‹ Pétrarque et l'humanismeChapitre 324 sur 353 · VERS INHDITS DE PETRARQUE 3OI · texte numérisé non relu

VERS INHDITS DE PETRARQUE 3OI

iicl qiiod meliiis credo d. Anlonii de Luscis incipinnl), ce qui les a fait insérer dans les œuvres de cet humaniste'. Un autre recueil du xV^ siècle, qui est à Paris, contient une attribution datée à Bartolomeo Capra (Par. lat. Sj^i, f. 77 : Bartholomei delà Capra, archiepiscopi Mediolanensis, carmina que posait in Caméra Consilii larme, duni esset ibi gtihernaior pro ilt'° Filipo Maria Vicecomite, duce Mediolani, 142^). Ce curieux détail peut être exact, mais l'attribution au prélat milanais semble écartée par une date antérieure, que fournit un quatrième texte, transcrit sur le dernier feuillet d'un manuscrit grammatical de la Malatestiana '. De la souscription qu'y porte la pièce (Plut. XXIV sin. I, f. 309 : Carmen tibi misit scriba cotnmunis per Florent ie ci nitatis scribam dicte cornu nitatis in Tuscis anno MCCCLXXXXII die quinta mensis martii), on serait fondé à conclure qu'elle a été mise sous le nom du chancelier de Florence, Coluccio Salutati. Novati, qui a bien voulu me renseigner sur ce poème, et qui a toute qualité pour en juger, comme éditeur et historien de Salutati, demeure fort incertain à son endroit. On a vu plus haut pour quels motifs je serais tenté de croire que l'attribution à Pétrarque lui-même n'otïre aucune invraisemblance. Son nom, du moins, mérite d'être prononcé dans ce combat bizarre où quatre auteurs se disputent la paternité de ces mauvais vers, exemple des trop fréquentes difficultés qu'offre, pour un intérêt souvent médiocre, la littérature de l'Humanisme.

I. Zazzeri, Siii codici... délia bibl. di Cescna, Cesena, 1887, p. 450.

EXCURSUS IX

LE « GALLUS CALUMNIATOR »

Parmi les œuvres de Pétrarque, il en est une d'un intérêt particulier pour la France : VApologia contra cuiusdam anonymi Galli calumnias '. C'est une des pièces principales de cette polémique internationale qui dure pendant une partie du xiV^ siècle et dans laquelle, comme préliminaires du Grand Schisme, l'Italie et la France se disputent la résidence du Pontificat romain. Pétrarque, en composant son ouvrage, à la fin de sa vie, après plusieurs lettres sur le même sujet, n'a pas seulement pour but de défendre la cause italienne contre les partisans d'Avignon et d'établir la nécessité de tenir le Pape à Rome d'une façon définitive ; il saisit aussi l'occasion d'attaquer avec violence ses adversaires politiques, en y employant tous les moyens que les humanistes, ses successeurs, vont perfectionner après lui, l'accumulation des autorités antiques, les jeux de mots ingénieux ou grossiers, l'ironie continue et toute la rhétorique de l'injure. Outre les renseignements de circonstance qu'on y peut chercher, c'est dans VApologia qu'on trouve les allusions les plus nombreuses de Pétrarque à la France et à la culture française du Moyen Age, et l'on doit souhaiter qu'une bonne édition soit donnée d'un texte aussi important.

Il est utile, en attendant, d'identifier l'écrivain français contre lequel se déchaîne VApologia et qui est l'auteur d'un traité beaucoup moins étendu, placé parmi les œuvres imprimées de Pétrarque sous ce titre : Galli cuiusdam anonymi in Franciscum Petrarcam innectiua. L'ouvrage, composé entre 1367 et 1370, époque du

I. Op. 1060- 1068. Le présent travail, reproduit ici avec quelques additions, a paru dans Roviania, t. XXI, 1892, p. 598 sqq.

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séjour d'Urbain V à Rome \ est de forme toute scolastique; mais, à défaut d'éclat littéraire, il a, sur celui de l'irascible poète, l'avantage d'une véritable modération. Il n'était probablement point anonyme lorsque le juriste Uguccione da Tiene {de Thienis) le lit parvenir à Pétrarque \ Celui-ci, toutefois, en transmettant à son public le travail d'un écrivain qu'il jugeait médiocre et même ridicule, a laissé ignorer aux lecteurs, comme chose indifférente, le nom du personnage qu'il attaquait ; à moins que cet oubli soit volontaire et constitue une petite vengeance d'homme de lettres assez conforme à son caractère. Quoi qu'il en soit, les manuscrits italiens et les éditions ont respecté son silence ; ses biographes ont renoncé à soulever le voile qu'il a jeté, et le Gallus calumniator arrive à la postérité sous une désignation peu flatteuse, avec cet opuscule dédaigné, qui a partagé le sort des incorrectes éditions de Pétrarque.

L'auteur n'avait cependant aucune raison de se cacher. Il semble même avoir été très fier de son œuvre, à laquelle il attachait vraisemblablement une valeur littéraire et sûrement une grande portée patriotique. Elle a dû, d'autre part, être assez lue en France, car l'intérêt qu'on portait dans ce pays au maintien de la papauté à Avignon avait dû attirer l'attention sur la polémique du Français avec Pétrarque. C'est aux manuscrits de France qu'il convenait de demander le nom de l'écrivain ignoré, et nous le trouvons, en effet, au fonds latin de la Bibliothèque nationale, dans un ms. de la fin du xiv^ siècle ou des premières années du xv% Par. 16232 ', et dans un autre un peu moins ancien. Par. 14582 ^. L'un et

1. V. l'allusion finale au séjour du Pape : Consuhndo Sanctissimum Patrem nostruin atque Summum pontificeni, nec moneoad reditum, nec exhortor ad maneudum ; sed, tanquam homo spiritualis omnia dijiuJicans, secundum heneplacitum Suac scmper faciat Sanctitatis...

2. Pétrarque déclare que le nom de l'auteur ne lui était pas connu antérieurement {Nec uultu nec nomine notus est. Op. 1068).

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