Ce que notre nature a de plus noble en elle
dive de la postérité, consacre le petit bois voisin du cours d'eau, où le plus souvent il aimait à se recueillir, rêvant peut-être à d'autres bois qu'il avait plantés près d'un autre cours d'eau, dans la lointaine et désirée Yaucluse.
Les délices de la campagne cessèrent avec la fin de l'automne. Pétrarque revint à la ville où deux faits assez étranges le frappèrent d'étonnement. Ayant rêvé une nuit de la mort de son ami Jacques Colonna, il retint ce songe et en marqua la date ; vingt-cinq jours après, il recevait la nouvelle de la mort de son ami réellement arrivée la nuit où il l'avait rêvée. Le second fait, non moins singulier, prouve l'enthousiasme que provoquait déjà sa célébrité. Un vieux maître de grammaire, originaire de Pérouse et qui habitait Pontremoli, ayant entendu dire que Pétrarque était allé à Naplcs, s'y transporta avec peine, aidé de son fils, mais en y arrivant il apprend que Pétrarque en est reparti ; il le suit à Rome, où il ne le rencontre pas davantage ; découragé, il revient chez lui ; puis on lui annonce que Pétrarque est à Parme, alors il traverse L'Apennin au cœur de l'hiver, et parvient jusqu'au poète; il baise les genoux, la face et les mains de l'homme pour lequel il
vaucluse, 1337-1353 71
avait parcouru si péniblement la moitié de l'Italie sans espérer même le voir. Il était aveu-
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Pétrarque ne prolongea pas son séjour à Parme au delà de l'hiver de 1342, où il fut frappé cruellement dans ses affections ; il perdit trois de ses meilleurs amis, Jacques Colonna, Thomas de Messine et Dionigi da San Sepolcro. A quelle date exacte, et pour quel motif urgent revint-il en France, on ne le sait pas au juste, mais on suppose que la raison principale de son retour fut la mort de Benoît XII et l'élection de Clément VI, en mai 1342. Peut-être même fut-il l'un des dix-huit représentants que les Romains déléguèrent auprès du nouveau Pontife pour lui rendre hommage et solliciter le rétablissement du Saint-Siège à Rome. De toutes manières on ne saurait douter que pour arriver à ce but vers lequel tendaient ses désirs d'Italien et de croyant, il ne mit tout en œuvre, et qu'il ne se borna pas à des vers. On a de lui, à cette époque, une longue lettre en vers qu'il adressa au Pontife 2 à ce sujet, mais le Pape ne lui donna d'autre satis-