Fam., IV
d'informer le roi, au nom duquel il avait sollicité dans son discours au Capitole la couronne poétique. Ne nous laissons pas tromper par les •nouvelles datées de Pise ; Pétrarque, à peine parti de Rome, était tombé entre les mains de malfaiteurs auxquels il échappa sans qu'il explique comment; il dit pourtant qu'il dut revenir en ville, d'où le peuple, ému de cet événement, ne le laissa repartir que sous bonne escorte, et que bien d'autres accidents lui étant survenus dans le cours de son voyage, auraient demandé une trop longue histoire. Ce voyage fut donc assez long, et si Pétrarque ne data ses lettres de Pise que le 21 et le 29, cela ne veut pas dire qu'il ne fut parti de Rome l depuis plusieurs jours déjà, et ce n'était pas par hâte de se rendre à Vaucluse, puisqu'il resta toute cette année encore en Italie.
Le 21 mai il se trouvait à Parme, et ce jourlà même, Azzo, Guido, Simone et Jean de Gorreggio soulevaient la ville contre Mastino délia Scala. On dit qu'il était parti d'Avignon avec Azzo, ou du moins qu'il avait fait avec lui une grande partie du voyage. Ge qui est certain, c'est qu'à son arrivée à Rome, les Correggic
1. Fam.} IV, B. rYacassctti le fait arriver à Pise le 20 avril.
vaucluse, 1337-1353 69
l'invitèrent à y passer le reste de l'année ; mais ni le séjour de Parme, ni la bonne amitié d'Azzo et de ses frères en l'honneur desquels il composa une canzone :
Quel ch'ha nostra natura in se più clegno 1
ne peuvent l'empêcher de désirer la vie libre de la montagne à laquelle il s'était habitué depuis plusieurs années. Pendant le séjour qu'il fît chez ses hôtes dans leur château de Guardasone ou dans celui de Rossena situé sur une colline à deux kilomètres de FEnza, il descendait souvent au bord du ruisseau et sous les frais ombrages de ses rives couvertes de bosquets il goûtait le charme bienfaisant de la nature et sentait se raviver son ardeur poétique. C'est là qu'était Selvapiana. Son poème lui revint à Fesprit, il en continua la trame dans ce nouvel Hélicon qui devint son Hélicon cisalpin. On dit qu'il y posséda, ou qu'il y habita une maisonnette qu'on nomma depuis.maison du « patriarche », corruption populaire du nom de Pétrarque ; une tradition rappelle les lieux préférés du poète, et une statue élevée par la religion tar-