‹ Pétrarque et l'humanismeChapitre 123 sur 353 · La seconde partie du Josèphe, Bar · texte numérisé non relu

La seconde partie du Josèphe, Bar

ne constituant même pas, à cet égard, une présomption ; on y peut voir du moins un témoignage nouveau de son goût pour les beaux livres ornés.

Voici le relevé des rubriques du manuscrit :

F. 120 ', [E]pythoina de uita Ciceronis. — F. 123, M.

Tullii Ciceronis lihri de officiis. — F. 149, M. T. C. de Tuscidanis questionibus. Incipit prologus libri primi. — F. 187, M. T. C. de natura deorum incipit liber primus. — F. 21 1', M. T. C. de diuinationibus incipit liber primus. — F. 231', M. T.C. defato incipit. — F. 23 5, \M.T. C. deami]citia liber [incipit]. — [F. 242', [M. T. C. de] senectute [incipit prologus]. — F 249, Incipit paradoxa M. T. C. in lande stoicorum. — F. 252', Flauii Aiirelii Augustini Yponensis episcopi doctoris eximii in laudem libri M. T. C. ad Hortensium iierba siunpta ex libro Confessionum eiusdem Augustini tercio, capitido quarto. — F. 253, M. T. C. de lande ac defensione phylosophie, introducens Lucidlum loqnentem ad Hortensium, liber primus incipit [= Acad. priorum liber Il ou Lucullus] \ — F. 266, M. T. C. de oratore liber primus incipit. — F. 306, M. T. C. incipit liber Rhetorice siib compendio [= Partitiones]. — F. 314, M. T. C. iuuectiuarum in Catilinam incipit liber primus. — F. 325, Oratio M. T. C. pro Marcho Marcello. — F. 327, Oratio M. T. C. pro Quint 0 Ligario. —

1. Il y a des additions du xv^ siècle que je ne fais pas entrer dans cette description. Aux f. 118-119, un professeur et annotateur du ms. y a ajouté le Somniiim Scipionis. Au f. 3 54', pour utiliser les pages blanches à la suite du De hgibus, il a transcrit VEpistola I ad Ouintum fr., et une autre main a écrit un sermon incomplet sur un texte de l'Évangile. Le f. 360 et dernier, transposé par erreur, contient quelques lignes de la première main qui complètent le travail initial sur la vie et les ouvrages de Cicéron.

2. Le titre courant de ce dialogue porte simplement Ad Hortensium. On verra plus loin ce que Pétrarque a pensé de l'attribution de ce titre au second livre des Academica, confusion assez fréquente au moyen âge (Schenkl, dans Philologus, t. XXXI, p. 563 sqq.). Une coupure aux mots Hortenshis autem uehernenter [Acad. Il, 19] crée au f. 258 une division arbitraire en deux livres.

F. ^2(),Oratio M. T. C. pro rege Deioiaro \ — F. 331, Controuersia Salustii aduersus Ciceronem — F. 331', Controuersia M. T. C. aduersus Sahislium. — ¥.}^},Oratio M. T. C. ciim popido gratins egit [= Post reditim ad Qiiiriies]. — F. 336, Oratio M. T. C. cuni SenaUn gratias egit [= Post rediium in Seuatii] \ — F. 337, M. r. C. incipit liber primus de fato \ — F. 341, M. T. C. de legihiis liber primus incipit.

Le manuscrit ne compte qu'un apocryphe, les invectives échangées entre Salluste et Cicéron ^ ; mais il contient un autre ouvrage de Cicéron, qui n'est pas porté en titre et qui figure, ainsi qu'il arrive dans une série de manuscrits, comme un quatrième livre du De Oratore : c'est VOrator, qui commence seulement au chapitre 27 ^ et occupe les

1. Ce sont les trois Caesarianae, souvent réunies dans les mss. et dont P. luimême disait : Lege ipsius orationes, quas uel ad ipsum Caesarem icel eo praesente ad Senatiim halniit (Sen. XIV, I; Op. 372). Le Pro Marcello lui fournit plusieurs extraits, notamment dans Hist. Caes.,éd. Schneider, p. 320 : Licet iiiilgatissimiim [testimoniuni] omnihiisque. notissimum (Cf. p. 326, 330). De même, le Pro Ligario {Scritti ined., p. 351, 353 et Discours au roi Jean, éd. citée, p. 221) ; dans ce dernier passage, P. nomme précisément Clceroin Caesarianis.

2. Du f. 325 au f. 336, la série oratoire du ms. forme un ensemble distinct, avec une seule miniature. On voit que tout a été copié ensemble, sauf peut-être les deux derniers discours qui sont incomplets et suivis, l'un et l'autre, de larges blancs : Ad Oiiirites s'arrête, f. 334', aux mots ueriim etiam, peu avant le dernier chapitre (éd. C. F. W. MûUer, ch. 9, 23), et In Senatu ne va que jusqu'au mot recesserunt, ch. 3, 7. Cf. pour ces deux discours chez Salutati, qui y joignait l'apocryphe Ad P. R. antequam iret in exilium, la description précise qu'il donne de son texte dans la lettre citée en partie p. 90, note 2.

3. Malgré l'expression liber primus, le De fato n'a naturellement qu'un seul livre; on remarquera que l'ouvrage figure déjà dans le ms., f. 231*. On croyait que P. ne le connaissait pas (Hortis, p. 129; Koerting, p. 490).

4. Longior Ciceronis quam Sallustii iniiectiiia (Contra med. I ; Op. 1092, Cf. IV; Op. II 16).

5 . Sur les mots [aliquan]toque rohistius, avec le titre Incipit eiusdem liber quartiis suivi d'un blanc de 17 lignes. Ce texte de VOrator est de la famille du ms. d'Avranches et en est probablement dérivé, comme tous les mss. incomplets. C'est une des rares copies où la lacune ait été gardée et où le scribe n'ait pas cherché à tirer parti des syllabes initiales pour reconstruire une phrase. Cf. Orator, éd. Heerdegen, p. x sqq.

feuillets 299-305. La lacune, nettement marquée au manuscrit, faisait que Pétrarque comprenait le De oratore parmi les ouvrages de Cicéron qui nous sont parvenus incomplets : Hoc... in tiiis maxime Oratoris atqiie Academicorum et Legum lihris paiimur, qui ita truncati foedatique eiiaserunt, lit proprie melius fiierit periisse ' .

A l'époque où le manuscrit était entre les mains de Pétrarque, il renfermait encore deux ouvrages importants, qui en ont été détachés depuis ^ et qu'il faut ajouter à la liste des œuvres possédées par notre bibliothèque. Le feuillet de garde initial porte une table, écrite au xiv^ siècle, du contenu complet du manuscrit ; en voici le commencement et la fin :

In présent! hoc libro Marci Tulii Ciceronis continentur in hoc solo uolumine infrascripti Hbri per eundem conditi Ciceronem, ut infra.

Primo Hber de officiis

Vigesimo primo Hber de legibus eiusdem TuHi. Vigesimo secundo Hber Rhetorice noue eiusdem Tulii. Vigesimo tercio liber Rhetorice ueteris eiusdem Tulii.

L'avant-dernier article correspond au traité Ad Herennium ' et le dernier au De iniientione, que les titres des manuscrits donnent souvent comme Rhetorica noua et Rhetorica iietiis •^. La table est contemporaine d'un ex-libris qu'on déchiffre, non sans peine, ainsi : Iste liber est Fetri de Maluecciis de Mantua.filii domini Gratiadei [?] de Mantua. Ce Malvezzi de Mantoue, qui doit appartenir aune famille connue dans les lettres au xv^ siècle ^ vivait, d'après le caractère de son écriture, fort peu après Pétrarque.

1. Fa7n. XXIV, 4 (l'exagération s'explique par le ton général de la lettre). Cf. p. 265.

2. Peut-être à une époque fort récente, par exemple lorsque le fâcheux Libri «travailla » à la bibliothèque de Troyes.

3. P. ne mettait pas en doute l'attribution à Cicéron (v. p. 236, n. 2).

4. C'est sous cette dénomination qu'ils furent imprimés au xv^ siècle.

5. Au xvc siècle, on la trouve à Bologne ; à la fin du xiv^ siècle, elle a produit le chroniqueur Giacomo Malvezzi, citoyen deBrescia, qui écrivait en 1412 (Mura-

Outre les renseignements spéciaux que nous y cherchons, le manuscrit de Troyesen apporte d'autres pour l'histoire des études latines. Le propriétaire lettré, qui l'a fait exécuter, avait pour Cicéron un goût particulier ; il a inséré dans le corps du volume deux extraits d'auteurs chrétiens se rattachant au texte, le passage de S. Augustin sur YHortensius, transcrit avant le dialogue auquel ce titre est ici donné, et un court éclaircissement sur les songes mis à la suite du De diiiinatione '; il a placé enfin, en tête du volume, une compilation étendue contenant une étude complète sur la vie et les œuvres de Cicéron.

Ce travail a été composé expressément pour le recueil qu'il précède, comme le prouve l'analyse détaillée des ouvrages renfermés dans le volume et la longue introduction au De officiis ; il constitue un témoignage, instructif par sa date, sur l'état de l'érudition classique pendant la première moitié du xiv^ siècle. On va en lire divers passages et notamment ceux où Pétrarque a mis en marge des observations ou des rectifications. J'avais pensé un instant à lui en attribuer la composition, plutôt que de prêtera un de ses contemporains des connaissances et des goûts assez semblables aux siens " ; le ton des annotations autographes écarte cette supposition ;

tori, XIV, 773 sqq.). La notice deMuratori sur cet écrivain établit que sa famille était vraisemblablement de Modène, où elle est mentionnée dans plusieurs documents du xiie siècle. Mais il s'agit ici d'une ancienne famille Malvezzi de Mantoue, sur laquelle, à défaut de renseignements imprimés, j'ai eu de Stefano Davari, de VArchivio Goniaga, un précieux détail. En 1259, un Gratiadeus de Maluicio est envoyé à Ferrare comme ambassadeur de la commune de Mantoue (Arch. Goni. B. XXXIII, I, p. 160, et C. D'Arco, FaviigUe Mant, ms.). Ce personnage serait l'ancêtre de notre Pietro ; on lit assez bien dans l'ex-libris le génitif Gratiadi ou Gratiadei, ce prénom semblant être d'usage dans la famille.

1. Ce fragment, que je n'ai pu identifier, appartient à la langue du moyen âge. On sait que P. s'est beaucoup occupé des songes dans Rer. mem. IV.

2. On serait pourtant autorisé à les prêter à certains d'entre eux, par exemple à Castiglionchio.

il faudrait y voir tout au moins une œuvre de la jeunesse de Pétrarque, dont il aurait reconnu plus tard lui-même une partie des erreurs et qu'il aurait désavouée dans son propre exemplaire en la traitant comme le travail d'un étranger. Le lecteur sera juge de ce petit problème, dont les données sont sous ses yeux :

[F. 120] [E]pythoma de uita, gestis, scientie prestanîia et libris ac fine iiiri clarissinii et illustris Marchi Tiilln Ciceronis ^ Marcus Tullius Cïcero Arpinas, equestris ordinis et matre Eluia, ex regione Volscomm ortus est, ut tradit Eusebius in cronicis. In commentis ^ habetur quod pater ex equestri ordine ac regione prefata faber ferrarius fuit ; unde Salustius dicit eum fuisse hominem nouum, hoc est infimi generis, et quanquam in scolis pauperrimus sua tamen sapientia patris inopiam superauit, adeoque bone indolis extitit, ut quod nulli plebeio erat licitum ipse sibi acquisiuerit proprium, scilicet quod inter filios nobilium libérales didicit artes

Annum ag^ens uio-esimum sextum orauit. Eius doctor extitit Plotius rhetor. Uxorem habuit Terentiam quam repudiauit. Illa intérim coniux egregia, que de Tullianicis hauserat fontibus, nupsit Salustio Crispo, uiro doctissimo et illustri, hystoriarum magno scriptori et facundissimo. Erat autem Tullio inimicus ; unde scripserunt adinuicem inuectiuas inmoderatissimas et exprobabiles. Nupsit et tercio eadem Terrentia Messale Coruino ei sic quasi per quosdam eloquentie gradus deuoluta est. Cum rogaretur Tullius ab Yrcio amico suo ut post repudium Terentie sororem eius duceret, omnino facere supersedit, dicens non posse se et uxori et phylosophie pariter operam dare 3

Constat eum in Gallia, iuxta Iulium Celsum 4 Aperte falsiun. Ille et Orosium, sub Cesare militasse. Lucanus innuit Cicero aller fuit, eum fauisse Pompeio et id bello Emathio pero- Imiiis frater, rasse 5. Consul declaratus est, anno ab Urbe con-

1. Les titres en italique sont en rubrique dans le manuscrit.

2. S'agit-il d'un scholiaste d'Eusèbe? En tous cas, l'annotateur du xvc s. a bien vu l'erreur en insérant ici : Et mâle ; fuit Demostenes filius fabri.

3. Tout le passage sur Terentia, moins la mention des Invectives, est emprunté à S. Jérôme, Contra lovin. I, 48.

4. C'est-à-dire César, Bell. Gall. V et VI. Dans sa vie de César, qui précisément a été longtemps imprimée sous le nom de Julius Celsus, Pétrarque n'a pas manqué de distinguer Q.. Cicero de son frère.

Page 1