Fani., XIX
PÉTRARQUE DANS l'iNTIMITÉ 213
s'il avait la richesse que le public insensé lui
supposait. »
Nous savons par Allodi le relevé de ce que donnait la prébende de Padoue : 98 livres, 13 sous et 4 deniers^ somme évaluée à 970 francs de notre monnaie. Mais était-ce tout? Et qui peut calculer la valeur de l'argent ! Et l'archidiaconat de Parme ne lui rapportait-il pas davantage ? Le vrai relevé de sa situation de fortune, c'est Pétrarque lui-même qui le fait, en l'écrivant, comme on l'a vu, à Francesco Bruni : « Je ne dirais pas la vérité si j'affirmais n'avoir pas ce qui suffit à un chanoine pour vivre avec aisance, mais j'ai à moi seul plus de monde à ma charge que n'en a tout le chapitre dont je fais partie. Si j'essaye de m'en alfranchir, cela ne me réussit guère et je me trouve alors fréquemment dans des embarras qui sont peutêtre très honorables, mais qui me causent de sérieux ennuis. » Il ajoute ensuite que la prébende de Padoue lui donne « en froment et en vin ce qui est nécessaire pour la maison et même encore quelque peu à vendre et qu'elle lui rapporterait davantage s'il habitait toujours
1, Senili, XVII, 2.
la ville *. » D'après cela il semble résulter que les chanoines devaient avoir une sorte de jeton de présence -. De toute façon, si Pétrarque ne posséda pas la richesse, on peut dire qu'il vécut largement et pouvait soutenir les dépenses de ses longs et continuels voyages, faire élever son fds par de bons maîtres, se procurer de tous côtés des livres nombreux et précieux en un temps où ils coûtaient cher, entretenir une multitude de familiers, de domestiques et de copistes, exercer une très large hospitalité, faire des legs qui laissent supposer un patrimoine héréditaire, sinon considérable, certainement audessus de la médiocrité. Du reste il est évident que les services qu'il rendit aux personnages puissants lui furent rémunérés, c'est ce qui ressort d'une lettre qu'il écrivait en 1338 à Guido Sette, où l'on voit que son séjour auprès des Visconti n'était pas sans protit. Il n'y a pas à tenir compte de ee qu'ont imaginé quelques biographes et critiques sur d'autres prébendes obtenues par Pétrarque et la trente-cinquième lettre des Varie citée par eux comme une
Ì. Var/e, 15.
2. Cf. A. Malmigiiati. Pelrarcn :i Venezia, Padova ed Arqua, 1874, pages 23 26.
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preuve, ne démontre nullement que le bénéfice de Vérone, après la mort du fils, fut donné au
père.
Pour avoir plusieurs fois exprimé à ses protecteurs son désir d'obtenir une faveur de la cour papale, Pétrarque fut accusé de cupidité par ses contemporains aussi bien que par la postérité. Croyons plutôt, que conscient de sa renommée et de son mérite, il pensait que la Cour lui devait réellement une récompense qui l'aurait grandi dans l'opinion, et aurait accru son bienêtre. Si quelquefois, par désir de grandeur, on le voit en quête de charges et de faveurs, on ne peut traiter de cupide un homme qui se dépouille de trois canonicats au profit de ses amis, qui leur offre l'hospitalité de sa maison et de sa table, qui refuse avec persistance des postes élevés et lucratifs, uniquement pour ne pas aliéner sa liberté matérielle et morale, qui aime à combler ses amis de présents et n'aime pas à en recevoir \ qui veut ériger à Arqua une chapelle à la Vierge « disposé s'il est nécessaire pour son achèvement à engager et à vendre ses livres ' », qui invite le seigneur de