Op. 304. Cf. Salutati, Epist., t. I, p
avec S. Jérôme, il allait contre l'autorité, toujours pour lui si haute, de S. Augustin*.
Pétrarque appréciait donc Virgile à un point de vue tout autre que les lettrés qui l'avaient précédé ; il ne le lisait cependant point comme nous. On s'en convaincra par l'examen du morceau suivant, où sont assez bien résumés, à mon avis, les motifs de son admiration pour le poète de ÏÉîiéide: Inter in-' genia Latinoruniy si mihi iiidicii lociis et libertas non eripttur, îiescio quem Virgilio pretulerim^ in quo, si sic intelligatur ut animus meus fert, puto quisque operum eius elegantiam et in singulis uerbis lumen aliquod sub nuhe poetica, ad haec sententiarum grauidam ueritatem ac diiiini stf/li artificium diligenter iîitrospexerit, fatebitur doctrina posse aliquos exceller e, ingenio fartasse neminem. Nam de eloquentia quid aliud dicam, nisi quod Macrobius , qui, quatuor eloquentiae generibus collée tis,,, uni Virgilio simul omnia dare non timuit^'i Ceterum tam illustris haec eloquen-
1. Boccace a fait, il est vrai, des réserves analogues dans la !!• leçon de son Comenlo, mais Hortis (Studj\ p. 397) me semble en exagérer le mérite. Ici, comme en bien d'autres cas, Boccace est le disciple de p. : le commentaire sur Dante fat commencé en 1373 (préf. de Milanesi, p. m) et l'auteur avait depuis longtemps en main le De otio religiosorum. On peut en dire autant de Benvenuto da Imola (Commentum super Dantem^ éd. Lacaita, t. I, p. 55 sqq.).
2. Le passage de Macrobe a eu trop d'influence sur la direction de la critique de P. pour que je ne le reproduise pas ici, tel qu'il le donne plus loin au même chap. des Ber. mem. : Locus admonet ut ipsa Macrobii uerba subiungam^ ne quid de hoc peregrinarum opinionum lector lateat: Quatuor enim quidem sunt eloquentiae gênera^ copiosum et torrens in quo Ctcero dominatur, hreue et circumsectum in quo Salustius régnât^ siccum et aridum quod Frontoni ascribimus, pingue et floridum in quo Plinius Secundus [Macrobe parle de Pline le jeune, inconnu à P., qui croit qu'il s'agit de Pline l'ancien] quondam, et nunc nullo ueterum inferior noster Symmachus luxuriatur ; haec omnia apud unum Virgilium inuenies [Saturn. V, 1, mais très librement cité]. Haec ille. Ad quod firmandum probationes ex ipsis Virgiliis uerbis elicuit, quas^ quoniam longum est^ in Saturnalibus quinquis inquisitionis laborem non recusabit inueniet. ...Et haec quidem hactenus. Quibu:s si assentiri libel^ in unaquaque arte quadripartilae eloquentiae designatos praesides habemus et, quod uix ceteri in singuliSj Virgilium simul omnibus gloriantem. Hanc uero distinctionem, etsi colore non careat^ apud alium non inuenij quin in unum Ciceronem publicus fauor inclinât (Op. 410-411).
i/allégorie. 111
tia atque haec, ut ait Seneca, diuina facullas inyenii oratione soliita Virgilium destituit. Quid etiim potest iii carmiiiibus, nullum nescire arbitroi*, qui uel semel Castalio de fonte gustauerit^ Laissons de côté les quatre genres d'éloquence réunis dans Virgile ; ne retenons que « la lumière cachée dans chaque mot sous le nuage poétique » ; c'en est assez pour montrer que Pétrarque cherchait dans Virgile, avec ce que nous y trouvons aujourd'hui, autre chose encore que nous n'y découvrons plus.
Les idées de Pétrarque sur l'essence de la poésie sont bien connues. En théorie, la poésie et l'allégorie sont pour lui inséparables, et le rôle du poeta, du vrai poète qui prend à son usage la noble langue latine, est de cacher la vérité sous le voile des beaux symboles ; le vulgaire ne sera pas admis à la contempler, mais elle en deviendra plus précieuse à qui aura eu la science et la patience de la découvrir. Il est revenu à différentes reprises sur ces idées* et a montré dans ses œuvres latines, surtout dans ses Eglogues, comment il en entendait l'application. Bien qu'il s'imaginât partager cette conception de la poésie avec divers poètes antiques, c'est surtout à propos de Virgile qu'il s'en est clairement expliqué^. Ce qu'il voyait dans les Bucoliques, on l'apprendra plus loin par un témoignage inédit des plus étranges. Quant à V Enéide , il n'y a pas lieu de s'étonner que l'interprétation qu'il en donne soit directement inspirée du De contiiientia Vergilii de Fulgence. Ce livre singulier, qui a tant pesé sur la lecture de Virgile au moyen âge*, n'est pas expressément cité par