Sonnet, Ben sapera io che nalural cnnsiglio
désir, un espoir, un contre-temps, un dépit, une désillusion, un découragement même légers* mais qui dans son imagination prenaient apparence et couleur de passion. En vieillissant, il continua avec le plus grand soin à limer, à classer, à copier ses fragments en langue vulgaire, (rerum vul garium fragmenta), comme il les appela. Il en détruisit quelques-uns, en négligea d'autres, ou les transforma considérablement, cherchant peut-être à donner à tous la marque d'un sentiment unique quant à l'objet de son amour. Il n'est pas douteux que la plus grande partie de ces vers se rapporte à Laure, mais il est plus que probable que quelques-uns s'adressent à d'autres femmes.
Si la valeur historique des poésies d'amour de Pétrarque se trouve diminuée par ce qui vient d'être dit, il n'en est pas de même de leur valeur morale et esthétique. L'unité artistique du Canzoniere, et plus encore, la force tyrannique de la tradition, invitèrent plus d'un biographe, et plus d'un critique, même excellents, à s'en tenir à l'idée généralement adop-. tée de l'amour passionné, angoissant, constant et unique du poète. En dehors de cette opinion, mi n'a d'égards, à les en croire, ni pour son
art, ni pour sa réputation, ce qui revient à dire qu'on lui fait injure et qu'on ne le comprend pas. Passons sur ce dernier point, ce livre n'ayant aucune intention de polémique, mais quant à l'injure, il est étonnant que ces biographes prennent à la lettre tous ses vers même ceux où l'on reconnaît les hyperboles continuelles, disons si on veut, les amplifications oratoires de la Correspondance. En théorie ils n'hésitent pas à admettre que Pétrarque, nature délicate et complexe, mais non tout d'une pièce, péchait par vanité et orgueil, par excès de sensibilité et tendance à l'exagération, ils admettent encore que les expressions pleines d'enthousiasme et de sentimentalisme, les professions de détachement et d'humilité débordent de ses lettres, quand il s'agit du Canzoniere, ils reconnaissent ce qu'il a de factice et de recherché, et ils avouent que même en dehors de l'inspiration, le poète avait l'habitude de développer et de travailler à froid ses motifs, en s'imitant lui-même ; mais si l'on vient à discuter sur l'entière sincérité, sur la force et sur la continuité de sa passion pour Laure ils ne veulent plus admettre ni exceptions ni doutes et en défendant leur opinion respectable,
ils ont l'air de défendre non seulement ce qu'ils croient la vérité, mais aussi la réputation du poète, et mettent en question ce qui n'y est pas. Ils réclament à l'appui de leur thèse l'approbation des honnêtes gens qu'ils donnent comme plus morale là où il ne peut s'agir que d'une appréciation purement historique.
Les étroites limites permises à cet essai biographique m'empêchent d'insister sur bien des points que je n'ai pu qu'indiquer rapidement, mais j'ai eu soin de n'affirmer que ce qui ressort légitimement d'une étude comparative des manifestations diverses et souvent opposées de la multiple personnalité du poète.
Bien que le Pétrarque qui est sorti de là soit moins idéal, il n'y a pas lieu de s'en plaindre, si en revanche il est plus vrai.