Cf. l'excursus I (le ms. est le Par. 6069 F
/[. V. le beau travail de Novati, // P. ed i Visconti, dans le volume publié par la Socielà Storica lonibarda : F. P. e la Loriibardia, Milan, 1904, p. 1-84.
avaient guidé les premières tentatives de l'archevêque Giovanni Visconti, mort en 1354, lorsqu'il voulut réunir une collection de livres, et aidèrent aussi à l'accroissement qu'avait pu y porter Galeazzo II '. J'attribuerais volontiers aux ordres du duc le récolement qui a laissé trace sur les gardes de quelques -uns de nos volumes, où on lit encore les mots Domini Francisa Petrarce ^ ; une de ces mentions paraît en effet suivie du millésime de 1390 \ On peut être sûr du moins que, pendant le règne de Giangaleazzo et celui de son fils Gianmaria, lecteur assidu des humanistes du xv^ siècle, les volumes provenant de Pétrarque furent l'objet d'une attention particulière. Antonio Loschi et Pasquino de' Capelli y firent alors des recherches diverses pour Salutati ^, Loschi y étudia môme, un peu plus tard, pour son propre compte K Pier Candido Decembri, qui fit si grand usage de la bibliothèque
1. On n'a, à vrai dire, que des hypothèses sur ces conseils de P. auxquels on avait attribué, probablement sur un témoignage bien insuffisant de Paul Jove, une part prépondérante dans la fondation de la bibliothèque du château de Pavie. Vittorio Rossi a remis les choses au point dans une étude très substantielle sur // P. a Pavia (extr. du Bollettino délia Soc. pavese di storia patria), Pavie, 1904, p. 30-32. VArch. Stor. lomb. de 1905 fait connaître que Novati a entrepris des recherches étendues sur les « librairies » de Giovanni, Galeazzo et Barnabô Visconti.
2. Je n'oserais affirmer que sur le Par. 2923, bien que les mots soient suivis de l'addition postérieure fuit, ils aient été écrits du vivant de P. Cf. Par. 6280, 7748, 8082, etc.
3. On l'a trouvé sur le Virgile de l'Ambrosienne. Je croyais possible qu'un chiffre eût été effacé après la date mo iij^lxxxx... M. Ratti juge la date certaine.
4. V. les lettres de ce dernier à Capelli pubHées par Moriz Haupt, Viertel et Hortis, et que Novati a pu dater de 1392. Voici un passage de celle du 24 sept. 1392 : Ceterum ex ore Franciscoli [BrossanoJ, generi quondam cekbris luemorie Petrarce nostri, certisshmini haheo ex hibliotheca dicti Petrarce in manihus commimis donmii ill"^ principis domîni Comitis Virtutum [Giangaleazzo] esse libnim M. Varronis de mensuris orbis terre, libnim quidem luagnimi in antiquissinui littera, in qiio siint quedani geometrice figure ; quanuis Antonius Luscus noster michi scripserit quod putet esse Varronem de lingua lalina... (Novati, Epistolario di C. Salutati, t. II, p. 392). Cf : Sabadini, Le Scoperte dei codici, p. 25.
5. A propos de son projet de traduire Homère (G. da Schio, Sulla vita e sugli scritti di A. Loschi, Padoue, 1858, p. 155 sqq. ; Novati, t. II, p. 398).
102 LES LIVRES DE PETRARaUE
des Visconti, était encore très familier avec ces manuscrits et les utilisait pour ses travaux; on sait, par exemple, qu'il emprunta, en 1439, avec le texte grec d'Homère, la traduction qu'en avait faite Léon Pilate ; il en commençait alors une lui-même, et il est curieux de voir les manuscrits de Pétrarque servir encore, après soixante-dix ans, au premier traducteur du xv^ siècle qui s'attaquait à Homère '.
La plupart des livres de Pétrarque qui sont à la Bibliothèque Nationale de Paris proviennent du château de Pavie. Quelques-uns ont conservé une ancienne reliure, aux ais de bois recouverts de velours divers, qui semble dater de cette époque et pour laquelle on a pu tirer parti de débris des reliures du poète \ J'ai reconnu tous les volumes de cette provenance dans l'inventaire des ducs de Milan dressé en 1426, où ils sont assez exactement désignés \ En voici, à titre de curiosité, la description complète dans l'ordre qu'ils
1. V. l'index au nom de Decembri. Un humaniste, Giovanni Manzini délia Motta, a travaillé vers 1388 sur des mss. de P. conservés à Pavie (Novati, dans le vol. P. e la Lombard la, p. 184). Les notules marginales que j'avais cru pouvoir attribuer à P., sur le Par. 6o6^T, paraissent de la main de Manzini.
2. Le Par. 7748 porte, collée sur un de ses ais de bois, une lettre, qui semble provenir de la chancellerie d'Avignon et dont la suscription est visible : Generalis Ecdesie Siimmo Pontifici et Pastori. Mais le Par. 6280 est, je crois, concluant sur ce point. Sur la feuille de parchemin qui recouvre un des ais, on lit : Domini Francisa Petrarce et les gardes sont formées par deux actes privés du xive siècle, mutilés; l'un est une procuration générale pour recouvrer ses créances d'Avignon in quacunqiie curia ecdesiastica ml saeculari, donnée par Saliietiis de Noids à Bellaudus de Stella, juif habitant cette ville (icr févr. 1312 ?) ; l'autre est une convention entre Astigius et Saliietus Bellaudi de Stella, jiidei de Aninione, pour donner à leur mère Bonosa annis singiilis pro sustentât ionetiite sue... fiorenos auri finide Florencia (20 fév. 1337?). Or, parmi les nombreux relieurs juifs travaillant pour la cour d'Avignon, figure précisément un membre de cette famille, lauetus de Stella pergamenarius (Ehrle, t. I, p. 179). Notre ms. datant du séjour de P. à Avignon, il y a lieu de supposer que ce relieur, qui employait ses papiers devenus sans valeur aux usages de sa profession, a été relieur du poète.
3. Publié parle marquis G. d' Addix, Iiidagini storiche, artistiche et hihliogr. snlla libr. Visconteo-Sforiesca del Casello di Pavia, parte prima. Milan, 1875, malheureusement sans index.
occupent sur l'inventaire; on y peut voir comme un fragment d'un catalogue de la bibliothèque de Pétrarque qui aurait été dressé cinquante ans après sa mort; les reliures qui se trouvent indiquées sont vraisemblablement celles qui existaient chez lui:
42. Claudianus, copertus corio uridi. Incipit Inuenta secuil et finitur tepuere génies. Sig. cccxj [8082] '.
éo. Cassiodorus uariarum cum Petro Abaelardo ad amicum suum de consolatione et apologiis magistri Berengarii Pictauensis ac epistolis magistri Stefani Aurelian. Tornacensis epis^copi, forme parue, copertus corio uiridi antiquo. Incipit Sepe hniuanos affecius et finitur copiosa frugum. Sig. cclj. [2923].
100. Isidorus ethimologiarum et alii libri Isidori, copertus corio rubeo stampito. Incipit Do//z/;/o mco et hn'wwr fi dei gratiaiii aiiihulenms. Sig". ccclx [7595].
121. Platonis Thimeus, mediocri uoluminis copertus corio uiridi. Incipit Socrates in exhortationihus et finitur institntionibus ingénue. Est etiam cum eo ligatus Martius Capella de nuptiis Mercurii qui incipit in secunda linea progeniinni perhihent et finitur liber explicit. Sig. ccvij [6280].
163. Homeri Ylias, coperta corio rubeo cum clauaturis. Incipit Ira cane dea Pellidis Achillis et finitur Hectoris hellicosi. Sig. dix [7780, ij.
178. Suetonius de xij Cesaribus cum Florio, TuUio phisicorum, Frontino et Tullio tusculanarum questionum, copertus corio uiridi hirsuto. Incipit in textu Annuni agens César sextuni et finitur potuit inueniri leuatio. Sig. dccccxlv [5802].
181. Fulgencius cum Ausonio, Cassiodoro, Sibilla, Prudentio et Alberico, mediocris uoluminis ualde pulcri, copertus corio rubeo nouo cum clauis auricalchi. Incipit de uita et gestis Fahii et finitur caudani serpentis habebat. Sig. xlij [8500].
190. Liber Eustachii metropolitani super ethicis Aristotelis, copertus corio albo sine clauis. Incipit in rubrica Eustachii metropolitani et finitur hoc modo. Sig. Ix [6458].
219. Homeri Ulixea rapsodia. Incipit Virum michi pande et finitur atque noce, cum copertura corii nigri et clauaturis. Sig. dlviiij [7880, 2].
333. Cronice diuersorum principum et tirannorum ab Adriano imperatore usque ad Numerianum, mediocris voluminis coperti corio rubeo antiquo. Incipit Origo imper atoris Adriani et finitur Deo gratias amen. Sig. cxxvij [5816].
.1. Les chiffres ajoutés entre crochets donnent les cotes actuelles de Paris.
345. Iiinocentii tertii et quarti liber forme mediocris, copertus corio
uiridi. Incipit Innocentius tertius papa et finitur potestate priuetur. Et est
liber historiographus. Sig, ccl [5150].
388. D. Fran. Petrarca de gestis Cesaris, copertus corio pauonino siue
rubeo leui. Incipit in textu Gaii hilii Cesaris dictatoris et finitur ad
Aticum libro vii'f. Sig dccliij [5784].
494. Augustini glosa super Psalmis, uoluminis magni et grossi in carta, coperti corio rubeo et antiquo. Incipit Incipit prologus et ^mXMX preconia comprohentur . Sig. xij [1989].
495. Augustini prima pars expositionis super Psalterio, uoluminis communis coperti corio uiridi. Incipit Ecce mnis panper orat et finitur oinjiis spiriUis laiidet Domiimm. Et est in littera antiqua. Sig. cccxxxj
[1994]- 51e. Cassiodorus de anima, cum beato Augustino de uera religione,
copertus corio uiridi sive gialdo, sine clauis. Incipit Ciini iam siiscepti
operis, et finitur in secula seculorum. Amen. Sig. ccxxxviiij [2201]. 52e. Ambrosius de uocatione omnium gentium, uoluminis mediocris
coperti corio nigro cum clauaturis quatuor. Incipit Inter defensores et
finitur îiniere nequeamus. Sig. ccclxiij [1757]. 534. Gregorii omelie et itinerarium démentis, uoluminis satis magni,
coperti corio uiridi ueteri. Incipit Tihi qiiiquam papa gaudenti et finitur
et régnât iinus deiis, amen. Sig. cccij [1617]. 539. Spéculum ecclesie cum dialogo beati Gregorii, mediocris uolumi-
minis, coperti corio rubeo cocto ad modum Parisinum. Incipit De
sacramentis ecclesiasticis et finitur Deo hostia ipsi fnerimus. Sig. clxxxj
693. Leuiticus glosatus, mediocris uoluminis coperti corio albo. Incipit
Ouerenduni est quare et finitur /// monte Synai. Sig. clxvj [390]. 614. Victorinus super rethorica Tulii, copertus corio albo absque clauis.
Incipit Omnis quicumque incipit et finitur C2im studio et diligentia. Sig.
cclxxxxiij [7748].
636. Alexandri Macedonis rerum Qjaintus Curcius, copertus corio rubeo
hirsuto sine clauis. Incipit Inter hec Alexander et finitur nomini houor
habetur. Sig. 1 [5270].
656. Quintilianus oratoriarum institutionum, ligatus in assidibus. Incipit nec de temporihus tantiim loqiior et finitur sed cum deheat delectare.
Sig. cclxxxxviij [7720].
688. Ricardus de intima contemplatione, parue forme coperte corio rubeo
leui cum clauis auricalchi. Incipit Beniamin adolescentulus et finitur
htimana ratio applaudit. Sig. cclxxxj [2589].
Trois volumes de Pétrarque sont à Paris, qui ne viennent pas de la collection transportée de Pavie à Blois en 1499,
et auxquels il faut chercher une autre provenance. Divers indices me permettent de les rattacher à une bibliothèque non moins célèbre, celle des rois aragonais de Naples, dont une partie est arrivée, comme on le sait, dans les collections royales de France à la fin du xv^ siècle etauxvi^ \ Ils avaient appartenu d'abord au doge de Gênes, Tommaso di Campo Fregoso, sur l'inventaire de qui ils figurent en 1425, et durent passer ensuite au roi-bibliophile Alphonse P"". A la vérité, ce passage n'est probable que pour un volume, le Tite-Live ; mais le fait d'y trouver réunis les deux autres, jadis sur l'inventaire de Fregoso et aujourd'hui à la Bibliothèque de Paris, autorise, ce me semble, à ne pas séparer leur histoire de celle de leur compagnon \ Un autre souvenir de Pétrarque se trouvait à Naples ; un texte de Laurent Valla, qui appartient à un ouvrage de 1445, nous apprend que des secrétaires du roi Alphonse, tels que Fazio et Panormita, avaient manié un autre exemplaire de Tite- Live annoté par le poète \ Après eux, toute tradition de ce
1. L. Delisle admet que Charles VIII s'en soit fait livrer une partie lors de la conquête de Naples en 1495 ; mais il démontre qu'une portion considérable de la librairie ar agonaise fat transportée en France par le roi Frédéric III, qui mourut à Tours en 1504, après avoir cédé au cardinal Georges d'Amboise 140 volumes qui vinrent plus tard à la bibliothèque royale ; la reine Isabelle, veuve de Frédéric, en vendit à Louis XII un plus grand nombre. V. Cabinet des mss., t. I, p. 217 sqq., et du même auteur, Notes sur les anc. impressions... dans la lihr. roy. de Naples, dans Mélanges Graux, Paris, 1884, p. 245 sqq. Cf. G. Mazzatinti, Invent, dei mss. ital. délie hihl. di Frauda, t. I, Rome, 1886, p. xix sqq., et le livre du même auteur cité ci-dessous.
2. Cf. l'excursus IV, et Mazzatinti, La hiblioteca dei Re d'Aragona in Napoli, Rocca S. Casciano, 1897, p. 169-170. Les mss. sont Par. 5054, 5690, 6802.
3. Testimonio est... manns Petrarcae, qui diligentissime codicem suum, qui nunc Neapoli est quemque uterque uidistis, emendare conatus est, iu nonnullis emendationihus felix, in tionnullis lapsus, in nonnullis remediuni se non inuenire confessus... En Candidus ausus est et féliciter ausus, quodque niagis mireris, assecutus quod assequi P. non potuit, ut manus ipsius docet. (Recrim. iu B. Facium et Ant. Panormitam dans Laurentii Vallae opéra, Bâle, 1543, P- 602).
genre à Naples semble avoir cessé. Le culte de Pétrarque comme humaniste avait d'ailleurs peu à peu diminué avec le progrès des lettres et avait fini par disparaître presque entièrement ', on ne pouvait prêter la même attention qu'autrefois à des volumes considérés longtemps comme de précieuses reliques.
En passant en France, par l'une ou l'autre des voies indiquées ici, les livres de Pétrarque abandonnaient encore une partie de l'intérêt qu'offrait leur illustre origine. Son nom ne suffisait pas sous Louis XII, en un pays où la Renaissance était encore peu avancée, pour les recommander à la curiosité. Ils furent, d'ailleurs, dispersés dans les divers classements de la Bibliothèque du Roi, transportée successivement de Blois à Fontainebleau, et de Fontainebleau à Paris ^ On ne tarda pas cependant à les remarquer ; Mellin de Saint-Gelais, par exemple, s'y intéressa, peut-être en sa qualité de poète, vers le temps où il présida au premier transport de la « librairie » en 1544 '. Les mentions, que les volumes venant de Pavie portaient sur les gardes, aidaient à les faire reconnaître. La reliure, qui fut considérable sous Louis XIV, en fit disparaître un certain nombre. A cette époque, Mabillon empruntait à un de ses volumes
1 . Les premiers symptômes de dédain sont dans le dialogue de Leonardo Bruni ; le point d'arrivée est marqué par Érasme dans le Ciceroniamis : Reflorescentis eloqjientiae pr inceps aptid Italos uidetur fuisse P., sua aetate celebris ac magnus ; niuic uix est in manibus (Opéra, Leyde, 1703, t. I, col. 1008).
2. Les mentions de classement par tahulae, sur les gardes anciennes qui sont conservées, se rapportent sans doute (suivant Delisle, Mél. Graux, p. 251) au placement des livres dans la librairie de Blois au temps de Louis XIL Elles ne peuvent être antérieures et j'ai cru devoir les négliger dans mes descriptions.
3. Il avait mis sur le Par. 2453 (Rémi d'Auxerre) une observation, tombée à la reliure moderne : Hune lïbriim fuisse domini F. P. notae quaedam illius, manu ad margines positae, indicant {Cabinet des mss., t. I, p. 139). Cette observation était d'ailleurs erronée, et, après examen du volume, je l'ai exclu de notre liste.
le plus ancien fac-similé qui ait été donné de l'écriture de Pétrarque '. Au commencement du xviii^ siècle, Jean Boivin, garde de la bibliothèque, réunissait dans ses notes manuscrites l'indication de tous ceux de la série qui lui étaient connus \ Sous Napoléon I^^ à la suite du transport à Paris du Virgile de l'Ambrosienne, Van Praet, consacrant une étude au célèbre volume, était amené à dresser d'après Boivin la liste de ceux qui pouvaient en être rapprochés ; mais son travail, qu'on peut considérer comme inédit \ restait ignoré des biographes de Pétrarque. L'auteur de l'histoire générale du Cabinet des manuscrits reprit la question des livres de notre auteur conservés à Paris, à propos de la collection des ducs de Milan, et fit connaître, avec des modifications et additions importantes, la liste ébauchée par ses prédécesseurs +. J'ai moi-mêm,e remanié cette liste et pu y ajouter une dizaine de numéros K
Pendant que la tradition de la provenance de Pétrarque se maintenait, au moins en partie, pour les volumes venus en France ^ elle se perdait, pour la plupart de ceux qui demeuraient en Italie et qui n'offraient nulle part, sans doute, un groupe aussi compact que celui de Paris. En