‹ PétrarqueChapitre 6 sur 178 · Senili, XVI. i · texte numérisé non relu

Senili, XVI. i

pas assez de profit de ses éludes à Montpellier, fut-ce parce que son père espérait l'y attacher davantage en lui faisant entendre de plus grands maîtres, ou fut-ce la vogue de l'époque qui faisait accourir de toutes les parties de l'Europe à la célèbre université bolonaise la jeunesse studieuse, désireuse de se perfectionner dans le droit, ce qui est certain, c'est qu'en 1323, Pétrarque quitta la France et vint à Bologne avec son frère Gérard, et son inséparable ami Guido.

Riche par sa population et par son commerce, pleine de mouvement et de vie, prospère en tous les arts que favorisent la liberté et la paix, déjà connue par son surnom de grassa (riche) aussi bien que par la solennelle appellation de dotta (savante), Bologne plut beaucoup à Pétrarque qui s'y trouvait à vingt ans dans toute la force orgueilleuse de la jeunesse, avec un caractère impressionnable et ardent, et disposé à jouir des plaisirs de la vie, plutôt dissipée, qu'y menaient les étudiants cosmopolites. Plus de quarante-cinq ans après, il rappelait avec complaisance ces belles années à Guido, devenu archevêque de Gênes disant : « qu'il ne croyait pas qu'un lieu plus beau et

plus libre put se trouver dans le monde 1 », et il rappelle Tordre, la vigilance qui y régnaient, l'affluence des étudiants, la dignité des professeurs, mais surtout il se plaît dans le souvenir des échappées qu'il faisait avec ses camarades, rentrant tard dans la nuit, après avoir escaladé la fragile barrière qui servait de muraille à cette ville de tranquillité et de liberté 2.

A l'université de Bologne, il se lia d'une amitié durable avec le Florentin Mainardo Accursio et avec Tommaso Galoria de Messine qu'il appelle « l'ornement de Bologne » ; il y entendit et connut des maîtres célèbres parmi lesquels Cino de Pistoic, Francesco d'Ascoli, et aussi Giovani d' Andrea,fameux commentateur des décrétais, qui par la suite, dans un échange de correspondance avec Pétrarque, lui exprime le regret qu'il n'ait pas voulu plier son esprit si bien doué aux études de jurisprudence. Pétrarque se justifiait « d'avoir abandonné le drapeau de la loi » en rappelant les nombreuses erreurs dans lesquelles était tombé Giovanni d'Andréa par sa connaissance imparfaite des lettres et ses incursions ambitieuses dans ce domaine. Il

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