‹ Pétrarque, sa vie et son œuvre;Chapitre 115 sur 188 · P. de Xolhac, idem · texte numérisé non relu

P. de Xolhac, idem

cette exclamation de douleur, heu, ne pourrait guère convenir à l'état d'àme de celui qui reçoit une grâce, même en admettant qu'une si longue et si continuelle série de grâces pût combler et réjouir Pétrarque en ces quelques années ^ ? L'hypothèse des prières ne me parait pas plus fondée. On ne comprendrait pas qu'elles se réduisissent à ces six périodes de quatre années presque consécutives, ni pourquoi elles seraient si irrégulièrement alternées et enregistrées avec l'indication constante de nuit ou de jour ou proche de la nuit, ni pourquoi le poète aurait poussé le scrupule jusqu'à marquer une fois qu'il ne savait plus au juste si c'était la nuit du dimanche ou le matin du lundi ! M. de Nolhac a remarqué que les périodes indiquées dans ces mémoires correspondent toutes certainement, (excepté les deux plus courtes de 1345 qui ne sont que probables) à autant de périodes du séjour de Pétrarque à Parme ; ce qui ferait supposer que pendant

1. Elles seraient environ de 80 : du 21 avril au 25 août 1344 ovi le poète était à Parme ; du 21 au 28 juillet et du 2 au 26 octobre 1345 où le poète pouvait être à Vérone mais plus probablement à Parme. Du30 mai 1348 au 26 février 1349, et du 7 mai au 2 août de la même année où il est certain (ju'il se trouvait à Parme.

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ses pérégrinations, le poète auraitlaissé à Parme le manuscrit sur lequel il avait coutume d'écrire ces notes. Mais je crois plus naturel de penser qu'il s'agissait de toutes les circonstances se rapportant au séjour du poète dans cette ville et non pas seulement à des grâces, à des prières ou à des souvenirs d'événements extérieurs douloureux. Les morts, il les enregistrait sur son Virgile, comme autrefois ses notes d'horticulture ; d'ailleurs l'uniformité des abréviations et des signes, la fréqvience et la périodicité des dates écartent absolument l'hypothèse que la mort de Laure et celle de ses amis pouvaient se refléter dans ce mémorial intime. Comment croire qu'il perdit en ce court espace de temps plus de quatre-vingts personnes aimées !

Toutes ces considérations nous ramènent à la conjecture qui paraît la plus vraisemblable à M. de Nolhac lui-même, si ce n'était l'obstacle des dates. Mais si Pétrarque, qui écrivait avec solennité en vue de la postérité, l'assurait que depuis l'âge de quarante ans il ne tombait plus en péché d'amour, à Boccace au contraire quelques années avant, il déclarait expressément qu'il n'était parvenu à s'en alfranchir « qu'après le Jubilé » de 1350, par conséquent

après ces fameuses périodes si mystérieusement inscrites sur le manuscrit qui contenait les lettres des amants les plus ardents du moyen âge . Personne ne peut hésiter entre ces deux dates. Pétrarque écrivait à Boccace très peu d'années après ce jubilé qui marque le commencement de sa chasteté, et ce n'est que vingt-trois ans plus tard, c'est-à-dire environ à l'âge de soixante-dix ans, qu'il renouvelle sa confession pour la postérité alors que le souvenir lointain de certaines circonstances devait commencer à s'obscurcir dans sa mémoire. Ce n'était qu'une affirmation sous une forme imprécise, une date approximative, tandis qu'à Boccace, il déclarait un fait, une date exacte et facile à retenir. Il est tout naturel que Pétrarque, écrivant dans l'avantdernière année de sa longue vieillesse, par un sentiment de pudeur qu'on s'explique, ait atténué cette confession, en reculant de quelques années dans le passé, le moment où il renonça à ses faiblesses. Il me semble donc que la supposition de M. de Nolhac, que par scrupule d'historien consciencieux, il avait écartée après l'avoir à peine indiquée, doit garder toute sa valeur *.

1. M. de Nolhac doit reprendre la question dans la nouvelle édition de son livre.

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Dans une lettre de 1373 à son ami Lombardo della Seta;, Pétrarque énumère tous les embarras et les soucis que donnent le mariage et la famille S mais la vieillesse est chagrine, et à cette disposition, le poète ajoutait son éloignement toujours plus grand pour le monde ; pourtant il n'était pas égoïste ni de cœur insensible celui qui pleura si sincèrement la mort de son petit-fils, qui reconnut et éleva des enfants illégitimes, différent en cela de la plupart des hommes ; qui emmena en Italie son fils aîné de chétive santé et lui fit donner de bons maîtres à Vérone, à Parme, à Padoue, qui lui procura un canonicati et le recommandait à ses amis Guglielmo da Pastrengo à Vérone, et à Lelio à Avignon. Adolfo Bartoli ne peut pardonner au poète le conseil donné au précepteur de son fils de le frapper quand il serait nécessaire ; mais ce mauvais système d'éducation n'était-il pas en usage même chez d'excellents parents du siècle qui vient de s'écouler? M. Bartoli n'aime pas non plus les plaintes qu'élevait le père sur l'enfant, les menaces qu'il lui adressait, tout cela mis sous les yeux de la postérité. Sous ce rapport M. Bartoli peut avoir raison. Pétrarque a rempli son devoir

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