CHAPITRE IV
fut connu que postérieurement à cette date ; Boccace lui-même le croyait perdu
Ce chef-d’œuvre n’a pas été apprécié jusqu’ici comme il le mérite : la presque totalité des biographes ou critiques du maître ont cru devoir l’expédier en quelques lignes. M. Kœrting lui-même, dans sa monographie-, lui a mesuré la place avec une parcimonie extrême. « Il nous reste à dire un mot — ainsi s’exprime-t-il — des Triomphes, car insister sur ce poème paraît inutile ; d’abord parce qu’il n’offre pas d’importance particulière pour l’histoire littéraire, et, en second lieu, parce qu’il en existe une traduction (allemande) absolument excellente, grâce à laquelle chacun pourra se familiariser facilement avec son contenu. » Un peu plus loin, il est vrai, M. Kœrting déclare que certains épisodes, tel le second chapitre du Triomphe de la Mort, sont d’une beauté saisissante et se rangent à côté des plus exquises créations de l’auteur.
Essayons de serrer de plus près l’analyse de cette composition, qui est comme le testament littéraire du poète.
Dans la plupart des éditions anciennes, les Triomphes forment la troisième partie du Cancanière 3. Ils se rattachent, en effet, intimement à lui et en complètent la signification. Disons à ce sujet qu’à tort l’on a cru qu’il y avait antagonisme entre la première et la seconde partie du Cancanière , entre les poésies sur la vie et celles sur la mort de Laure : le poète n’a pas eu besoin de faire sur lui-même un retour aussi complet que la différence de situation semblait l'exiger; en fait, avant comme après, ce sont les doléances qui dominent; il a eu si peu à se louer de Laure vivante que, sans effort, l’idylle a tourné à l’élégie ; du moins, Laure
r. Gaspary, Histoire de la Littérature italienne, trad. italienne, 1. 1, p. 41 1 ; Turin, 1887. — Schlosser, Ein veronesisches Bilderbuch, p. 19 1.
2. Petrarca’s Leben und Werke, p. 716-717. Leipzig, 1878. Voy. aussi Geiger, Petrarka , p. 261- 262. Leipzig, 1874.
Sur les Triomphes en général, voy. Didron : Annales archéologiques, t. II, p. 283 et suiv. — Piper, Mythologie und Symbolik der christlichen Kunst, t. I, p. 307 et suiv.; t. II, p. 397 et suiv. — Steinbüchel, Monographie des Doms qu Graq. i858. — Graus, Die Zwei Reliquienschreine im Dôme qa Graq. 1882. — Kraus, Dante ... sein Verhæltniss qur Kunst. Berlin, 1897, p. 728.
3. Le Canqoniere comprend trois cent dix-sept sonnets, vingt-neuf « canzoni », neuf sixains, sept ballades et quatre madrigaux (Kœrting, p. 686).
Un chiffre, pour donner une idée du succès du
Canqoniere : en 1874, le catalogue delà Bibliothèque « Petrarchesca Rossettiana » de Trieste n’enregistrait pas moins de trois cent trente-cinq éditions des poésies italiennes de Pétrarque, publiées entre les années 1472 et 1874, et encore cette liste ne contenait-elle que les éditions dont la bibliothèque avait réussi à se procurer un exemplaire. Depuis, de nombreuses éditions nouvelles sont venues s’ajouter au fonds ancien. Quant aux manuscrits, soit italiens,, soit latins, de Pétrarque, ils s’élèvent au total respectable de quatre cent-dix-neuf, rien que dans les bibliothèques publiques de l’Italie [I Codici petrarcheschi delle Biblioteche governative del Regno. Rome, 1874) et à plus de cent cinquante dans les bibliothèques privées-de Rome (Narducci, Catalogodei Codici petrarcheschi delle Biblioteche BarberinaT Chigiana , Corsiniana , Vallicelliana e I aticana. Rome, 1874).