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milieu de la nuit par de sinistres pensées de mort. Il demeurait immobile et rigide dans un mystique désir d'anéantissement, simulant l'éternel sommeil. Quand son esprit dégagé sortait de ce cauchemar, il se levait, récitait l'office, et souvent l'aurore le surprenait fatigué, et plongé encore dans ses pratiques de dévotion. Quelquefois l'angoissant combat de son esprit, obscurci encore par le sommeil, le réveillait avant le temps. « Mes yeux encore fermés ne voient pas la lumière que j'ai l'habitude de tenir dans ma chambre, pourtant l'angoisse intérieure me réveille et me fait étendre le bras vers le serviteur qui dort près de moi, je l'appelle pour qu'il se lève ; puis mes yeux s'étant ouverts, et m'aperce vant de ce que je fais, j'éteins bien vite la lumière de peur que le serviteur, troublé hors de propos, ne se moque ou ne doute de ma raison *. »
L'âme du poète n'était pas toujours sous l'impression de semblables crises d'ascétisme qui ne l'empêchaient pas de garder l'habitude de se lever à minuit. « Je n'aime pas le lit, et ne m'y mets que par nécessité. Dès que je me sens assez reposé, je le quitte résolument et me réfugie
l. Fam., XXI, 12.
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dans ma bibliothèque '. » A la campagne il suivit toujours ce genre de vie, aussi bien dans sa vieillesse à Arqua que dans sa jeunesse à Vaucluse. « Je quitte mon lit à minuit, ma maison à l'aube, et dans les champs, comme chez moi, je médite, je lis et j'écris '. »
Dans sa retraite de Sorgue il aimait à vivre de la vie rustique, il quittait les vêtements ajustés, les chaussures élégantes qui le faisaient montrer au doigt par les jeunes gens du pays, et revêtait de grossiers habits qui lui donnaient l'aspect d'un laboureur ou d'un berger. Il péchait lui-même dans la rivière le poisson qui était son aliment préféré; il faisait ses délices des fruits de son verger. Son genre de vie à Arqua était moins modeste parce que son grand âge exigeait plus de raffinement et que ses ressources le lui permettaient. D'ailleurs l'habitude de vivre au milieu des cours devait avoir changé les coutumes domestiques du poète. Les visites fréquentes des hauts personnages imposaient à son amour-propre très développé uli train de mai-
. 1. Fam., XX, 9. 91.
2. Fam., XIX, 16. Il préférait travailler la nuit, pour n'être pas incommodé par les bruits de la journée. A Padoue, il en voulait aux carrosses diaboliques qu'il aurait désu'é qu'Erichlonius n'invenlùl jamais.
son moins simple que celui qu'il préférait par ^oùt. Il est certain aussi que les copistes qu'il entretenait en assez grand nombre pendant sa vieillesse ne se seraient pas contentés des poissons, des figues et des noix, qui si longtemps firent ses délices à Vaucluse. C'est avec raison qu'il pouvait dire : « Mes revenus se sont accrus, et je ne suis pas plus riche qu'avant. Je possède ce qui suffît à un chanoine pour vivre à l'aise, mais j'ai plus de personnes à ma charge que n'en compte ensemble tout le chapitre dont je fais partie... J'ai des domestiques dont je voudrais pouvoir ou savoir me passer ; j'ai des chevaux, jamais moins de deux; j'ai cinq ou six copistes. J'aimerais souvent n'avoir à ma table qu'un seul prélat, tandis qu'au contraire, ma maison est envahie par une foule de commensaux avides de mets et de bavardages '. » Beaucoup, sans doute, s'empressaient par désir de s'entretenir avec un grand homme qui malgré son goût pour la solitude et le silence savait être avec ses amis causeur incomparable \ Avec tout cela il aimait