‹ Pétrarque et l'humanismeChapitre 158 sur 353 · Cf. Afrïca, VIII, v. 714 sqq. et · texte numérisé non relu

Cf. Afrïca, VIII, v. 714 sqq. et

2. L'hostilité de Fabius contre son cher Scipion lui cause pourtant quelque souci, malgré l"es efforts qu'il fait, dans sa Vie de Scipion, pour l'expliquer d'une façon favorable à tous les deux , il finit par condamner Fabius comme ayant été un des envieux de l'Africain. V. les passages dans Nolhac, Le De Viris ilL, p. 146.

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contrer l'éloge de ce vaincu dans la bouche de T. Manlius Torquatus (XXII, éo) : Hiinc tu nnbi Jurcifenim gloriosum facis ! (f. 190). Il voit avec effroi Hannibal préparer l'embuscade où va périr M. Marcellus (XXVII, 26) et s'écrie, quand le consul sort du camp : Heii, iiir, ingens, quo tiis ire ? (f. 240). 11 ne craint pas d'emprunter à ce passé de sa race des exemples applicables au siècle présent, et son italianità se fait jour encore dans cet amer rapprochement (XXVIII, 39) : Saguntini ItaJiam spectatiim eunt, non spernentes eam ut nostri hodierni Pontifie es et Pharisei (f. 255).

On sait toutefois que Pétrarque n'a pas poursuivi seulement, dans la lecture de Tite-Live, le plaisir littéraire, l'émotion patriotique ou l'instruction morale. Lisant l'historien en historien, il s'est procuré le moyen de bien suivre l'enchaînement des faits et de se reconnaître aisément dans le récit. Il en a confronté sans cesse entre elles les diverses parties. Ces renvois sont nécessaires dans un texte où abondent les allusions à des événements déjà mentionnés, où des narrations se trouvent tronquées par l'ordre des temps et reprises un peu plus loin, où les traits formant la biographie des personnages se trouvent disséminés un peu partout. Pétrarque, déjà guidé par les anciens sommaires et ceux qu'il y a ajoutés, a multiplié les renvois pour faciliter son étude '. Le point de vue biographique, auquel il se plaçait dans ses propres ouvrages, l'a naturellement beaucoup

I , Les chapitres du ms. sont beaucoup plus longs que dans la division des éditions ; ne pouvant se contenter d'y renvoyer, P. se sert des incipit de paragraphes marqués par des lettres de couleur au milieu du texte, du nombre de colonne avant ou après le passage du texte qu'il annote, de la numérotation des consuls et des dictateurs qui est faite en marge. Je citerai comme spécimen les renvois accumulés autour d'une seule phrase et qui montrent les systèmes les plus fréquemment employés :

F. 96', IV, 48 (Ciim Appius Chmdius, nepos dus qui decemuir... fiierat,... dicitiir dixisse netiis se ac familiare consilium donio afferre) : Hiiiiis palris est nientio carta

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retenu et il s'est efforcé de retrouver, dans la trame du récit historique, la suite de la vie d'un grand nombre de personnages; travail délicat et méritoire, surtout en l'absence des index variés qui facilitent aujourd'hui les recherches de ce genre. Une courte scholie peut servir d'exemple de cette façon de travailler; on la lit au bas du f. 312, où il est question du voyage de Flamininus ' en Étolie, XXXV, 33 : Titi Qiiintii mitis et graiiis oratio, et super ba responsio Thoantis super bior que Damocriti pretoris EthoJorum \ .Hic est il le Damocritus qui non multo post ad Heracleam captus a Romanis, ut infra libro proximo post médium, postmodum Rome, cum e carcere noctufugiens ad ripam Tiberis peruenisset, assecutis eum custodibus, ibidem gladio se transfixit, ubi se decretum hoc daturum promiserat [allusion à sa réponse à Flamininus]. Hi sunt exitus superborum. Hoc require libro qui sequentem sequitur, longe post médium § Damocritus ^

rétro 3^, col. j^ in medio. \ Vafnim consilium adolescent is. Cuius consilii origo est supra î. 2° siih 270 consulatu \ R. infra l. 6° c. Ouanto inagis, circa médium. Le dernier renvoi se rapporte au f. 119', le précédent, au f. 65', le premier, enfin, à la première des quatre colonnes du f. 94 (IV, 36) ; l'usage de P. le veut ainsi, et il n'est pas sans utilité d'observer sa façon de compter les feuillets : qu'il renvoie à un passage antérieur ou postérieur, il compte toujours, dans le nombre des feuillets qu'il indique, celui où il fait son annotation. La même habitude a été remarquée dans les calculs d'années qu'on trouve dans ses lettres, où, suivant l'usage latin, il fait toujours entrer dans le total l'année dont il part (cf. Fracassetti, trad. des Fam., t. I, p. 289).

1. Sur l'orthographe du nom, v. Le De Viris ilL, p. 8j, et Trionfo delta fama,

Tito Flaminio, che con forza vince, Ma assai più con pietate, il popol greco.

2. Ces renvois visent XXXVI, 24, et XXXVII, 46. — Au f. 188, XXII, 49, le texte donne le nombre des morts de Cannes {Ouadraginta milia [sic]pedituni, etc.), et P. met une note écrite en deux fois : Hic cesorum numerus ambiguë traditus uidetur, sed accipio XL peditutn et ij. dcc. équités legionarios fuisse, tantumdem uero ciuium aliorum et sotiorium j Huic tamen coniecture obstat quod est infra prope finem libri huius,antepenult. col. in principio. Le nombre des morts est fixé, en effet, dans le texte du discours de Torquatus, XXII, 60, à cinquante mille citoyens ou alliés.

La topographie antique de l'Italie a toujours intéressé Pétrarque. On trouve, dans ses notes sur Tite-Live, des témoignages de ses hésitations et de ses recherches, à joindre à ceux qu'on a vus plus haut: F. 63, II, 34 (per Fui scos mari usque ad Ciimas) : Elice hinc Vulscorum situm, quorum capnt est Antium.V. 75, III, 23 : note de l'ancien annotateur : Nota de loco prope Tuscidanum cpod Cohimen antiqiiitiis iiocahatiir ; Pétrarque a ajouté un nom qu'il devait bien connaître : Niinc Cohimmi. F. 135, VIII, 13 : Elice hinc ex parte nomina popidonim Latinorum. F. 179', XXII, 3 (Jiegio erat in primis Italiae fertilis Etriisci campi) : Nota in primis. Primus enim haiid duhie est ager Campanus. Infra, belli huins l. 6, ante médium in Capiie captione. F. 303', XXXIV, 46 : Mediolanum. Et Boi. Attende situm. F. 356, XXXIX, 44 : Pisaunim in gallicum agrum, contra limitem Ruhiconis. Etc '.

Voici une liste des renvois faits sur les marges du volume :

Apulée. — F. 49', I, 28, supplice de Mettus : Seciitus est Tullus illiui dognia Ptatonicum. Eum, inquit Apuleius, cui non ex natura necex iudiistria recte uiuendi stiidliim conciliari potest, uita exlstiiuat Plato esse pellendum, et cet. Apiil. l. de Plafcme, c° 22°.

Aristote. — F. 145', IX, 14 (ob interpeltatain didcedinetn îrae) : Ire dulcedo de qua Homerus et post eum Aristotetes. F. 301', XXXIV, 34 : Prudentissimum consiVium Flaminii. Sifnite Euboili apiid Aristotelem Pot. t. 2°, c° 40.

Cicéron. — F. 189', XXII, 58, ruse du Romain prisonnier sur parole, qui élude son serment de revenir au camp d'Hannibal : lurisitirandi callidus necquicquam interpres punitus, infra l. 24° eum Cecitio Meteîlo, et infra hoc eodem libro ad finem § Unus (f. 190', XXII, éi). Reqnire 3° Officiorum ad finem (F. 190' : Hoc uerum. 3° offic). F. 190, XXII, 59, sur le nombre des prisonniers romains : Viij hominum tenebat Hanibal et cet. Cicero in Officiis. F. 242', XXVII, 37 : Liidus poeta de quo in Tuscutan.

I. F. 275, XXX, 39, note mutilée : Popidonium fuit que \nunc\ Massa est. Ihi enim Cerh... presul fuit, imàe II [lui] 12 passuum abest... Require... dyal. l. 30 c. no. Au-dessous, écrit plus tard : Erraui bec scribeus.

principio. F. 212', XXV, 5 : P. Licin'ms Crassus pontifex maxlmus prelatiis omnibus. Huius est mentio de Senectute ^° cap°. Huius mors est lih. penult. 4"" decan. non procul a fine § Huius principio. F, 230', XXVI, 39 : Linius Salinator Tarentine prefedus arcis ciiius in l. de Senectute est mentio. F. 240, XXVII, 25 : Responsum Fabii de qtw Cicero in Senectute. F. 324, XXXVII, I : Africanus fratri legatus. De hoc in parte aliter Cicero Philip. 9°.

Eutrope et Orose. — F. 180', XXII, 7, quinze mille Romains morts à Trasiméne : xxv milia ducit Eutropius l. ^^^ in medio. Et Orosius 4° l. prope finem.

Frontin. — F. 191, XXII, 61 in fine : Reditus Varronis, de cuius uita reliqua R. apud Frontinum 1. 4° c. de constantia.

Justin. — F. 107, V, 34 : Mediolanum. Adde Comuni.Brixiam^ Veronam, Pergamnni, Tridentuni, Vicentiam, non possessas modo, sed conditas hac etate. Tustiïijis L 20 ad finem. F. 183', XXII, 23 : Ager Fahii intactus. Simile de Pericle lustinus 4° /;/ fine.

Lucain. — ■ F. 241', XXVII, 32 (Philippiis... decimis castris Demetriadem in Thessaliani peruenit) : Hoc potins loquendi more ad décorum usus est Lucanus in y quam quod decimis castris bene posset a Placentia Brundusium perneniri.

Pline l'ancien. — F. 146, IX, lé, Papirius et le préteur de Préneste : Plinius 170 c° 11° F. 276', XXX, 45 : Polibius Emiliani comes. Plinius 8° c° 170.

Pomponius Mêla. — F. 362', XL, 21, sur l'étendue de pays que le regard embrasse du mont Hémus : Haec opinio pro comperta est apud Poniponium Melam Cosmographie l. 2° non procul a principio ^

Priscien. — F. 189', XXII, 57, note mutilée sur le scribe du pontife, L. Cantilius : [De'] hoc scriba loquitur Hemina iii]° annalium, allatus apud Priscianuni l. v°, c. de datiuo et ablatiuo j'^ decl. Sed ille de ambobus dicit.

Quintilien. — F. 48, I, 23, discours du chef Albain à Tullius ; le premier annotateur a remarqué la sobriété de ce discours (Nota, potius ueritati quam cultui uerborum et ornatui est insistendum) et Pétrarque a ajouté plus tard : Unde Quintilianus de Oratoria institutione ; optinuirum rerum institutio... sui natura satis ornatur 2.

Suétone. — F. 24', Florus, I, 24 : Appius Claudius Regillanus. Suetonius 3°, 2° capitulo. F. 25, id. II, 2 : Appius Caudex. Sueton. 3°, 2° c°. Vel

I. Cf. le récit de l'ascension au Mont-Ventoux, qui commence précisément par le souvenir de ce passage de Tite-Live et de l'opinion de Mêla différente de celle de l'historien : Relegenti pridie res Romanas apud Titum Liuiiim, forte ille mihi locus occurrerat ubi Philippiis Macedonum rex... Haemum monlem Tbessalicum conscendit, etc. (Fam. IV, i).

2. Cette addition a été faite en même temps que celle d'un passage de Cassiodore, f. 47'.

Aiidax, iil in cnmicula Noctiiim Alh. [= Aulu-Gelle, XVII, 21, 40 ^\ F. 25', id. II. I : Appius Claiidius Pulcer. Sueton. 3°, 2° c°. F. 79', III, 44 : Appius Claiidiiis RcgiUanus. R. xij Ccsariim l. 3°, c. 2°.

Valérc-Maxime. — F. 66', II, 47, Fabius refuse le triomphe : Valerius l. 5", c. 40. F. 135, VIII, 12. Maulins Torquatus uictor Romam redit. De triiunpho tnilla est hic ineiitio. Miruni. Sed est apud Valerium l. 6°, c. ultimo § 1°. F. 346, XXXVIII, 51, Scipion se justifie devant le peuple : Et capiti suo corona triumphali imposita. Valerius l. 3°, c. penult. F. 347, XXXVIII, 56 in fine y honneurs refusés par Scipion ; le premier annotateur avait écrit : Nota de Africano quod me alias tegisse mm memini; Pétrarque a ajouté : Est apud Valerium L 4°, c. 1° § Non defuit. Sed est ibi haud duhie sumptum hinc.

Varron. — F. 59, II, 14 : Tuscus Vicus. Varro aliter^ L 1°. C". 4 de Lingua latina.

Virgile. — F. 25', Florus, II, i {Marcello... spirantibus altius Poenis) : De hoc Virgilius : Sternet Penos, et cet. [Aen. VI, 858]. F. 43', I, 3, Ascagne était-il le fils de Creuse ? Hanc secundam opinionem sequilur Virgilius 2.

Il y a une partie de Tite-Live à laquelle Pétrarque a apporté une étude particulière et qu'il a traitée d'une façon très différente des autres. Indépendamment des notes habituelles, on y trouve au bas de chaque colonne un sommaire analytique d'une ou deux lignes, comportant quelques appréciations personnelles et permettant de retrouver avec une grande facilité, en môme temps que l'ordre chronologique, les moindres détails du récit \ Ce travail commence avec la bataille de Cannes et va, sans interruption, jusqu'à l'apaisement de la sédition militaire par Scipion (XXII, 44

1. Le ms. de P. portait donc la leçon aiuiax comme 3" de Hertz.

2. Uguccione de Pise est cité f. 135', VIII, 14 [clarigatio] : Expositio hiiiiis nominis est apud Ug. suh celo as.

3. Voici, comme exemple, ceux qu'on lit sous les quatre colonnes, 188' et 189 :

i) Maharhalis consiliiim, Deo uolente, neglectum et negîigentie graiiis increpatio. — 2) Status rerum post Cannensem cladem et ad P. Scipionem adolescentem et Appium Claiidium summa imperii delata. — Paula in Romanos midier bénéficia priuatim. — 3) Scipionis in rébus desperatis ingens et supra etatein generosa fiducia. — Publica Venusinorum. — 4) Fahii Maximi in rébus dubiis consilium.

— XXVIII, 27). Il correspond, comme on le voit, à la période de l'histoire romaine qui fut la plus familière à à Pétrarque, et embrasse une bonne partie de la vie de Scipion et du sujet de VAfrica \ Cette préparation du manuscrit a certainement servi à l'auteur pour la composition de son poème et de cette étude biographique en prose, qu'il a remaniée toute sa vie \

On en rapprochera avec intérêt, dans l'étude spéciale sur le De Viris, les fragments de la partie inédite de la biographie consacrée par Pétrarque au héros de son grand poème. De ces morceaux, que j'ai choisis pour faire connaître le caractère de la rédaction nouvelle, les uns laissent à comparer Tite-Live et son imitateur, et montrent de quelle manière celui-ci, faisant travail d'historien, sait tantôt abréger tantôt développer et même compléter le texte du modèle ; les autres sont plutôt une œuvre de moraliste du xiv^ siècle, disciple attardé de Cicéron et de Sénèque. Dans le récit de l'entrevue de Alassinissa et de Scipion, sujet traité sans doute dans un des épisodes perdus ou inachevés de VAfrica, on voit percer les idées de Pétrarque sur l'amitié, grâce à une altération légère et inconsciente du récit de Tite-Live; dans l'introduction à la bataille de Zama, la profondeur de son sentiment romain se révèle en quelques phrases brèves, où il a partagé, à travers les siècles, l'émotion de Scipion

1. Les noms de Magon, Massinissa, Sophonisbe sont soigneusement portés en marge; au f. 271, les mots en grosses lettres Magonis mors indiquent le texte historique qui a servi de point de départ au célèbre épisode du poème. Sur le sources de VAfrica, outre Corradini et Zumbini, consulter A. Carlini, Studio su VAfrica, Florence, 1902.

2. Sur les deux rédactions de cette importante biographie, la plus étendue, après celle de César, qu'ait composée P., v. mon étude, Le De Viris ill. de P., Paris, 1890. La comparaison des deux textes occupe les p. 86-98 de ce travail; les fragments inédits de la seconde rédaction (conservée dans le Par. 6069 F) sont aux P. 137-147-

avant cette journée décisive : Ouis ergo miretur talc in discriinen mntibus uicissimquc mine suas mine hosiiiim iiires extimantihiis militasse animos, mcdioere nihil, sed bine sibi mestissima, bine letissima promittenies, enm ego ipse, qui post tantum lempus bee seribo, ah iJlo loeo atqiie ab illa etate remotissimus, quasi metiis speique partieeps et finis in seins, beream et ad ipsum aetum prelii stiJo uix audeam peruenire ' ? On remarquera surtout le portrait intellectuel et moral que l'écrivain s'est plu à tracer à loisir, et avec toutes sortes de détails, du vainqueur d'Hannibal, d'après le témoignage de tous les auteurs anciens qu'il a connus ' ; sous une apparence de compilation, ce morceau est un des plus personnels, et par conséquent un des plus intéressants pour nous, de son œuvre historique.

Nous avons rencontré, dans les recueils déjà décrits, plusieurs des historiens qui se sont trouvés entre les mains de Pétrarque : Suétone, Florus, Eutrope ^ Le poète, qui appelle Suétone euriosissimus rerum seriptor ^, le cite assez fréquemment, surtout dans les Res memorandae, où le nom apparaît une douzaine de fois; mais il s'en sert beaucoup sans le nommer, car plusieurs des anecdotes qu'il raconte sur l'Antiquité, et dont la source n'apparaît pas d'abord, doivent

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