‹ Pétrarque et l'humanismeChapitre 67 sur 353 · Op. 304. Cf. Salutati, Eptstolario, t. I, p · texte numérisé non relu

Op. 304. Cf. Salutati, Eptstolario, t. I, p

2. Boccace a fait, il est vrai, des réserves analogues dans la ne leçon de son Comento, mais Hortis (Studj, p. 397) nie semble en exagérer peut-être le mérite. Ici, comme en bien d'autres cas, Boccace est le disciple de P. : le commentaire sur Dante fut commencé en 1373 (préf. de Milanesi, p. m) et l'auteur avait depuis longtemps en main le De otio religioso. On peut en dire autant de Benvenuto da Imola (Commentuiu super Dantem, éd. Lacaita, t. I, p. 55 sqq.).

Pétrarque appréciait donc Virgile à un point de vue tout autre que les lettrés qui l'avaient précédé ; il ne le lisait cependant point comme nous. On s'en convaincra en écoutant les raisons par lesquelles il justifie son admiration pour le poète de YEnéide : « Parmi les génies latins, à dire toute ma pensée, je ne sais qui je mettrais au-dessus de Virgile. S'il est compris comme je le comprends, tout homme qui admirera véritablement ses ouvrages y verra une lumière cachée en chaque mot sous le nuage poétique (^in singiiUs uerhis lumen aliquod siib nuhe poetica), reconnaîtra de sérieuses vérités dissimulées sous un style divin, et devra avouer que, si d'autres peuvent l'emporter par la science, personne peut-être ne l'emporte par le génie. Pour l'éloquence, que dirais-je de plus que Macrobe, qui, traitant des quatre genres d'éloquence, n'a pas craint de les attribuer tous au seul Virgile ' ? Cette éloquence merveilleuse et, selon le mot de Sénèque, cette faculté vraiment divine lui ont manqué dans la prose; mais ce dont il est capable en poésie, je ne crois pas qu'on le puisse ignorer, pour peu qu'on ait bu une fois à la source de Castalie ^ ».

I. Le passage de Macrobe a eu trop d' influence sur la direction de la critique de P. pour que je ne le reproduise pas ici, tel qu'il le donne plus loin au même chap. des Res mem. : Locus admonet ut ipsa Macrdbii uerha suhiungam, ne qiiid de hoc peregrinarum opiniomim lector lateat : Quatuor enim quidem sunt eîoquenttae gênera, copiosum et torrens in quo Cicero dominatur, hreue et circiimsectiiin in quo Salustins régnât, sicciim et aridum qiiod Frontoni ascrihimus, pingue et floridum in quo Plhiius S ecundus (MâCYohe parle de Pline le jeune, inconnu à P., qui croit qu'il s'agit de Pline l'ancien) qnondam, et nunc nullo ueteruminferior noster Symmachus hixuriatur ; haec omnia apud unum Virgilium inueuies [Saturn. V, i, mais très librement cité]. Haec ille. Ad quod finnandum prohationes ex ipsis Virgiliis uerhis elicnit, qiias, qiioniam longum est, in Saturnalibns quisquis inquisitionis îahorem non recusabit inueniet... Et haec quidem hactenus. Ouibiis si assentiri libet, in unaquaque arte quadripartitae eloquentiae designatos praesides habemns et, quod uix ceteri in singulis, Vergilium simul omnibus gloriantem. Hanc uero distinctionem, etsi colore non careat, apud alium non inueni, quin in unum Ciceroneni puhlicus fauor inclinai (Op. 410-41 1). • 2. Rer mem. II, 2 (Op. 410) ; cf. III, 3 (443).

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Laissons de côté les quatre genres d'éloquence réunis dans Virgile ; ne retenons que « la lumière cachée dans chaque mot sous le nuage poétique » ; c'en est assez pour montrer que Pétrarque cherchait dans Virgile, avec ce que nous y trouvons aujourd'hui, autre chose encore que nous n'y découvrons plus.

Les idées de Pétrarque sur l'essence de la poésie sont bien connues. En théorie, la poésie et l'allégorie sont pour lui inséparables, et le rôle du poeta, du vrai poète qui prend à son usage la noble langue latine, est de cacher la vérité sous le voile des beaux symboles; le vulgaire ne sera pas admis à la contempler, mais elle en deviendra plus précieuse à qui aura eu la science et la patience de la découvrir. La poésie n'est donc pas un jeu, comme on le croit d'ordinaire c'est une des œuvres les plus élevées et les plus utiles aux hommes \ Pétrarque est revenu à différentes reprises sur ces idées % qu'il avait quelque peine à faire accepter, et il a montré dans ses poèmes latins, surtout dans ses Eglogues, comment il en entendait l'application.

1. Boccace n'est sur ce point, comme d'ordinaire, que le continuateur de P., mais il consacre à la défense de la poésie, telle qu'ils la concevaient ensemble, un si complet et si éloquent plaidoyer, qu'on doit lire, pour connaître la question, à peu près tout le livre XIV du DeGenealogia deorum dans lequel, comme dit l'incipit du ms. original, auctor objurgationihus respondens in hostes poetici nominis imiehit. L'édition critique en est donnée par Oskar Hecker, Boccaccio Funde, Braunschweig, 1902, p. 188 sqq. Salutati a développé cà son tour cette argumentation devenue un des lieux communs de l'Humanisme.

2. Cf. Voigt, Wiederhelebung des dass. Alterthumsi, t. I, Berlin, 1893, p. 30-32. Aux passages qui s'y trouvent cités ajouter: Inuect. in med. I (Op. 1092) ; Epist., II, II ; discours pour le couronnement au Capitule, dans Hortis, Scritti ined., p. 320 ; etc. Il faut mentionner aussi les vers de VAfrica (éd. Corradini), IX, 97, 102 :

Quicquid Idbor historianim est,

Quicquid lUrtutum cultus documentaqiie uitae... ...Sub ignoto tamen ut celentur amictu, Nuda alibi et tenui friistrentur liimina nelo, Interdmuqiie palam ueniant fugiantqtie uicissim.

Bien qu'il se figurât partager cette conception de la poésie avec divers poètes antiques, c'est surtout à propos de Virgile qu'il s'en est clairement expliqué ' . Il vo3^ait dans les Bucoliques une allégorie perpétuelle cachée dans les moindres paroles. On l'apprendra plus loin par un témoignage inédit des plus étranges ; on verra qu'il a tenté d'explorer des mystères imaginaires, dont l'obscurité avait déconcerté ses plus hardis prédécesseurs \ Quant à Y Enéide, il n'y a pas lieu de s'étonner que l'interprétation qu'il en donne soit directement inspirée du De continentia Virgilii de Fulgence. Ce livre singulier, qui a tant pesé sur la lecture de Virgile au Moyen Age ^ , n'est pas expressément cité par Pétrarque, mais il est peu probable qu'il ne l'ait lu : il suit, du moins, la pensée générale du grammairien africain, qui fait de l'ensemble des aventures d'Enée une immense allégorie de la vie humaine. En ce point, le poète de YAfrica ne se montre pas plus avancé que Dante dans la célèbre lettre à Can Grande : sa critique personnelle, parfois si indépendante, reste accablée sous l'unanimité de l'opinion "" ; la

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