Dante lui-même dit : « Horace le satirique ». Enfer, IV
PÉTRARQUE HUMANÏSTE 235
soigneuse des sources, prouvent dans les manuscrits qui sont restés du poète, une aptitude très heureuse pour ce côté tout moderne de Térudition. Il sut appliquer cette méthode critique à l'histoire dans la longue vie de Jules César qui circula un certain temps sous le faux nom de Jules Gelse ; il ne fit pas comme les compilateurs du moyen âge l'abrégé de quelque œuvre précédente, mais mettant à profit toutes les indications qu'il recueillait dans un grand nombre d'auteurs lus par lui-même, il en composa une œuvre très originale et très importante pour ce temps \
Les conditions des études et l'ignorance des langues qui en était la conséquence, furent les causes pour lesquelles Pétrarque n'eut qu'une idée très imparfaite de la littérature grecque. Ayant perdu trop tôt, à son grand regret, son maître Barlaam, il compta vainement sur Léonce Pilate, esprit bizarre avec lequel il ne put se mettre d'accord. Il dut alors se contenter de lire Homère sur la traduction qu'en avait faite Pilate, et qu'il couvrit de
1. Cf. P. de Nolhac, Notice sur les mss. suivie de fragments inédits, Le « De Viris illuslribiis » de Vètr., Paris, 1890.
commentaires, preuve de l'intérêt qu'il prenait à cette étude commencée pourtant dans les dernières années de sa vie. Comme prosateurs, il ne connut qu'indirectement et en partie Platon et Aristote; il savait que Thucydide était historien, mais affirmait que « pour se consoler de l'exil, il se mit à composer des tragédies l. » Ecrivant une fois à Francesco Nelli 2 il lui envoie une certaine correction à faire à l'une des lettres qu'il lui avait adressées précédemment. Tel était l'homme qui dans les circonstances les plus ordinaires avait toujours souci de sa dignité. De même que dans sa jeunesse il étudiait avec soin les plis de son vêtement, de même plus tard, il prenait autant de soin de l'arrangement de ses phrases. Moderne en cela encore, il comprenait que ses lettres, dans lesquelles il décrivait à fond le passé et le présent, en y répandant toute son érudition avec une surabondance qui nous semble plutôt excessive et qui fut quelquefois critiquée en son temps ',il comprenait qu'elles étaient destinées à une plus grande diffusion que les longs et
i. Cf. Hortis, op. cil., page 264.
!, F&m., XVIII, s.
:;. l'.im., 11,1 12.
indigestes traités de morale et de religion. De là le soin qu'il prenait de les classer, de les limer, de les parachever, élaguant tout détail qui ne lui semblait pas en rapport avec le sérieux et la gravité d'une œuvre littéraire. Admiré pour sa science, pour la sûreté et retendue de ses connaissances dans la littérature classique et dans la littérature sacrée, il aimait à en faire parade dans ses lettres qui étaient l'origine principale de sa réputation d'érudit; les citations qu'il n'épargnait pas devaient faire l'étonnement des lecteurs moins instruits, et elles avaient en même temps pour effet de leur rendre familiers les pensées, les maximes et les noms des grands hommes de l'antiquité, en éveillant leur curiosité, et en les invitant à l'étude.
La pompe des citations était naturellement accompagnée de la solennité des phrases et de l'ampleur de la période ; cela lui tenait lieu de profondeur et d'originalité dans les pensées et du sentiment qui n'abondait pas toujours, et donnait à ses lettres une certaine singularité attrayante, comparativement au style peu raffiné du temps, et leur communiquait cet air d'élégance aristocratique, un peu apprêté, que
le poète rechercha toujours dans sa toilette, dans son maintien, dans son langage et dans ses écrits. Son style latin fut aussi infiniment plus correct et plus fleuri que celui des meilleurs de ses contemporains, malgré quelques erreurs de grammaire et de métrique qu'on a pu relever dans ses œuvres et bien qu'il soit resté fort loin, non seulement de ses modèles Gicéron et Virgile, mais encore des humanistes qui vinrent après lui, suivant le chemin qu'il leur avait tracé.
Il était naturel que Pétrarque, conscient de son mérite, se révoltât contre ceux qui lui faisaient apercevoir quelque léger défaut ou quelque légère erreur dans ses écrits. En cela encore il fut le premier des humanistes irascibles et n'épargna pas ses censeurs auxquels il adressait des lettres et des épitres entières uniquement pour se défendre de s'être trompé sur la quantité d'une syllabe1. Quelquefois il se complaisait dans la satisfaction que lui donnait le succès de ses écrits dont la science élégante provoquait l'admiration, d'autres fois il ne se croyait pas récompensé comme il le méritait et