V. plus loin, p
PETRARQUE ET LES POl-TES LATINS IJI
une épîtrc qu'il a remarqué le passage où Ovide se reconnaît le successeur de Properce' ; il transcrit le distique célèbre sur YEnéide, qu'il a pu prendre plus facilement, il est vrai, dans la vie de Virgile parDonat que dans le second livre des élégies '. Enfin, s'il ne cite pas directement Properce, dans ses œuvres, comme il fait de tant d'autres poètes, il se retrouve que ses manuscrits portent la trace de la lecture la plus directe.
Deux scholies du Virgile de Milan présentent des renvois précis à Properce et lèvent tous les doutes sur ce sujet. Au f. 109', sur Aen. IV, 409 (jOiiosiie dabit...feruere late), Servius fait une observation sur la quantité de certaines syllabes dans la troisième conjugaison et cite Horace (^iiadë, iiaîë, cane) ; Pétrarque ajoute en marge : /// j° epistolarum ; et d'une écriture plus tardive : Sic utitiir Properthis L 2"" e. 11^ et sepe alibi. Il songe au mot cane (II, 13, 41) ^ Le second renvoi, au f. 213, n'est pas moins précis, puisqu'il s'agit du vers initial de III, 9 ; Propertius in j°. Mecenas eques etrusco de sanguine regum ^. L'écriture de ces mentions semble appartenir au milieu de la carrière de Pétrarque; sans doute , à ce moment déjà, il possédait l'exemplaire de Properce dont il n'y a plus lieu de contester l'existence K On
1. Seu liâtes Verona tuus, seu nidus amoruni Fertilis ac notus lasciiio carminé Suhno, Umh'ia sine ducem ingénia largita Peligno.
(Epist. 111,30, V. 19; 0/7. II, p. 114. Cf. Ovide, Trist. IV, lo).
2. Il est même à peu près sûr que c'est dans Donat que P. les a d'abord pris ; V. plus haut, p. 125, n. i. Haupt a eu raison de reprocher à Hertzberg les conclusions prématurées tirées de ces deux vers remarqués dans Pétrarque.
3. Louis Havet m'a fait observer que P. méconnaît ici deux séparations de pièces, à supposer bon le numérotage actuel; au livre II, les pièces 4 et 5 sont jointes dans NF, 9 et 10, plus ou moins jointes dans NFDV.
4. D'après la division de Lachmann, les renvois vont à III, 11, et IV, 9,
5. On pourrait peut-être le reconnaître, en 1426, dans l'inventaire de Pavie : Monohiblos Propersii Aurelii Naute uolumen paruiim in assidibus et fundo corii
peut même ajouter que c'est de la bibliothèque de Pétrarque que vint après sa mort entre les mains de Salutati le texte d'un auteur, dont la correspondance de ce dernier contenait jusqu'à présent les plus anciennes mentions précises. Il plairait de penser qu'un poète nous eût conservé ce poète et que, sans Pétrarque, Properce eût risqué d'être perdu \ A notre examen de la question vient d'être ajoutée la plus heureuse et la plus concluante recherche dans les œuvres poétiques latines de Pétrarque. Un délicat connaisseur de Properce n'y a pas relevé moins de quatorze imitations ou réminiscences, presque toutes dans VAfrica \ Ce ne sont que des mots ou des images, empruntés par la mémoire plus que par la volonté, mais qui n'en prouvent que mieux à quel point l'amant de Laure était familier avec les élégies de l'amant de Cynthie \ Rien n'empêche d'admettre aussi, dans ces conditions, une imitation de Properce aux vers suivants :
Ad una ad una annoverar le stelle, E'n picciol vetro chiuder tuite l'acque Forse credea, quando...
Tu prius et fliictus poteris siccare marinos Altaqiie mortali deligere astra manu, Ouam facerc.A.
aîhi, in carminihus. Incipit Cinthia prima suis et finitur ossa uehuntur aquis. Sig. ccxx. La souscription du ms. d'Oxford, qui porte Me Petrarcatenet... est une fraude grossière du xv^ siècle (Sabbadini, dans P. e la Lombardia, p. 200). On sait qu'on identifie la copie faite par Salutati avec le Laur. XXXVI, 49, qui porte son exlibris : Liber Coliicii Pyeri.
1. Ce serait supposer la possession par P. du Neapolitanus. »
2. V. le petit travail de J. S. Phillimore, à la suite de celui d'Ellis, Catullus in the XIV Century, Londres, 1905, p. 29-30. Les rapprochements portent sur l'ensemble du recueil de Properce.
3. Voici quelques exemples Afr. I, niilia cnranwi ; cf. Prop., I, 5,10: At tibi curarum tnilia quanta dabit. Afr. III, At pastorali baculum fert more recuruum ; cf. Prop. IV, 2,39 : Pastorem ad baculum possum curuare. Afr. III : pacati conscius orbis Erexit columnas ; cf. Propr., III, 11, 19 : Qui pacato statuisset in orbe coluninas, etc.
4. Cauz. In ^uella parte 85-87. — Properce, III, 32, v. 49-50.
Nos conclusions pour Tibulle seront inoins assurées que pour Properce. Pétrarque a sur le troisième élégiaque les témoignages antiques; il le place donc dans les énumérations dont il vient d'être parlé, toutefois moins fréquemment que Catulle et Properce '. D'autre part, dans l'unique passage où Boccace mentionne les élégiaques, qu'il ne paraît pas avoir connu directement, Tibulle est absent : Hinc CatuUi, Propertii et Nasonis uolumina eiioluunt. Cette phrase, tout oratoire, ne suffirait pas à indiquer, comme on l'a cru % la diffusion au xiv^ siècle des trois auteurs qui y sont nommés^; elle montre, en revanche, assez bien que Tibulle ne se présentait pas naturellement avec eux à la mémoire de Boccace. Quant à Pétrarque, les notes marginales de ses livres ne fournissent aucun renseignement sur Tibulle, et les rapprochements qu'on a essayés entre quelques passages des deux poètes me paraissent chimériques ^. On serait plutôt tenté de conclure que Pétrarque n'a connu Tibulle que de nom, si une allusion jetée en un de ses traités ^ et surtout certains vers de sa dixième églogue ne s'opposaient à une opinion aussi absolue.
Il y a un grand intérêt à consulter pour les études poé-
1. V. la note 3 de la p. 170. L'exclusion de Tibulle des vers cités dans la n. 1 est à remarquer.
2. V. Hortis, Studj, p. 944, qui a eu le mérite de faire connaître le passage (Gcîi.deor.XlN, 16).
3. On lit dans la Biblionomia de Richard de Fournival (Amiens, xiiie siècle) : (115) Alhii'Tihdli liber epygrammaton... (116) Propertii Aiirelii Naute liber monobiblos... (Delisle, Cabinet des mss.. t. II, p. 531). Mais rien ne prouve que Richard ait tenu en mains les deux recueils.