Fani., XVIl
aux ambassadeurs, et, ce qui est plutôt honorable, il refusa, alléguant le manque de temps. Mais lorsqu'au mois de novembre suivant, il fut question d'envoyer une ambassade à Venise pour traiter de la paix, le poète qui avait écrit deux fois déjà en ce sens au doge Dandolo, accepta volontiers d'en faire partie. Il reçut à Venise l'accueil le plus flatteur et fit une allocution devant le sénat vénitien, simple allocution d'ouverture d'ailleurs, qui n'avait rien à voir avec les arrangements diplomatiques conduits par des négociateurs plus expérimentés, et qui du reste n'aboutirent pas. Pétrarque était la partie décorative de l'ambassade, c'est à ce titre qu'il fut envoyé, c'est à ce titre qu'il fut reçu.
Peu après son retour de Venise une fâcheuse nouvelle lui arriva de Vaucluse : le jour de Noël des brigands avaient saccagé et incendié sa maison de la Sorgue ; fort heureusement, ses livres avaient été mis à l'abri dans le rocher par le paysan chargé de la garde de la propriété et les malfaiteurs n'ayant pas osé y pénétrer, les livres purent être sauvés. L'année suivante il eut une contrariété plus vive quand il apprit que son fils s'était vu enlever son canonicat de
Vérone par Scaliger qui se vengeait d'Azzo de Corregio, ami et protecteur des Pétrarque. Le canonicat de Modène fut alors donné au poète, mais connaissant la situation embarrassée de son ami Luca Cristiani « il y renonça spontanément en sa faveur'. »
En octobre 1334, l'archevêque Jean Visconti étant venu à mourir, ses Etats furent partagés entre ses trois neveux, Mathieu, Barnabe et Galéas. Selon l'usage, leur prise de possession fut inaugurée solennellement et Pétrarque fut chargé du discours de circonstance. Mais ces princes, comme beaucoup de leurs contemporains, croyaient à l'astrologie, et l'astrologue était tenu en grande considération, par les personnages les plus importants de l'Etat. Ce jourlà il arriva, pendant que Pétrarque parlait, que Tastrologue de la cour l'interrompit en disant que le moment était venu pour lui de présenter aux trois souverains les signes de leur destinée, et qu'il ne pouvait tarder davantage sans que cela fût préjudiciable. Alors, raconte Pétrarque lui-même, « m'arrètant court au milieu de mon discours, je me tus pour ne point mettre obstacle à Penthousiasme de la