‹ Pétrarque et l'humanismeChapitre 172 sur 353 · Vo du f. non coté : lannoçii Manetti · texte numérisé non relu

Vo du f. non coté : lannoçii Manetti

volume; elles ont le caractère d'une première lecture générale, pendant laquelle ont été seulement marqués au passage les plus notables morceaux. On y rencontre des appréciations morales, la mise en lumière de quelques renseignements historiques suivant les formules ordinaires, et des signes marginaux assez fréquents. Il est digne de remarque qu'aucune des notes du manuscrit du Vatican ne se retrouve sur celui de Paris ' ; les passages même notés dans le premier ne l'ont presque jamais été dans le second \ Les deux annotations sont absolument indépendantes, et la seconde, qui est aussi la plus intéressante et de beaucoup la plus étendue, n'a rien emprunté à la première; celle-ci suffit, du moins, à établir que Palatinus a appartenu à Pétrarque un certain temps, avant qu'il eût fait transcrire le texte qui devait lui servir désormais.

Sur ce dernier, l'écriture est de diverses époques. J'y pourrais désigner telle scholie qui remonte sans doute à l'arrivée du volume chez Pétrarque à Milan, telle autre qui a été écrite à Arqua et date des dernières années. Ce travail, souvent repris, a déposé sur les marges une masse tellement considérable de signes et de scholies qu'il faudrait y consacrer de longues pages pour les faire connaître entièrement. J'ai dû négliger les simples signes de nota, les traits marginaux, les mains indicatrices, les At., qui signifient Attende et ont toujours un intérêt spécial pour la pensée de Pétrarque, les corrections au texte, enfin la suite des sommaires analytiques et des

1. Par simple coïncidence, sur Car. 10, il y a au Paîat., f. 73 : Gothï Gethe, et au Par., f. 37 : Gothi, Gethe, idem.

2. Dans ce cas même, d'une façon très différente. Par ex. (sur Ver. 5, p. 69) 19. Palaî. f. 31' : Secundum quosdam de lege coniUuii tractantes nec paticiores •3- nec pliires •9- conniuio sunt adhibendi, ut in illis Gratiarum mimer i fiât imitatio, in bis nero Musarum. Par., f. 16' : Attende M. Varronis sententiam [cf. chap. VIT, sur Varron].

appréciations morales de forme commune '. Restreint aux notes proprement dites, le dépouillement est resté encore trop étendu, et on n'en peut donner ici qu'un choix.

Observons d'abord que Y Histoire Auguste fournissait à Pétrarque, comme Suétone, une abondante moisson d'anecdotes et de détails sur le caractère physique et moral des personnages historiques. Il parle avec quelque mépris de ce genre de renseignements, dans l'ancienne préface du De Viris: Qiiid nosse attinet qiios senios aut canes iiir ilhistris hahuerit^ que iumenta, quas penulas, que seruorum nomina, quod coniugium, artificiiim peculiumue, quihus cihis uti solitus, quo iiehiailo, quitus phaJeris, quo amictu, quo deniqiie salsamento, quo génère leguminis delcctatus sit? Hec et bis similia quisquis nosse desider as, apud alios qiiere, quihus non tam clara iiel magna quant midta dicere propositum est ^. Mais, s'il porte dans la composition historique des préoccupations plus élevées, il est loin de dédaigner comme lecteur ce qu'il rejette comme auteur.

Il se montre avide, au contraire, de minuties et de détails individuels, et les marges de son manuscrit témoignent qu'il a eu l'attention retenue, non seulement par les anecdotes de caractère, mais encore par celles qui n'ont qu'un simple intérêt de curiosité \ Quelques sommaires de la vie de l'empereur Hadrien suffiront à appuyer cette assertion;?. 3, Militariter

1. Un ensemble du même genre, mais bien moins dense et moins curieux, est au Palatinus.

2. Le De Viris ilL, p. ii^. P. semblait porter le même dédain aux détails analogues de sa propre vie, qu'il refusait de confier même à sa correspondance fraternelle : Communia iUa de familiarilms rébus, quae digtia notifia, sed indigna stilo censui, uiuis nuntiiuocihus conimisi. Sen. XV, 5 (XIV, 6; Op. 938, à Gherardo).

3. Le Palat. fournit quelques ex. du même fait. Dans Ant. Pins : Parcitateni patris Adriani in re priuata secutus hic in re quhUca (p. 38, 4, f. 17), Insolens pedagogus (p. 40, 12, f. 18), Faceta dicacitas (p. 41, 13, f. 18"), Mitissimus princeps mitissime periit (p. 41, 13, id.), etc. Au f. 164 : Vir snmme fortitudinis, si gladios iLl carra digitj depeUere potuisset ! (i. II, p. 95, 25).

per omnia;ï. 3', Peregriuationes Hadriani ; f. 4, ShiiUaHadriani. Pictiira. Mores. Crudclitas. Emtdatio. Ciipiditas famé. Dicendi geniis ; f. 4', lociis halnearis. Peregrinandi ciipiditas. Frigoris patient ici', f. 5, Ciuilitas. Memoria. Dicacitas. Eqiiorum amor et canum. Libertoriim contemptiis. Gibus; f. 5', Amicitie. Disciplina ciidlis. Morbiis et morbi causa. Suspitiones ; f. 6, Vite tedium. Statura. Signa mortis. Ce volume est, en vérité, celui qui nous révèle le goût de Pétrarque pour la petite anecdote et le détail vivant de l'histoire.

Si de tels historiens l'intéressent, il ne va pas jusqu'à leur porter grand respect. Outre qu'il trouve assez souvent à les rectifier pour des questions de fait', il n'hésite pas à mettre sur les marges des critiques d'autre genre : F. 58, sur un passage trop brusque de détails de mœurs à des indications d'ordre administratif (y^/^x. Sev. 39, p. 244, 25): Hec essent nec opportuna hic. F. 73, il reproche de l'obscurité au mot eoruin(Max. et Balb. 4, p. 54, 27): Quorum? confusa res est. F. 83', il se moque de la croyance d'après laquelle l'image d'Alexandre le Grand portait bonheur (7n'^. tyr. 13, p. 104, 10: dicuntur iuuari in omni actu... ): Mallem ferme inadiutus semper esse, quam hoc credere uerum esse, aut dici etiam yiisi ab insanis''. F. 91, il s'étonne du préambule de Vopiscus à la vie d'Aurélien, où Tite-Live, Salluste, Tacite et Trogue- Pompée', sont habilement nommés et taxés de mensonge

1. Ex. : F. 42', Heliog. 31. p. 215, 21 (Neronevi qiiingentis carnicis...) : Imo nunquam minus mille. Tranquillus in 6° Cesariim F. 87', Claud. 2, p. 123,10: Moyses uixit cxxv annis secundiin istuni, uere autem cxx. Deiiteronom. c° iiltimo.

2. Dans le Palat., au même passage, f. 167', P. s'était contenté de marquer : Attende de Alexandro Magno.

3. Cf. une autre énumération d'historiens, f. 102 (Proh. 2, p. 183, 23 : Et mihl quidem id animifuit non ut Sallustios, Liuios, Ijoitos, Trogos atqiieomues disertissimos imitarer uiros..., sed Marium Maximum, Suetonium Tranquillum . . . Aelium Lampridium ceterosque, etc.). Un tel passage a dû vivement intéresser Pétrarque ; il en a souligné ainsi l'importance à ses yeux : Nomina ystoricorum primi et secundi

(^Aur. 2; p. 137, i6y. Notât ystoricos, immeriter piito^ précipite primas duos; un peu plus tard, il croit n'y voir que l'artifice oratoire d'un prétentieux écrivain : Sed hic uidt se miscere cum magnis. Mira arte.

Pétrarque a revisé son texte avec tout le soin possible. Plusieurs des leçons qu'il a mises aux marges sont adoptées par les éditeurs \ Il s'est aussi occupé des éclaircissements historiques. Il a cherché, comme on l'a vu, à rétablir au moins pour la lecture, l'ordre des biographies troublé dans le manuscrit. Il a fait de nombreux renvois d'un passasage à l'autre. F. i', à propos des sortes Virgilianae au début de la vie d'Hadrien, il met en marge : Sortes. Sic est in iiita Alexandri prope principimn ; F. 6, cà propos du tombeau d'Hadrien bâti à Pouzzoles {Hadr. 27) : Reliquie tamen Romam reuectesunt, id infra siih Antonino Pio, et condite uhi scis. Est-il besoin de signaler que Pétrarque songe ici au Château Saint-Ange ^?

Il s'attache particulièrement à identifier les personnages qui passent dans le récit; au f. 7, par exemple, à un passage, dont le texte est incertain, de la vied'iElius Verus, il observe: Confusa res uidetur, sed non est ; duo enim sunt unius nominis, pater et Jiîius, primiis ab Adriano adoptatus, secundusah Antonino Pio. Post proximo c. col. j^ in medio \ Les rapprochements avec d'autres auteurs que ceux du recueil sont assez rares :

ordinis. La nature de l'œuvre de Trogue-Pompée lui était connue par la Cité de Dieu (cf. Op. 1080); le nom de Tacite, dans une telle compagnie, n'éveillait-il pas un grand regret ?

1. J'ai vérifié quelques leçons : f. 22', 25, 25', etc. Plusieurs des corrections du Palat. lui appartiennent aussi.

2. La Moles Hadriani manque à la description de Rome au temps de Scipion, dans VAfrica (v. p. 264); elle est rappelée dans Fam. VI, 2.

3. Le ms. porte : qui adoptatus est amarcho, ucrus certe cummarcho et cum eodem. P. a exponctué a, en remplaçant par cum (Cf. Jordan et Eyssenhardt, p. ^o, 15). — Notes et renvois sur les deux Faustine : f. 10 et 11.

on trouve Suétone cité trois fois, Aulu-Gelle, Lucain et Solin, chacun une fois', Pline, une fois, sur Sev. 21: De TuJlii filio. Require Na. Yst. L. 4^, c. iiltimo-. Pétrarque rapproche un usage d'Antonin le Pieux d'un usage de Tibère rapporté par Josèphe \ L'habitude qu'avait Commode de se brûler la barbe et les cheveux, pour éviter le fer d'un barbier (Comm. 1 7), le fait songer à un détail lu dans Cicéron : Similis Dyonisio Siciiîo, de qiio 2° Officiorum non prociil a principio '^. Il reconnaît et signale en marge des vers de Virgile et de Térence; la parole d'Héliogabale dans une orgie (Eruhuit, salua r es est! Hel. 11) lui suggère cette réflexion, f. 39: Feda et amens exclam atio. Et est Terentiiin AdelphisK Dans le manuscrit du Vatican, ces citations marginales sont encore moins nombreuses ; Pétrarque y cite Pline, sur un point insignifiant ^, et deux fois Homère pourdes rapprochements moraux assez inattendus ^ ; un seul renvoi constitue un renseigne-

1. F. 25, 42', 72. — F. 25' (Jn Noctihus Athicis, sans le nom d'auteur). — F. 26. - F. 96'.

2. F. 32', Spartien dit : Oiiid de Tiillio, ciii soli melius fuerat libéras non habere? (Une glose de P, explique soli par soUtario). P. fait ici un retour sur sa propre paternité, comme dans Fam. XXIII, 12 : Scripsit Officiales libros ad Ciceroneni filiiim nil patris habentem praeter nomen... Heu, Marce Tulli uir insignis, sed infelix pater ! Tout le morceau est dicté visiblement à P. par le souvenir de son Giovanni.

3. F. 9 {Ant. Pins, 8, p. 38^ 29) : Similis in hoc more Tiberio. Require 6^ losephum. lunge Nigri consihum, quod est in uita eiiis, in medio.

4. F. 22. Souvenir moins complet au Paîat., f. 43' : Dyonisiuni Syracus, tyranîium imitatur. — Dans Anr. 39, le mot Atheniensium étant corrompu au ms. Par., f. 96', P. ne comprend pas à quoi se rapportent les mots qui suivent (cuins rei etiam Tullius in Philippicis meminit = Phil. \, i) et, consultant en vain sa mémoire, il écrit : Tullius rei potest memitiisse, non hominis.

5. F. 39. Le rapprochement de P., qui vise Adelph. 643, a échappé aux derniers éditeurs. Ils notent avec lui Eun. 426, dans Num. 13 (JPalat., f. 212' : Verbuni Tereniianum. — Paris, f. 108 : Ter rendus in Eunucho).

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