C'est ce qu'établissent les dates de l'excursus VI
2. Très peu de mains autres que celles de P. ; on en reconnaît notamment au f. 12, au livre I des Georg., en quelques mots grecs rectifiés à la marge. Cf. Ratti, p. 230.
3. L'annotation ne porte guère que sur Virgile et Servius. Le poème de Stace a peu de notes et les odes d'Horace n'en ont point. Quant au Donat, c'est à peine si deux citations d'auteurs mises en marge, à titre d'exemples, viennent témoigner que l'ouvrage a été lu ; mais P. y renvoie lui-même directement (v. plus loin p. 156, n. 7).
4. Sur la p. de garde où est la note : Lihris hic Jurto..., est un commentaire de P. sur les premier vers dans lesquels Donat est expressément cité ; il est suivi de notes en partie étymologiques (provenant peut-être de Barlaam) sur le nom de Galatée et d'Amaryllis.
P. DE NoLHAC. — Pétrarque. 10
146 PÉTRARaUE ET VIRGILE
graphes de deux des principaux passages de l'églogue donneront une idée de la façon dont tout a été interprété :
Rome discipulos tecuni iiersatos
Fortunate scnex ! hic, inter flumina nota
magistros ex quitus flumina swit umhrosum et reposituin studium
Et fontes sacros, frigus captabis opacum.
ah Urbe condila annalium et fastonim
Hinc tibi que setuper iiicino a limite sepes [copia obstans
[obîiuioni induslriis ni ris scient iaruiu actiue
Hybleis apibtis florem depasta salicti,
quietani détectât ionem
Sepe leiii sompnum suadebit inire susurro ;
terris présidente Tarpeia iura dabit César Aiigustus in aperto
Hinc cdta sub rupe canet frondator ad auras \
Quantuis ait a canat ille quas diligis Mecenas et tixor, pr opter castitateni
Nec tamen interea rauce, tua cura, palumbes,
dolens amissa coniuge matre Soïonini Pollio ab eminenti fortuna
Nec gemere aeria cessabit tiirtur ab uhno.
Rcuocdt abire properantein sub eodem noniine poète otiari studere
Hic tamen bac meciim poteris reqiiiescere nocte
studio îaurea promerituro nulli interdicta materia de amoribus
Fronde super uiridi. Sunt nobis mitia poma,
satyrica yrsuta de se artificio scilicet uel moralis scientia, uel ars aliqua
Castanee molles et pressi copia lactis.
[ex multorum preceptorimi ad tinum finem tenden- [tium, uel prêter Roniana ystoria aliqua ex multc- [rum actiium quadam tcelut coagulatione composita.
dehes requiescere quia a Romanis rébus magnorum uirorum gesta sordescunt
Et iam summa procul uillarum cidmhia fumant
aucte teniporis cursu uel ducibus uel poetis ut différât obliuiones
Maioresque cadunt altis de montibus umbre.
On est tenté de sourire en voyant Pétrarque occupé à une besogne aussi puérile et en assistant à cette transformation singulière du texte de Virgile, où les mots florenlcm cylisnm et saJices... amaras représentent les victoires et les grandes actions des Romains. Ce bizarre document prend une signification plus intéressante, si l'on songe que l'auteur n'a fait qu'appliquer à Virgile les procédés d'explication allégorique qui sont nécessaires pour comprendre ses propres églogues.
On sait l'importance du Bucolicum Carmen dans l'œuvre poétique de Pétrarque et comment les moindres détails de ses scènes pastorales y cachent des allusions à sa propre vie ou aux événements politiques de son temps \ De tels poèmes seraient pour nous presque insignifiants ou incompréhensibles, si nous n'avions la clé donnée par l'auteur luimême '. Cette conception de la bucolique n'est pas particulière à Pétrarque; toute une littérature l'a précédé ', qui l'a mise en honneur avant lui ; ses principaux prédécesseurs sont Dante et Giovanni del Virgilio, dont le petit recueil a été transcrit par Boccace ^. Comme eux, il croyait que Vir-
1. Cf. Gaspary, 5/or. délia lett. ital., trad. ital., t. I, p. 371 ; t. II, p. 40. On doit de la reconnaissance à V. Develay pour avoir traduit pour la première fois les Eglogues de P. (Paris, 1891), en améliorant en bien des points le texte et les notes de Rossetti. L'autographe retrouvé à la Vaticane a permis à Antonio Avena de préparer l'édition critique et définitive de l'ouvrage (dans le volume sous presse, P. e Padovd).
2. V. Fam. X, 4, Var. 42 et 49, et pour l'ensemble du recueil, le document découvert et publié par Hortis dans Scritti iuediti, p. 359 sqq. (P. 221 sqq. est une étude sur l'églogue chez P., à rectifier par Zumbini, et dans Giorn. stor., t. VII, p. 146 sqq. Enrico Carrara, / Commenti antichi e la cronologia délie Ecloghe Petrarchesche, dans Giorn. stor., t. XXVIII, p. 123 sqq. D'après Carrara, la composition du recueil fut faite de 1346 à 135 1 ; les dernières additions ne sont pas postérieures à 1362).
3. Cf. Macri-Leone ; La Biicolica lat. nella lett. ital. del sec. XIV, cou introdulionesulla hue. lat. del medio eio, i^e partie, Turin, 1889.
4. V. l'édition et le commentaire très complet donnés par Giuseppe Albini, Dantis Eclogae, lohannis de Virgilio carmen et ecloga responsiua, Florence, 1903.
gile avait eu, dans ses poèmes pastoraux, une continuelle intention allégorique ; il se la figurait semblable à celle qu'il mettait lui-même dans les siens.
Le goût du symbole apparaît, avec un autre caractère, dans une note sur le dernier vers de YEnéide (f. 233) : Vales propriifati nimis certiis fiiisti, Maro; talia enim dicentem et te iiita deseniit, indignata itideni, nisi fallor, fugiens. Nous trouvons là le premier exemple d'une habitude de Pétrarque fréquemment constatée dans nos recherches : il aime à se faire, par tous les moyens, le contemporain des anciens qu'il étudie; il converse volontiers avec eux et ne craint pas de leur adresser même de familières interpellations. Il avait dû goûter quelque douceur à parler ici à son cher Virgile, et on peut penser avec quelle ardeur il chantait, le jour de la fête de la conversion de saint Paul, la séquence dont une autre de ses notes nous donne le texte : /// coniiersione Pauli Apostoli ad missam cantatur quedam seqiientia, in qiia inter cetera est hoc PauJi de Firgilio : Ad Maronis maiisohum — Diictus Jiidit super eum — Pie rorem lacrime : — Ouem te^ inqiiit, reddidissem^ — Si te uiiiinn inuenissem, — Poetarnm maxime! \
L'érudition historique et bibliographique de Pétrarque s'étale en ses annotations. Empruntons-en des exemples aux premiers feuillets :
F. 10, Servius rappelle la victoire de Varus sur les Germains, in Ed. VI, 6, et Pétrarque annote : Postea iiero ah eisdem iiictus et intcrfectus est. Meminit Suetoniiis, ac Eloriis. Extat in odis et elegans de hac re Flacci consolatio ad Virgilium. Vari
I. Cette note est sur le f. de garde; les vers n'y sont pas séparés. P. semble indiquer pour la séquence un usage plus général que celui de Mantoue. Cf. H. A. Daniel, Thésaurus hymnoîogicus, t. V, Leipzig, 1856, p. 266, qui a publié le même fragment avec deux variantes, et U. Chevalier, Repertorium hymnologicum, t. I, Louvain, 1892, p. 13.
autem mtilta mentio est apiid losephum lihro 6° '. F. ii, rectification à Servius in Ed. VIII, 1 3 : Laurus Cesarum atqiie uictorum est, hedera poetarwn, sed et laurus. Unde Statius in f AchiJl: Gui géminé florent uatumqiie ditciimqiie Ceriatim laurus, et cet. "■ F. 17', sur Servius in Georg. I, 6: De materia huiiis glose, hoc est de mensihus et eorum ratione, multis iierbis agit Macrobius in f. Saturnalium. De eadem extat liber singidaris Oindii Fastorum.
Plus curieuses sont les notes relatives aux connaissances géographiques de Pétrarque ; elles font bien voir à quel point l'auteur de Vltinerarium Syriacum s'intéressait aux questions de topographie historique et à l'identification des noms anciens ^ Les exemples qu'on y peut recueillir attestent que Pétrarque possédait des cartes géographiques, peut-être destinées à la navigation, qu'il considérait déjà comme anciennes
1. Cf. 52 : Varum accipe poetam qui Virgilio superuixit, aiiiis et in Biicolicis est mentio 9» egloga, et apiid Flaccum in Arte poetica. Alter fuit Variis dux belli ante Virgilium extinctus, cuius et in eisdem BucoUcis 6» egloga et apiiâ eumdem Flaccum in Odis est mentio.
2. On comprend le mécontentement du lauréat du Capitule contre un commentateur qui refuse le laurier aux poètes. Cf. la même idée mise en vers (Epist. II, II, V. 20-21) :
Florea uirginibus, sunt laurea serta [éd. certa] poetis Caesarihusque simul, parque est ea gloria utrisque.
3. F. <^i\Aen. III, 163 (Est îocus, Hesperiam Graii cognomine dicunt); Servius : Ab Hesperio Hispaniae rege, uel Stella quam intuent petentes Italiam. P. : Hec opinio forte non postponenda est precedenti atque aliis quihuscttmque de hac re. Ad quod arhitranduni moueor, quia et hic et in j° Eneidos, uhi idem iiersus est [I, 530], innuitur imo asseritur hoc nomen a Grais ortiim, quitus procul dubio Hesperus ab Ytalia nasci uidetur. Ab cadem Stella suspicor et Yspaniam dici, hoc autem interesse, quia Ytalie nomen illud a Grecis, ut diximus, Yspanie uero ab Ytalis inditum sit, ob similem scilicet eiusdem stelle ex diuersis regionïbus prospectum, quam sicut Grecis ab Ytalia, sic Ytalices ab Yspania apparet. Quod autem solo Hesperie nomine audito Ytalia intelligatur, cum nominaturi Yspaniam addaïuus ultcriorein contigisse potuit uel ex ouctoritate lingue primum nomen imponentis. — F. 201, Aen. X, 708 (Vesulus... pinifer) : Vesulus-Ligurie unde oritur Padus. Require Naturalem Ystoriam l.'^°,c. 17°, et hoc non quod ait Vibius de monte, aut Pomponius de fonte.
uerum.
de son temps (carte netustissimé) et qu'il employait pour ses recherches. C'est à ces cartes qu'il fait allusion lorsqu'il parle des voyages qu'il accomplit par l'imagination: Consiliiim cpi ad eas terras non nauigio, non equo pedibusue per longissimum iter, semeï tantiim, sed per hreuissimam cartam saepe lihris ac ingénia proficisci \ ita ni quotiens nellem, horae spatio ad eorum litns irem ac reuerterer, non illaesus modo, sed etiam indefessns, neque tantiim corpore intégra, sed calcea insuper inattrito et îieprium prarsus, etlapidum, et hiti, et pidueris inscia ^ . En ces commodes voyages, notre poète n'oubliait jamais la géographie de l'antiquité :
F. 93, Servius in Aen. III, 411 (Quia a continenti, id est a Columna, nsque ad Pharon tribus millibus distat') ; Pétrarque : Cahimpnam Messanam diciint maderni, sed de bac apud aiitenticas nihil qiiad meminerunt legi. Est et Calumpna regia in adnersa litare Ytalie, nan pracul a Regia, ciiius et Pampaniiis in Cosniagraphia et carte netustissimé meminerunt. De bac intelUgitiir bic : ait enim a cantinenti usque ad Pbaran, quem constat esse in insula Trinacrie, ubi est Pelants. F. 98', Ae7î. III, 551 (...tenipJ unique apparet in arce Minernae') : Errorem sane circa locarum natitiam multa pariunt, atque bec inter cetera : regionum hiaccessanun nastris bominibus longinquitas, naminum mutatia, scriptariim raritas abscuritasque earumdemque nanniinquam dissensia, sed super amnia incuriasitas ingeniariun ac segnities nicbil omnina curantiam nisi quad ante aculas est. Hinc na?i communes modo lectares, sed sepe ipsi etiam glasatores svspenso gressu istapretereunt . Nos autem bec quantum potuimus scrupulasius inquirentes, tam apud scriptores presertim casmograpbos quant in descriptianibus
1. De même, dans /////. Syr. : Te animo comitubor, écrit-il à Giovanni da Mandello(0/>. 556).
2. Sen. IX, 2 {Op. 854, avec la leçon charla). Je ne crois pas que le texte puisse être interprété autrement.
Icrrarum et quihusdam car ils uetustissimis que ad inanus nos Ira s uenerunt, deprehendimus locum esse in ipso Ytalie angulo supra sine idtra Ydruntem, qui dictus est Castrum uel Castra Minerue. Is Jocus uenientihus ex Epyro in litore Ytalico primus occurrit ' . Huuc Maro descrihit. luxta est ciuitas Graia CalipoJis, ut Pomponius ait, et finis maris Adriaci, quod suspectum, oh incolas grecos Locros atque alios Heleni consilio relinquens, dum a supero ad inferum mare circumjlectitur, optimo occurrentium ordine usus est ; Tarenti, Crotonis, Caidonis, Scyllacei : hinc Ethne prospectus, et cetera. Hoc igitur loco uel simpliciter accipimus templum Minerue scilicet dicatum, quod forte ibi eratprimum sui prospectum exhihens, uel, nominare locum uolens, pro castris templum posuit, aliunde transferens more suo. Est enim locns aller huius nominis, scilicet templum Minerue, quanquam Pomponius promontoriîim uocet, in ipso Campanie tractu diuerso litore, quantum intelligi datur, inter Silerim et Sarnum fiumina, inter Salernum et Surrentum oppida.
D'après les renseignements que fournissent ces notes, une partie au moins des anciennes cartes consultées par Pétrarque étaient relatives à l'Italie méridionale et à la Sicile. Un détail d'une lettre ^ nous apprend qu'elles s'étendaient jusqu'à la côte d'Illyrie, et une scholie de son manuscrit de Pline montre qu'il avait aussi étudié une carte du Péloponése K Ultinerarium paraît indiquer qu'il était instruit, de la même façon, sur la route des vaisseaux à travers la Méditerranée jusqu'en Terre-Sainte, et l'existence en son temps de cartes de la Palestine et de plans de villes d'Orient rend
1. Cf. César, B. C, III, 80 : Caesar Gomphos peruenit, quod est oppidum primum Thessaliae uenientihus ah Epiro.
2. Re liera ex Italia digressis prima Epidamne aduerso erat in litore (Var. 39).
3. V. le texte au ch. VII, avec quelques indications complémentaires sur les études géographiques de P.
le fait fort vraisemblable '. En outre, une mappemonde lui avait été envoyée par deux amis, qu'il remerciait en ces termes : Totum miln terrariim orbem in memhranis descripUim insigni qiiidem artificio remisitis \ Si on cherche à connaître plus exactement en quoi consistaient les documents géographiques réunis entre ses mains, il me semble qu'on peut s'en faire une idée par les cartes vénitiennes de Marino Sanuto et de Jordanus, qui sont précisément de l'époque de sa jeunesse \ Il est possible enfin que Pétrarque se soit essayé en personne à des travaux cartographiques. Nous pouvons admettre en effet qu'il ait dirigé, avec le roi Robert, l'exécution d'une carte de l'Italie; en présence des attestations si précises de nos manuscrits, il n'y a plus lieu de rejeter "^ le renseignement que donne Flavio Biondo dans son Italia illustrata '- Cet essai, dont il ne faut pas, d'autre part, exagérer l'importance, se placerait sans doute dans l'année 1341, où Pétrarque fit son séjour à Naples auprès du roi.
Pétrarque cherche à rapprocher du texte de Virgile des indications qu'il a recueillies lui-même. Telles sont celles