CHAPITRE IV
Un cas remarquable d’antisémitisme nous est fourni par les miniatures d’un manuscrit de la Bibliothèque Nationale : l’enlumineur a rayé impitoyablement du cortège tous les personnages appartenant à l’histoire juive'.
Plusieurs fois aussi, nous voyons paraître, dans le Triomphe de l’Amour, un des épisodes les plus connus de la Légende du sorcier Virgile : le poète suspendu dans un panier, sous la fenêtre de la fille de 1 empereui de Rome. Pétrarque, cependant, n’avait fait figurer Virgile dans ses Triomphes que
comme chantre de l’Amour , et nullement comme magicien :
Virgilio vidi, e parmi intorno avesse Compagni d’alto itigegno e da trastullo ;
Di quei, che volentier già il rnondo lesse. L’un’ era Ovidio, e l’ait:'' era Tibullo,
L’altro Properzio, che d’amor cantaro Fervidamente, e l’altro era Catullo1 2.
Bien plus, l’auteur des Triomphes avait toujours protesté contre la fable ridicule de Virgile sorcier3. Les illustrateurs sont donc allés à l’encontre de ses déclarations en représentant un motif aussi baroque.
On voit, par cet exemple, quelles licences les artistes se permettaient jadis vis-à-vis des textes qu’ils étaient censés commenter!
Au cours du xv' siècle, dans les peintures aussi bien que dans les manuscrits, toutes sortes de motifs parasites viennent se greffer sur la trame primordiale. Un des plus curieux est le Lai T Aristote 4 : on aperçoit, parmi les victimes de l’Amour, le philosophe grec marchant à quatre pattes, et portant sur son dos la belle Campaspe, la maîtresse d’Alexandre.
Un autre fabliau, le Lai de Narcisse , a inspiré la peinture qui orne le « cassone » du South Kensington Muséum : on y voit la princesse Dane,
LA LÉGENDE DU SORCIER VIRGILE Miniature italienne du xv” siècle.
(Bibliothèque Riccardi, à Florence.)