L’ÉCONOMIE DES TRIOMPHES
Viennent ensuite les chantres de l'Amour : Orphée, Pindare, Anacréon, Virgile, Ovide, Catulle, Properce, Tibulle, Dante, en compagnie de Béatrix, Selvaggia, Cin da Pistoja, Guy d’Arezzo et une foule de poètes italiens; enfin, Socrate et Lelius, les amis intimes de Pétrarque. Celui-ci y rend un hommage tout particulier aux troubadours : Arnauld Daniel, Pierre Roger et Pierre Vidal, Arnauld de Mareuil, les deux Rambaut, Pierre d’Auvergne et Giraud, Folquet de Marseille, Geoffroy Rudel, Guillaume.
Le moyen-âge a pour champions la a coppia d’Arimino », Lancelot, Tristan, Geneviève, Isotta.
Le Triomphe de l'Amour , on le sait, est le seul dans lequel le poète décrive nettement un cortège de triomphateur. Il y montre Cupidon debout sur un char enflammé :
. Corne un di color, che in Campidoglio
Triumfal carro a gran gloria conduce.
Ce char est traîné par quatre chevaux plus blancs que neige. Le dieu — un enfant nu, ailé — tient l’arc à la main; le carquois pend à son flanc. Autour de lui, la foule de ses victimes.
Ici, les artistes n’ont eu qu’à transposer les images du domaine de la poésie dans celui de la peinture pour obtenir les compositions les plus plastiques. Aussi, le plus souvent, ils s’en sont tenus à la donnée primitive; mais Pétrarque n’avait pas tout prévu; de là, une relative latitude.
Prenons Cupidon. Tantôt, chez les illustrateurs, il a les yeux bandés, tantôt il vise avec soin. Sur un coffre de mariage faisant partie de la collection de M. de Landau, à Florence, les jambes du jeune dieu se terminent par des serres d’oiseau de proie. Parfois aussi, outre l’arc, Cupidon porte une torche, comme dans l’ivoire de la cathédrale de Gratz.
L’attelage du char de l’Amour, quoiqu’il fût nettement indiqué par le poète, a plus d’une fois été l’objet d’altérations de tout point fantaisistes : au xvie siècle, dans une tapisserie du Garde-Meuble impérial de Vienne, ce sont des boucs, des tourterelles, des sirènes, et non pas des chevaux blancs, qui traînent le véhicule.
On comprend que, pour caractériser les différents acteurs de chaque triomphe, les illustrateurs aient entendu garder le plus d’indépendance possible. C’est ainsi que Samson est reconnaissable, tantôt à la colonne qu’il porte allègrement sur ses épaules, tantôt à la mâchoire d’âne qu’il tient à la main; d’autres fois, le héros hébreu est représenté endormi, près de Dalila qui lui coupe les cheveux.