être venir à l'appui de l'opinion qui voudrait l'attribuer au cardinal Colonna et nous révéler ainsi ses études historiques. Les trois mss. doivent, en tous cas, être assignés avant P. à la même bibliothèque.
P. 246, n. 3. On peut prendre une des citations de Salluste, souvent faites par P. sans le nom de l'auteur, dans la grande lettre au peuple Romain toute pleine de réminiscences des historiens : Certe Romanus erat, ille qui scripsit : Omnia orta occidunt et aucta senescunt [lug. 11] (^Sine tit. 4, Op. 714).
P. 248, 1. 14. Un exemple analogue des identifications de noms de lieux anciens essayées par P. se trouve égaré dans Bem. I, 37 (De gemmis): Magnus Pompeius... uictor, ab Hispania pacato rediens occidente compressisque praedonibus et in unum coactis locum^ cui Conuenarum nomen ob hoc indilum, in saeculum id durât. Illic Pyrenads in montibuSy locorum forsan asperitate modestiam adiuuante atque aetatis uictoriaeque superbiam compescente, masculum trophaeum puramque et rigidam sui oris imaginem erexit... Le morceau sur les trophées de Pompée a été inspiré à P. par Pline, H. M, VII, 2, et surtout XXXVII, 6, mais il l'a singulièrement développé. Quant à la réunion <les Conuenae par Pompée, il semble en avoir lu le récit dans S. Jérôme, Contra Vigilantium, 4. Le nom médiéval du pays des Conuenae devenu le comté de Comminges (pagus Commenicus) a du être identifié par P. pendant son séjour à Lombez.
P. 249, n. 2. A propos du voyage de 1333 et du sonnet Mille piagge in un giorno^ j'oserai dire que mon sentiment sur l'interprétation du dernier tercet s'écarte de celle qu'ont donnée les commentateurs. Je pense que les vers :
Ma '1 bel paese e '1 dilettoso fiume
Con serena accoglienza rassecura
Il cor
s*appliquent non pas au Rhône et à la Provencei où on veut que le s^
poète soit déjà arrivé quand il écrit, mais à la Moselle et à sa riante vallée. Le poète raconte, en effet, une journée bien déterminée de son voyage :
Pur giunto al fin délia giornata oscura...
et il exprime l'impression de joie qu'il éprouve à se trouver dans un pays sûr et d'aspect agréable, au sortir de la dangereuse et sombre forêt des Ardennes qui est expressément nommée dès le second vers du sonnet. La précision complète est si rare dans les pièces du Canzoniere qu'elle mérite d'être signalée quand on croit l'y apercevoir.
P. 249, 1. 6. Il semblerait y avoir un souvenir de ce voyage dans la description du cours de la Saône, au ch. IV de la Vie de César : // fluuius lanta laticum segnitie, ut quonam pergat uix dignosei queat ; sic stagna similis quiescity antiquo Arar nomine, nouo autem Sona, [Cf. Fam. I, 4 : Sonam incolae appellant,] HiCy per Lugdunensem Coloniam egressus^ ibi ante ciuitatis muros Rodano miscetur^ tam ueloci amni quam ipse est lentus (Par. 5784, f. 5'). Mais la première phrase vient de César... Incredibili lenitate^ ita ut oculis in utram partem fluat indicari non possit (B. G., I, 12); la seconde seule, relative à Lyon, est sûrement une observation personnelle. — Prenons en même temps au ms. la mention relative à Genève, dont la précision s'explique peut-être par les renseignements que P. aimait à demander aux voyageurs : ..,Ad Arthoam uero illam Bheni ripam, ubi Argentina nunc et Basilea et Constantia urbes sedent. Cis Rodanum Allobroges tenuere leuam amnis ad ripam y quorum^ ut idem Iulius Celsus ait [B. G., I, 6], extremum proximumque Htluetiis angulum Genua olim oppidum tenebat^ nunc Gebenna ciuitas tenet exigua et Lemano imminens et Rodano ipso ibi de lacu auctiori quidem quam intrauerat erumpenti. Pons illic haud magnus est hodie, fueralque olim lulii Cesaris etate^ qui a muro ciuitatis incipiens in finibus Heluetiorum desinit (f. 4). L'orthographe de P. pour le nom de Genève est bien Gebenna comme dans 7>. délia Diuinità^ III, 139 ; cependant Fr. d'Ovidio {Questioni di geograpa Petrarchesca, Naples, 1888, p. 12 sqq.) veut enlever au Rhône et faire rapporter à la Durance, dont la source est au mont Genèvre, les vers:
A riva un fîume che nasce in Gebenna, etc.
P. 251, n. 3. Le mot tractatus^ que P. applique à ses traités (v. sa note p. 288), désigne aussi dans sa pensée les morceaux qui ont pris place, comme chapitres, dans les Libri rerum memorandarum. L'excellent ms. Par, 6069 T contient, en effet, pour beaucoup de chapitres, des rubriques comme celles-ci : Tractatus demordacibus iocis, Tractatus de ingenio paupertatis^ etc.
P. 263, n. 3. Dans Fam. VI, 2, Fracassetti ajoute un sic aux mots
ifartt Cimbrum ; c*est simplement rappcllalion médiévale du « Castello deir acqua Julia ». Elle reparait sous la plume de P., dans la longue énumération de Bem. I, 118 : Ubi sunt thermac Dioclett'anae^ et Balneum Antonianum, et Cimbrum Martin et Septizonium Seueri
et eiusdem thermae Seuerianae? Quaere in libris. inuenies
nomina ; quaere Urbem totam, aut nihit inuenies, aut perexigua tantorum operum uestigia. Au même morceau, parlant du Panthéon d'Agrippa, il connaît la véritable destination de ce temple {diis erectum), alors qu'il le croyait dédié à Cybèle en écrivant Fam. VI, 2, sans doute d*après les Mirabilia (Cf. Jordan, Topographie der Stadt Rom,^ t. II, p. 622). Les thermes d*Antonin recevaient, dans la même lettre, le nom peu exact de palatium Antonini, rectifié dans le De remediis. Ce sont là des exemples d'un effort vers une information toujours plus précise. Au reste, P. n'a jamais été à Rome qu'en passant et n'a pu s'y livrer à des études suivies qui, semble-t-il, l'auraient tenté. Il a dû se contenter de voir Rome en poète, puis en pèlerin, curiositate poetica et deuotione catholica (Fam, XII, 7).
P. 264, n. 2. Quelles sont les inscriptions antiques remarquées par Pétrarque? G.-B. De Rossi {Inscr. Christ. U. B.^t. Il, p. 315), relevant diverses allusions faites par P. au cimetière de S. Calliste visité pendant ses séjours à Rome, constate que le Carmen Damasi lui semble inconnu ; mais il observe l'insertion, en 1341, dans l'épitaphe de Tommaso Caloria, d'un pentamètre emprunté presque textuellement à une épitaphe chrétienne de S. Maria in Transtevere (Fam. IV, 10). Le poète a lu l'inscription en grands caractères de l'obélisque du Vatican, puisqu'il le sait consacré à des empereurs {Fam, VI, 2 : Saxum mirae magnitudinis aheneisque leonibus innixum, Diuis Imperatoribus sacrum); mais il n'est pas certain qu'il ait reconnu, sous des désignations assez claires cependant, Auguste et Tibère (cf. De Rossi, Bull, del Istit. di corr. arch., 1871, p. 9). Il cite quelques vers d'un éloge métrique qu'il est seul à mentionner de son temps et qu'il croit être celui de Drusus l'ancien : Quod Romanis in saxis, primis aliquot syllabis casu aliquo deiectis, nunc etiam sculptum uiget his uersiculis (Rem. II, 114); cette inscription, qui était également en grands caractères et se trouvait au xvi« siècle à S. Jean-de- Lateran, devrait être, d'après Mommsen, ra{»portée à Domitien (cf. C. /. Z,., VI, n» 1207). Avec l'allusion au Panthéon, c'est tout ce qu'on peut noter pour les inscriptions de Rome. A Parme, P. en connaissait une autre, encastrée alors sur la façade du Dôme, et qu'il croyait, avec son ami Gabrio de Zamorei, auteur d'un traité De uirtutibus, l'épitaphe de l'écrivain Macrobe. Beaucoup d'autres l'ont admis après eux (cf. Bormann, dans C. I. A., XI, n« 1122 b, avec citation incorrecte de P.). Notre poète en fait la mention suivante, dans Epist. II, 11 (Op. II, p. 95):
Parma aeuo collapsa sui monumenta Macrobi Ostentaty uetus usque noua me carminé saxum Nobilitare iubens...
Les sentiments prêtés à P. par J.-V. Leclerc (Discours sur Vétat des lettres cité, p. 563), à propos des inscriptions et des monuments romains de Narbonne, sont tout à fait imaginaires ; rien nMndique même que P. ait vu Narbonne. En somme, l'épigraphie peut à peine le revendiquer comme un précurseur et on ne le place, à cet égard, que bien après ses contemporains Rienzi et Dondi ; je crois toutefois avoir démontré, p. 262-266, que sa curiosité archéologique était un pei plus largement ouverte qu'on ne i*a pensé.