Sen. I, 5 (4; Op
Boccace adoucissait, sur les remontrances de son ami, les exagérations de son repentir ; mais Pétrarque, continuait à chercher les moyens d'éviter la dispersion de sa propre bibliothèque. Le 28 août, il se décidait à l'offrir à la République de Venise ou plutôt à l'église de Saint-Marc, à l'ombre de laquelle il désirait maintenant terminer paisiblement sa vie. Il venait, en effet, dans cette même année 1362, de constater à ses dépens le manque de sécurité de l'Italie du Nord. Parti de Padoue pour aller en France, où l'appelait le pape et où Vaucluse l'attirait toujours, il avait dû revenir sur ses pas, le Piémont étant désolé par la guerre entre Visconti et le marquis de Saluces ; il s'était alors dirigé vers l'Allemagne, pour répondre à une invitation de l'Empereur et séjourner auprès de lui ; mais il y renonça, de ce côté, la route n'étant pas plus sûre. Ces contretemps lui furent d'autant plus pénibles qu'il embarrassait son voyage du transport de sa bibliothèque, dont il ne supportait plus d'être privé '. Après avoir tant tremblé pour ce cher trésor, il se réfugiait à Venise, « avec ses livres et ses plumes », heureux de trouver asile « dans ce port commun du genre humain '. ^^
Par sa position Venise était à l'abri des misères de la guerre continentale. Des amitiés nombreuses et lettrées y retenaient le poète, notamment celle du dévoué Benintendi, chancelier de la République. Enfin, cette ville exerçait déjà cette séduction, qui fait croire aux hommes d'étude que nulle part au monde ils ne se trouveront mieux pour travailler : « C'est de nos jours, écrivait Pétrarque, l'auberge
1. Qiiibus et forte onerer potius qiuim orner, longa tamen consuetudine sic affecttis sum, ut sine illis esse nesciam. His transuehendis lit iiides, Caesar, non Alpiitm sola ohstat asperitas et longissimi lahor itineris,sed praedoniiin metus et uianim mille periciila {Fam. XXIII, 8; à Charles IV).