Id., chap. III, passini
après Orsini, mort en 1600, à la Bibliothèque Apostolique. On avait beaucoup parlé de ces volumes au xvi^ siècle ; mais, après leur entrée à la Vaticane, peu d'entre eux restèrent familiers aux érudits. Les premières recherches de l'auteur de ce livre ont contribué à les faire étudier à nouveau '.
Pendant que s'oubliaient, au moins en partie, les trésors pétrarquesques de la Vaticane, Venise découvrait les prétendus débris du fameux legs enfouis dans l'humidité d'une chambre de Saint-Marc, qu'on décorait du nom pompeux de Petrarcae tahiilarhim. Florence ne voulait pas rester en arrière et, grâce à la fertile imagination de Bandini, s'enorgueillissait d'une abondante série de manuscrits copiés ou annotés par le poète. C'était bien autre chose que les attributions de Vettori, transmises à la Laurentienne avec les volumes ; le catalogue des grands-ducs rapprochait des faux autographes admis par ce dernier une nombreuse série de manuscrits, tous de Cicéron ^ ; considérant les premières don-
1. Les Vat. 3358 (Biicoliciim Carmen) qX 3359 {De ignorantia) ont été remis en lumière avec leur valeur d'autographe en même temps que le 3195 (Revue crit., 1886, I, p. 469; description des deux vol. dans La BiUioth. de F. Orsini, p. 285- 290, avec fac-similé du second ; f.-s. du premier dans mes Fac-sim., pi, III). Après les listes de mss. données par Tommasini, tout le monde connaissait la souscription du Vat. 3359, mais on en niait l'autographie (Baldelli, Del P., Florence, 1797, p. 225); Narducci l'avait décrit sans porter aucun jugement et avait omis le 3358 (Catal. dei cod. petrarch. délie hihl. Barherina... e Vaticana, Rome, 1874, p. 63). Le texte du 3358 sera édité parAnt. Avena. Le texte du 3359 l'a été par les soins de L. M. Capelli (Le traité De ignorantia... puhl. d'après le ms. aiit. iu Vatican, Paris, 1906; t. VII de la Bibliothèque littéraire de la Renaissance).
2. Bandini, Cat. cod. lat. hihl. Mediceae-Laur., Florence, 1774 sqq., t. II, p. 443 sqq., 464, 474 sqq., 504, 514, 515, 522; t. III, p. 91-97. — Mehus croyait, d'autre part, à l'autographie du Magliah., I, i, 28 (lettres de P.). On connaît enfin les idées de Fr. Palermo sur les fragments de Dante du Palat. 180, soutenues par lui en plusieurs travaux, notamment dans / nianoscr. Palat. di Firen:(e, t. II (Florence, 1860) et t. III; sa croyance à l'autographie de P. est complètement rejetée, et Gentile la condamne avec Bartoli dans I cod. Palat. délia Bihl. Na^. centrale di Firen^e, t. I, Rome, 1889, p. 85. Je regrette de n'avoir pas eu le loisir de me faire une opini - . - sonnelle sur la question.
nées comme acquises, on y appuyait une foule de conclusions et de suppositions. On les a vus longtemps reparaître plus ou moins complètement, même après que l'érudition eût détruit la tradition paléographique relative aux Lettres de Cicéron ', et par suite l'échafaudage d'hypothèses construit par Bandini. Je dois noter ici qu'après un examen minutieux de tous les volumes pour lesquels le nom de Pétrarque a été prononcé à Florence et à Venise, il n'en est qu'un seul qui m'ait semblé d'authentique provenu nre, VHorace de la Laurentienne. La Marcienne contient bien un manuscrit venant de Pétrarque, choix de lettres dont il a surveillé et revu la transcription ; mais ce recueil est étranger à la trouvaille de 1634 et n'a été reconnu qu'en 1889 \
D'autres manuscrits ont été attribués à la collection de Pétrarque en diverses collections publiques ou privées. Ces indications méritent la plus grande défiance ' ; celles même qui se recommandent d'une tradition du xvi^ siècle n'en offrent pas pour cela plus d'autorité. L'exemple des confusions paléographiques dans lesquelles sont tombés des hommes aussi sérieux que Vettori, Beccadelli, ou Bembo
1. Viertel, Die W iederaiiffindung von Ciceros Briefen von P., Kônigsberg, 1879; Voigt, Die handschrijtliche Ueherliefenmg von Ciceros Br., dans les Berichte de l'Académie de Saxe, Leipzig, 1879; Rùhl, dans Rhein. Muséum, 1881 (nouvelles observations sur l'écriture de P.) ; surtout O.-E. Schmidt, Die handschr. Ueherlief. der Brtefe Ciceros an Atticus... in Italien, dans les Ahhandlungen de l'Acad. de Saxe, classe phil.-hist., t. X, Leipzig, 1887 (avec pi.). Fac-similés des Laiir. XLIX, 18 (ad Att.) et XLIX, 7 {Fani.), dans Châtelain, PaJéogr. des classiques latins, 3e livr., Paris, 1885. Cf. Novati, Epistolario di C. Salufati,t. II, Rome, iS<^^, passim.
2. Cf. p. 85, n. I, et ma note sur Un nis. original de lettres de P., dans Giorn. stor. délia letter. ital., t. XVIII, 1891.
3. Tommasini donne, par exemple, la liste de toute une bibliothèque de ce genre venue de Padoue à Milan. V. la réimpression d'Angelo Solerti, dans Le vite di Dante, Petrarca e Boccaccio scritte fino al secolo decimosettimo, Milan, 1 904, p. 666-66^ : c'est la collection de Garegnano, dont parle la note suivante.
lui-même, qui avait à sa disposition des moyens de contrôle parfaitement sûrs, doit presque faire rejeter a priori les anciennes attributions basées sur des comparaisons d'écriture ; pour celles qui s'appuient sur d'autres renseignements, il faut ne point perdre de vue la vanité complaisante des bibliophiles, les habitudes de supercherie qui ont régné longtemps parmi eux, enfin la facilité avec laquelle, en ce point, se créent des légendes '. La vérification commencée, sur quelques volumes qui m'étaient ainsi désignés, ne m'a pas encouragé à poursuivre ce genre de recherches '.
Voici les manuscrits provenant de Pétrarque que je crois pouvoir indiquer en toute confiance, les ayant tous examinés moi-même en divers voyages, et en ayant retrouvé près de la moitié à l'aide des annotations marginales autographes :
1 . Il existait une collection provenant de Garegnano, avec l'ex-libris Fragmentum hiUiothecae Pclrarchae gravé par les soins des chartreux de ce couvent, et sur laquelle Valentinelli donne des détails (t. I, p. lo). Une partie a été achetée par un libraire de Munich. Fr. Arigoni l'avait décrite dans sa Notice hist. et hihliogr. sur 25 mss... ayant fait partie de la biblioth. de F. P., dont Vwi avec des notes autogr. du grand poète et les 24 autres probabî. ann. par lui... Milan, 1883. La préface répète les erreurs courantes sur le sujet. Tous ces mss. de Garegnano sont des ouvrages en usage dans les couvents : il n'y a pas un seul ouvrage classique. Celui qui est d'une provenance différente et où les notes autographes de P. seraient « certaines », suivant les attestations multipliées qui le revêtent, se trouve être un Silius Italicus écrit, sans nul doute en ItaHe (suivant la photographie que j'ai sous les yeux), mais au milieu du xv^ siècle !
2. En dehors des mss. qui figurent dans la liste suivante, je ne connais que trois autographes authentiques de P., tous trois sur papier : 1° à la Vaticane, les feuillets du Vat. ^1^6, contenant des brouillons de vers qui ont été publiés d'une façon complète en fac-similé, dans VArchivio paleogr. ital. de Monaci (vol. I, fasc. 5 et 6, Rome, 1890) et par les soins de la Bibliothèque Vaticane, en 1896; 2° à la Laurentienne, la série de lettres originales du Laur. III, 35, examinée par Rùhl au point de vue de l'écriture et dont il a été extrait deux pages pour la Colle:;^ione paleogr. fiorent. de Vitelli et Paoli (fasc. i, Florence, 1884); 3° à la Bibliothèque du Séminaire de Padoue, la grande lettre à Dondi, qui a fait l'objet de deux publications spéciales : F. P. epist, quae inter éditas est prima XII Sen. ex a 11 1. adiiof. et uariant. lect. locupletata, Padoue, 1808, et dans P. e Padova, Padoue, 1904. C'est un des autographes du poète les plus utiles à étudier.
LES LIVRES DE Pli IRARaCE I I 3
PARIS
Bibliofbcque Nalioiiale (fonds latin).