‹ PétrarqueChapitre 154 sur 178 · FsLin., V · texte numérisé non relu

FsLin., V

Pétrarque, en recevant cette semonce qu'à la vérité il avait un peu provoquée ; aussi lançat-il contre ses impudents adversaires plus de quatre volumes d'invectives où l'ardeur de la polémique ne lui fait pas toujours garder la juste mesure de la raison et des convenances ; il y tourne en ridicule l'attitude solennelle des médecins tàtant le pouls, leurs arrêts sentencieux, le langage prétentieux et ennuyeux qui leur tient lieu de science, la vanité avec laquelle ils proclament l'infaillibilité de leurs remèdes. C'est à jet continu que dans ses lettres il déverse sur eux sa mauvaise humeur. Il faut citer en particulier la longue lettre familière à Boccace qui avait été malade, et dans laquelle il accumule des arguments et des anecdotes de toute espèce contre ces prétendus ministres de l'art sanitaire. Il la terminait en disant « qu'il ne s'étonne pas de le voir si vite rétabli, puisqu'il n'avait appelé aucun médecin, » Par contre il avait meilleure opinion des chirurgiens, à l'adresse et à l'habileté desquels il disait qu'était due la guérison de ses blessures.

Un signe plus marquant de l'indépendance intellectuelle du poète était son incrédulité à l'égard de l'astrologie qui était alors en grand

crédit et même en grande vénération auprès des lettrés et des savants et qui avait des chaires spéciales dans nos universités les plus célèbres comme Bologne et Padoue. L'Eglise ellemême n'avait pu encore séparer nettement la foi de la thaumaturgie orientale l, ce qui ne l'empêchait pas de condamner allègrement au bûcher astrologues et alchimistes. Pétrarque avait sous ce rapport l'esprit dégagé de tout préjugé; on a vu avec quel mépris il accueillit cette accusation de magie lancée contre lui de Parme et à laquelle un pontife avait ajouté foi \ Dans son premier livre des lettres familières 3 il s'unit à saint Augustin pour combattre « les mathématiciens (devins) qui se rendent esclaves des astres et font dépendre de leur cours les actions humaines», et dans un dialogue il combat la croyance à l'alchimie par des preuves que Ton croirait dictées par le bon sens moderne. A Boccace, esprit également exempt de préjugés, dans une lettre Sentie, de 1363, il énumère tous les arguments et tous les faits qui se présentent à son esprit pour combattre l'audace igno-

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