‹ Pétrarque et l'humanismeChapitre 296 sur 353 · Par. 6069 I · texte numérisé non relu

Par. 6069 I

3. Le second char est dans une gloire d'un fâcheux effet; on y lit deux fois l'inscription GLO-RIA ; les génies envolés sont au nombre de six, dont deux soutiennent des attributs bizarres et mal conservés (des ailes?), que le graveur a essayé de restituer. Les personnages sont moins nombreux ; beaucoup ont déjà la tête couronnée ; aucun cheval n'est caparaçonné. Y a-t-il d'autres grandes miniatures analogues servant de frontispice au De Viris de Pétrarque ? Celle que m'a signalée Novati à l'Ambrosienne {R. 49 sup., xye siècle) représente seulement un roi à cheval, probablement Romulus.

4. V. les études du prince d'Essling (duc de Rivoli) dans la Galette des Beaux- Arts, 2e pér., t. XXXVI, p. 51, réimprimées dans le livre cité plus haut.

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autour de la Gloire représente infiniment mieux Vonoratagente dont parle le poète. Si le char, les couronnes, les chevaux sont étrangers au texte de l'œuvre italienne comme à celui de l'œuvre latine, il est du moins permis de croire que l'inspiration de la scène vient de Pétrarque en personne, et la provenance de notre manuscrit semble, comme on va le voir, justifier cette supposition.

L'histoire du volume est, en effet, facile à faire, Il a été achevé de transcrire le 25 janvier 1379, quatre ans et demi après la mort de Pétrarque, de la propre main de l'auteur du supplément posthume. Lombarde délia Seta. Il est tout entier de la même main et il a, pour le texte entier du De Viris, plus d'autorité que tous les autres manuscrits '. Enfin il a été exécuté pour le personnage à qui Pétrarque avait dédié son ouvrage et à qui Lombardo adressa aussi le sien, François de Carrare. C'est donc l'exemplaire de dédicace, que Pétrarque aurait lui-même fait faire, s'il eût vécu pour achever son livre, et qu'il a peut-être vu commencer sous ses yeux ^.

Ces faits sont établis par les souscriptions du manuscrit, dont il est nécessaire de rappeler les suivantes : Hoc opus expletum, qiiod imiidie carere queror, stiscipe, clementissime Patani ductor, et uiiie diu feJix et uale, gentibus decus insigne. — Transcriptns propria manu et expletus millesimo trecentesimo septuagesimo nono, die uigesimo qiiinto ianuarii. — Lomhardi a Serico qnorumdam clarissimonim heroum ad inclitum Franciscum de Cararia Pataui dominuin post Francisa Petrarce poète laureati obitum explicit supplementtim. L'ornementation du manuscrit, est-elle contemporaine de la transcription ? On n'en peut douter, car, vers les deux tiers du volume, à l'endroit même où se termine la partie composée par Pétrarque, figure un ornement considérable, un de ces tableaux carrés remplis de lettres assez fréquents à cette époque, et qui donne, répété dans tous les sens, le nom du donataire François de Carrare, surmonté de l'inscription Clarissimo Diici Francisco.

1. V. la description et la critique que j'ai données dans le Le De Viris Ul. de P., p. 70-74.

2. Rien ne s'oppose à ce que les premiers cahiers aient été exécutés du vivant de Pétrarque, y compris le portrait; mais cette hypothèse ne peut être appuyée.

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Cette partie de la décoration montre que le manuscrit, destiné au seigneur de Padoue et impatiemment attendu par lui, a été entièrement préparé pour lui être offert. D'autre part, pour être sûr qu'il l'a possédé, il suffit de constater la présence duvolume dans la collection des Visconti, qui ont fait ajouter assez grossièrement au frontispice l'écussonàlaguivre '. Le manuscrit adonc figuré dans la bibliothèque de son destinataire à partir du commencement de 1379, et c'est à ce moment qu'il convient de rapporter l'exécution du portrait de la deuxième page.

Ce portrait offre, par sa provenance même, des garanties assez rares pour les monuments de l'ancienne iconographie. Il a été exécuté, en effet, selon toute vraisemblance, sur Tinitiative et sous la direction d'un homme qu'on peut dire le meilleur ami des dernières années de Pétrarque, ce Lombardo délia Seta qui fut longtemps son secrétaire, son collaborateur, son homme d'affaires, avant d'être choisi, par une marque suprême de sa confiance, pour son exécuteur testamentaire -. Ce qui reste de leur correspondance établit cette intimité, dont on trouvera plus loin un témoignage particulièrement touchant '. Si quelqu'un devait attacher de l'importance à la ressemblance du portrait de Pétrarque, c'était assurément le bon Lombardo, et, choisissant un artiste parmi les nombreux peintres de Padoue ^, il dut lui demander avant tout la fidélité. A supposer que François de Carrare se soit avisé lui-même de faire décorer le volume qui lui était offert, le cas ne change pas; Carrare ne pouvait être indifférent à l'exactitude de l'image d'un homme dont l'amitié et la longue présence dans ses états avaient été l'honneur de son règne.

1. J'ai rappelé (t. I, p. 100) la cession forcée du domaine de Padoue et des biens des Carrare au seigneur de Milan en 1388. APavie, on fit disparaître des manuscrits les devises et les écussons du propriétaire dépossédé ; c'est ainsi, par exemple, que dans l'inscription du tableau carré on essaya d'effacer le mot Francisco. Notre ms. est le no 389 de l'inventaire de 1426.

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