‹ Pétrarque et l'humanisme (volume 3)Chapitre 83 sur 362 · TRADITIONS ET LEGENDES · texte numérisé non relu

TRADITIONS ET LEGENDES

trarque raconte la conversation qu*il eut à ce sujet avec le roi Robert, en traversant le passage de Piedigrotta, .dont le populaire attribuait le percement aux enchantements du poète : De quo cum me olim Roberlus.,. quid sentirem mullis astantibus percunctatus esset, . ., iocans nusquam me legisse magicarium fuisse Virgilium respondi; quod ille seuerissimae ntitu frontis approbanSy non illic magici, sed ferri nestigia confessus est, Pétrarque même, après avoir pittoresquement décrit le paysage*, essaye une explication de la légende : Sub /inem fusci (romitis, ubi primo uideri caelum incipity in aggere édita ipsius Virgilii husta uisuntur, periietusti operis, unde haec forsan ab illo perforait montis opinio ^ En ces matières, c*était surtout l'opinion du uulgus insulsnm que Pétrarque avait à combattre ; il y avait plus de réelle hâr diesse d'esprit à repousser la croyance à Virgile prophète d Christ et à donner à la quatrième églogue un sens différent de Tinterprétation traditionnelle. La question avait été souvent agitée, comme on le sait, et les allusions de Dante l'avaient fait reprendre au xiv° siècle par ses commentateurs ; mais pas un lecteur de Virgile peut-être, parmi les hommes instruits du moyen âge, n'eût fait à ce sujet des réserves aussi formelles que celles que nous trouvons au traité De otio religiosorum : Virgilius in Bucolicis de alio loquens... Et in Aeneide de Augusti imperio agens.,, Quaeqnidem religiosus et pins lector, qiiamnis de Caesare dicta, ad caelestem potius trahet imperaiorem, cuius aduentum toto orbe signa praecesserant ;quae andiens poêla, neque altius aspirans, ad imperatoris Romani, quo nil malus nouerat, reflexit aduentum, cuius si liera lux oculis affulsisset, haud dubie ad alium reflexisset\ Ce serait à tort que Pétrarque ici nous semblerait timide ; il refuse expressément en ce passage tout don prophétique à Virgile, et il avait d'autant plus de mérite à exprimer une opinion si nette que, s'il se trouvait d'accord

1. Me permettra- t-on de rapprocher, pour la même description, le latin de Pétrarque du latin d'Érasme ? L'opinion que j'exprimais (dans Erasme en Italie, Paris, 1888, p 84) au sujet du bagno délia Sibilla est justifiée par les curieux vers où P. raconte la promenade qu'il y fit à son second voyage à Naples (Epist. II, 16 ; Op, II, p. 101).

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