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PITRARQUH BIBLIOPHILE 79
unique de la liberté, de la justice et de la paix, l'unique refuge des bons, le seul port où puissent se mettre en sûreté, chassées de partout par la tyrannie et par la guerre, les nefs des hommes qui cherchent à mener leur vie paisible; cité riche d'or et plus encore de renommée, de force et plus encore de vertu, bâtie de marbres solides, mais sur les bases plus solides encore d'une immuable concorde entre les citoyens, et que la mer dont elle est ceinte garantit moins que ne fait la prudente sagesse de ses fils ! ' » Pétrarque, résolu à se fixer définitivement à Venise était obligé de tenir une maison assez importante ; et peu certain, dans l'état troublé de l'Italie, de recevoir exactement tous ses revenus, il avait besoin de s'assurer quelques avantages matériels. Si Saint-Marc consentait à le loger, il pourrait, en échange, lui léguer les livres dont il redoutait la dispersion. Benintendi, consulté à ce sujet, se faisait fort de négocier l'affaire. Déjà Pétrarque voyait grandir son projet : il ne rêvait rien moins que la fondation d'une grande bibliothèque publique, dont l'État vénitien prendrait la charge après sa mort et qui rendrait à la postérité les services qu'avaient rendus autrefois tant de grandes collections antiques dont il avait lu l'histoire -. « Si nous réussissons, écrivait-il au chancelier, ce sera sans doute pour vous, vos descendants et votre république, je n'oserais dire une gloire, mais assurément le chemin d'une gloire. Une foule de choses devenues grandes et éclatantes ont eu d'aussi humbles commencements. » Et il suppose que l'âme du doge Andréa Dandolo, leur ami, se réjouit en paradis de ce projet et n'est point jaloux d'avoir laissé à un de ses successeurs « l'honneur de fonder une bibliothèque publique ».