‹ PétrarqueChapitre 90 sur 178 · Sonnet : erano i capei d'oro a l'aura sparsi · texte numérisé non relu

Sonnet : erano i capei d'oro a l'aura sparsi

2. A moins que contrairement à l'enthousiasme du poète on n'interprète le baiser de Charles de Luxembourg comme un hommage de respect à la maternité, plutôt qu'un compliment à la grâce de la femme. Enfin on ne voit pas qu'il soit nécessaire que l'héroïne du baiser fût justement Laure de Sade ou la Laure de Pétrarque. Charles, avec l'aisance d'une galanterie princière, a remarqué une beauté au milieu de tant d'autres, Pétrarque décrit la scène et conclut en disant : Si j'avais été à sa place ! Qui dit que cette beauté ait été précisément Laure ?

afin d'établir que les poésies de Pétrarque, pas plus que sa prose, ne peuvent faire connaître au juste l'histoire vraie de son amour pour Laure, ni la nature/ ni la durée de cet amour.

Commencé, peut-on dire, avec l'ardeur d'un amoureux, continué avec un soin minutieux pendant plus de dix lustres, élaboré, corrigé, ordonné avec un sentiment d'artiste, le Canzoniere n'est pas un ensemble de documents historiques et psychologiques de Famour de Pétrarque pour Laurel C'est une élaboration artistique lente et multiple du motif qui prédominait dans la poésie depuis plus d'un siècle en Provence et en Italie. Sur ce motif général d'art, le poète a greffé le motif personnel de son amour pour Laure, fondant les deux éléments en une œuvre qui, à cause de sa perfection, reste une et indivisible, et qui ne peut se décomposer de façon à les laisser reparaître nettement distincts.

Les quatre années passées à Montpellier au cœur de la Provence littéraire, les trois années vécues à Bologne où déjà une pléiade de poètes avait agréablement modifié le motif poétique de l'amour, devaient avoir exercé une influence notable sur les premiers essais poéti-

ques de Pétrarque. Les chansons provençales d'Arnaldo Daniello, les chansons italiennes de Cino da Pistoia devaient être pour lui le modèle d'un genre, qui pour avoir accompli son évolution historique, n'avait pas encore atteint sa dernière perfection artistique. Il n'est donc pas surprenant que dans sa manière de comprendre et d'exprimer le sentiment d'amour qui était la matière de cette poésie, Pétrarque se soit tenu, à la tradition dominante, et que les usages artistiques, qui jusqu'alors avaient entravé la libre expression du sentiment en l'assujettissant à une certaine forme, aient exercé leur tyrannie même sur l'esprit fin et délicat de Pétrarque. Ainsi son amour fut un amour poétique plein de sentimentalité délicate si l'on veut, mais non pas romantique, pas plus que celui de ses prédécesseurs en poésie, sans excepter Dante qui vécut quelques années, maigre, mais non par l'amour présent ou posthume pour Béatrix.

Le culte professé par Pétrarque pour Laure pendant vingt et un ans, jusqu'à sa mort et même quelques années au delà, fut un culte poétique qui devait avoir pris naissance dans une affection véritable, avec désirs, espoirs, découragements réels, luttes, résolutions^ et

retours sincères, mais il ne peut être considéré comme une adoration profonde, incessante, ressentie pendant trente années avec toute la force, toutes les souffrances d'une passion invincible et égale, avec l'abandon d'un esprit qui en fait son unique aliment et son perpétuel tourment, comme il se plaît à l'imaginer dans l'ardeur de son lyrisme. Chercher dans le Canzoniere seul la Laure que l'homme aima, c'est prétendre reconstruire l'histoire sur les fictions et les rêveries de la poésie. Déjà hyperbolique par elle-même, la poésie le devient plus que jamais quand elle s'applique à l'amour ; que serace quand ces deux éléments se confondront dans l'esprit de Pétrarque déjà si naturellement porté à l'exagération1! Pour comprendre l'amour chez Pétrarque, il faut comparer ce qu'il écrit de Laure avec les actes, les impressions, les sentiments qu'il nous décrit, même quand il ne parle pas d'elle, il faut le surprendre dans les mouvements divers de son esprit mobile, parfois même inco-

i.Cf. Zumbinij V&lchiuss, L899. Si <>n veut une autre prouve des Ir.iicslissrmcnls que la poésie do Pétrarque donne aux Choses, Oll peu( se rappeler la manière dont il a dépeint le paysage de Vaucluse qui alors devait être aride et sauvage, suis vallées agréables et verdoyantes, sans ruisseaux scintillants entre les rives fleuries*

hérent, dans les particularités de sa vie, dans ses faiblesses, dans ses goûts, dans les habitudes qui forment sa personnalité. Sans aucun doute nous verrons un amour moins héroïque, une figure moins étrange que celle que nous a faite la tradition, mais plus vraie et plus humaine. Gela ne peut diminuer le respect dû au grand poète et d'ailleurs on ne voit pas en quoi il serait plus honorable pour lui, homme d'Eglise, et pourtant père de deux enfants, d'avoir aimé la femme d'Hugues de Sade de la manière dont il l'a chantée que d'avoir dans l'expression poétique, dépassé les limites de son sentiment réel \

Non, l'amour poétique était à cette époque une sorte de servage poétique, cela est si vrai que l'on disait servir peut-être plus souvent qu'ai mer. L'amour de Pétrarque pour Laure est comme un servage poétique et platonique, qui, au point de vue du sentiment et de Finspiration, tirait ses éléments et ses motifs du

dolce stll nuovo avec ses conceptions trans^

1. D'ailleurs cette exagération poétique qui était alors le caractère propre de la poésie d'amour était aussi une habitude de forme chez les poètes du moyen âge sans excepter Dante, et comme le dit très bien D'Ovidio, ils avaient pour usaçfc d'élre ou de paraître consacrés à la (florification de leur dame {Xnova antologia, 15 mars lS8i, page 24).

cendantales, tandis qu'au point de vue social il n'était pas, du moins jusqu'à un certain point, incompatible avec les droits du mari et avec la réputation de la femme; sans cela les contradictions de fait dans lesquelles on s'embarrasse sans cesse en lisant les œuvres du poète et particulièrement sa correspondance ne pourraient s'expliquer, et Ton s'expliquerait encore moins l'indiscrétion qu'il aurait commise en répandant à tous les vents le bruit de ses soupirs, louant tout haut le portrait de Laure que fit pour lui le peintre Simone Memmi, peu de temps après que J. Golonna disait ignorer encore le véritable objet de son amour. Or cet amour devait être connu du public s'il est vrai qu'il l'eût rendu la fable du monde et s'il eût donné à Laure la célébrité, et à moins d'être entendue dans le sens poétique et hyperbolique, cette célébrité eût été plutôt compromettante l.

1. Il csl étrange ou même très significatif que J. Golonna en 1336 ignorât l'objet de l'amour de Pétrarque. On dit qu'il était Loin, mais la raison est faible; par ses relations, par sa fréquente correspondance avec Avignon, par les familiers qu'il laissait eu cotte ville il devait être renseigné sur la chronique galante de la ville et sur les actions d'un ami si cher, d'autant plus qu'à ce moment Pétrarque éveillait partout l'intérêt au

point que Guido Gonzague, pourtant moins uni BU porte que

J. Colonne, roprochait à son chancelier Jean Arétino de ne pas Lui donne)- d'Avignon des nouvelles du poète. Il est étrange

Tout cela n'empêche pas que l'adoration spirituelle du poète, par suite de circonstances, et de diverses conditions de son esprit, n'ait pu changer de caractère, de degré et d'intensité. Dans les premières années, notamment, tous deux étant dans la première jeunesse, il put la désirer de façon moins platonique, comme il le dit dans son Canzoniere et dans son Secret. Puis à mesure qu'il soumettait son esprit, il se contentait de la contemplation de sa beauté, du i spectacle de ses vertus, de l'éclair de ses yeux qui lui montraient

La via che al ciel conduce 1

C'était une autre attitude de la pensée poétique qui provenait d'états différents, de dispositions psychologiques différentes. La sympathie que le poète ressentait pour cette femme

aussi que la nouvelle de la mort de Laurc lui soit parvenue par un familier de J. Golonna qu'il avait connu à Lombez en 1330, Socratc, dit Louis de Campine. On peut objecter qu'on pouvait savoir en 1318 des choses ignorées en 1336, mais il faudrait admettre aussi que les Lilteras Ludovici meide la note sur le Virgile, ne sont pas de cet ami commun, mais d'un autre familier de même nom. Pétrarque n'appela jamais ce Louis autrement que Socrate, et quand il enregistra sa mort sur son Virgile, qui fut le livre de ses tristes souvenirs, il dit ohilu Socralis mei amici et non Ludovici; mais ce ne sont que des conjecture-.

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