‹ Pétrarque et l'humanismeChapitre 322 sur 353 · VERS INÉDITS DE PÉTRARCIUE · texte numérisé non relu

VERS INÉDITS DE PÉTRARCIUE

Des deux pièces de vers latins attribuées à Pétrarque et qu'on lira ci-dessous, l'une doit être acceptée sans hésitation comme authentique, l'autre se présente seulement avec quelques vraisemblances.

Pétrarque a conservé parmi ses lettres celle qu'il écrivit à Bartolomeo Carusio, évêque d'Urbin, à propos d'un travail exécuté par celui-ci sur saint Augustin, et qui n'est autre que le Milleloquium tieritatis plusieurs fois imprimé. Le poète y parle de vers composés par lui, à la demande de l'auteur, pour être placés à la fin de cet ouvrage ; il dit même expressément qu'il en a fait deux rédactions de mètre différent : Mitto igitur paiicos elegos eiiisdemque sententiae totidem, si malts, hexametros. Ut ère uel utrisqiie uel utrislibet. Utrosque raptim et extemporali i?npetu dictatos noueris, nuntio tuo mecum syllabas metiente, ita ut nulla iaiii hreiiis ftierit quae sibi non longissima uiderettir\

De ces vers, écrits pour accompagner l'œuvre d'un ami, on a la rédaction en distiques élégiaques, insérée dans l'édition du Milleloquium de Lyon (1555), et donnée par Fracassetti dans une note à la lettre de Pétrarque. La rédaction en hexamètres se trouve conservée par le Parisinus lat. 2120. Ce manuscrit, en deux gros volumes, a été exécuté en Italie vers la fin du xiv^ siècle. Voici l'incipit du second volume et Texplicit (f. 257), qui méritent d'être intégralement reproduits :

Incipit secunda pars Milleloquii editi ex dictis beati Augustini a fratre Bartolomeo de Urbino, ordinis fratrum heremitarum sancti Augustini, et incipit hec pars ab hac litera M et dictione Magdalena. In nomine Domini. Amen.

I, Fam. VIII, 7.

298 EXCURSUS VIII

Explicit tabula omnium epistolarum, librorum, tractatuum, omeliarum siue sermonum, quia omelia idem est quod sermo, quos perlegi et pro hac compilatione excerpsi, quorum omnium si quis haberet noticiam, puto eu m posse aduertere me uelut de mari stillam aque, ita de magno aceruo granum modicum elegisse, et nedum milleloquium, sed ut ita loquar infïnitiloquium facere potuisse. Michi licuit tamen talibus concludere metris :

Ingenii fontes et prata uirentia circum,

Augustine, tui raptus amore feror.

Si labor hic requiem populo prestare nepotum

Forte queat, labor hic est michi grata quies. Hinc sibi posteritas stillas studiosa salubres

Hauriat, hinc cupide florea serta légat.

Sed dominabilis amicus domiuus Franciscus Petrarca, qui nunc in pocsi est laureatus unicus, dixit hos uersus melius sic debere scribi, cum utrosque et précédentes scilicet et sequentes uersus rogatus ipse michi dictasset :

Ingenii fontes et prata uirentia lingue, Augustine, tui succensus amore peragrat Urbino patria uir nomine Bartholomeus, Afferat ut populo requiem labor iste nepotum. Hinc sibi posteritas stillas studiosa salubres Hauriat, hinc lectos componat in ordine flores.

Cette souscription de l'auteur exclut de l'œuvre de Pétrarque les quatre hexamètres que Fracassetti a trouvés en tête de l'édition de Lyon et qu'il a prisa tort pour ceux du poète ; elle exclut également de la petite composition en distiques le prétendu hexamètre de Pétrarque ÇHoc mihi cum talibus licuit concludere metris), pour lequel Fracassetti a vainement cherché le pentamètre complémentaire et qui n'est que l'arrangement d'une phrase, en prose de Carusio.

La seconde pièce attribuée à Pétrarque figure à la fin d'un manuscrit de son De remediis utriusque fortunae, le Parisinus lat. 64^6, volume qui provient, comme les précédents, de la collection des Visconti '. Il est signé du nom du copiste Armannus, le même que

I. Ils sont, en effet, je crois, aisément reconnaissables dans l'inventaire de la bibliothèque de Pavie dressé en 1426 et publié par le marquis G. d'Adda. La description qui s'y trouve permet de rattacher, en passant, trois nouveaux volumes parisiens à la célèbre collection des ducs de Milan :

502. Augustini prima pars Milleloquiorum uoluminis satis grossi, coperti corio

VERS INEDITS D\l PI H'R ARQUE 299

cet Armannus de Aimanta, qui paraît avoir travaillé, dans la seconde moitié du xiv*" siècle, pour la bibliothèque de Galéas II ou de Jean-Galéas Visconti. Delisle' a relevé le nom de ce copiste sur quatre volumes du château de Pavie, aujourd'hui conservés à la Bibliothèque Nationale et auxquels le nôtre doit être ajouté'. On sait qu'entre les mains des Visconti a passé un grand nombre de livres ayant appartenu à Pétrarque, ainsi que plusieurs originaux de ses œuvres ; et comme leur bibliothèque a même révélé un ouvrage historique entièrement inédit, le recueil de ses premières compilations biographiques, les volumes de cette provenance doivent être pris en considération pour ce qui regarde les attributions à notre écrivain. D'autre part, les seize vers qui suivent sont conformes à ses habitudes de versification, de style et de développement ; on y retrouve même, aux premiers mots, le mouvement fameux de la canzone Italia mia : « Voi cui fortuna ha posto in mano », etc.

Versus d. F. Petr arche

Vos quibus alta datur tractare négocia, patres

Consilii, firmate animos ac soluite diris

Pestibus; urentes odiorum extinguite flammas.

Nullus amicicie studium colat, iraque et ardens 5 Liuor et ultrices fugiant e pectore cure,

Affectusque cadant alii, stimulosque nocentes

Pellite in exilium, ne libéra corda fatigent.

Cura sit in dubiis examine cuncta salubri

Discutere in médium ; nichil auricularia prosunt 10 ludicia alterno tacite commissa susuto,

albo cum clauis munitis. Incipit « Sanctissimo patri patrum » et finitur « carceris somniant ».

503. Augustini Milleloquiorum secunda pars, uoluminis satis grossi, coperti corio albo. Incipit « Incipit secunda pars Milleloquij » et finitur « componant in ordine flores «.

965. Liber unus in carta domini Fran. Petrarce de remedijs utriusque fortune, cum assidibus copertis corio rubeo leui frusto, cum clauetis quatuor, qui incipit « Dum res fortunasque hominum cogito » et finitur « Ocia tranquillas, et amat sapientia sedes ».

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