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enveloppées de rhétorique et encombrées d'une érudition pompeuse ; il a horreur de la forme guindée du latin officiel en usage à la Cour ; le tour de la période cicéronienne l'a ébloui, et lui a façonné l'oreille à ce point qu'il ne peut écrire sans en imiter l'harmonie et sans en exagérer l'ampleur ; il a presque découvert un nouveau monde intellectuel et moral dans ces mille sentences dont la lecture et la méditation continuelles ont fait dans sa mémoire une sorte d'arsenal, et il se plaît à en remplir ses écrits avec une ostentation et une prodigalité de grand seigneur. Mais c'était vraiment son bien, car il lavait acquis par son travail et se l'était assimilé par les dispositions toutes particulières de son esprit ; il aimait à en faire parade, et si on en critiquait l'excès, il répondait à l'envie et à l'ignorance, en se glorifiant du succès de ses lettres, si recherchées, qu'elles lui revenaient en mauvais état, ou ne lui revenaient pas du tout, tant en étaient avides les mains par lesquelles elles passaient.
Cette sorte d'érudition élégante qui contribua tant au succès des lettres de Pétrarque suffit à expliquer pourquoi l'ascétisme y parait relativement peu. L'esprit classique et l'ascé-
tisme étaient des éléments contradictoires ; or ses lettres, imprégnées de cet esprit classique, et recherchées pour cela même, laissaient l'ascétisme aux pages mortes des lourds traités, auprès desquels, bien que gonflées de rhétorique, elles semblaient une merveille de légèreté et de fraîcheur.
Malgré cette profondeur d'études et cette fécondité d'écrits, on chercherait en vain les idées littéraires du poète en dehors d'une seule : la belle forme. Si parfois il essaya avec finesse la critique historique, on ne peut dire que le monde classique ait été la partie vivante et féconde de sa pensée ; il s'en para, mais ne le fit pas passer en lui-même, ni comme savant ni comme poète ; il y eut simplement superpo- j co sition et non compénétration. S'il chercha àjjfjo imiter dans la forme les chefs-d'œuvre de l'an- L tiquité, c'était par habitude d'esprit et délica- (, tesse de goût, et comme les préjugés des écoles ]e voulaient qu'il y eût dans les poèmes épiques ^ et bucoliques un sens allégorique profond, il L voulut donner aussi un fond d'allégorie à la d poésie épique et bucolique. Mais en réalité, par- gj tagé entre les idées classiques et les idées du moyen âge, entre Ennius et Eusèbe, entre Gicé-
ron et Lactance, il n'avait pas une idée claire de la littérature en général, ni en particulier de la poésie à laquelle il attachait un sens prophétique et qu'il considérait comme une image symbolique de la vérité. Ainsi, tout en partant du monde classique, il rentrait dans le moyen âge, cherchant et trouvant l'allégorie partout et à tout prix.
Tout fier de son rôle de vulgarisateur de la science des anciens, il tenait en médiocre estime Fart modeste de renseignement. Il disait : « Ceux qui instruisent les enfants sont ceux qui n'ont pu mieux faire, par paresse d'esprit, stérilité du cerveau, incapacité d'intelligence, manque d'énergie et indifférence pour la gloire l » et continuait indéfiniment. Il plaignait la triste figure que font les vieillards qui enseignent aux enfants les éléments de la grammaire. On comprend, qu'habitué à errer librement dans le vaste champ de la science antique, il dédaignait les limites étroites de la pédagogie des écoles. De plus, aimant la vie large, animé du désir de paraître, aspirant à la célébrité et à la gloire, il méprisait la pauvreté, la médiocrité,