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CHAPITRE IV

champion Piccarda de Florence, chantée par Dante1. Parmi les hommes jugés dignes de prendre part au Triomphe de la Chasteté, quatre sont désignés par leur nom : Scipion l’Africain, Hippolyte, Joseph et Spurina, le jeune Toscan qui se défigura pour confondre la calomnie. Ces tiois derniers reçoivent pour mission de surveiller, dans le Temple de la Pudicité, l’ennemi commun, l’Amour.

Le troisième chant nous fait assister à la rencontre de la Chasteté (personnifiée par Laure) avec la Mort (personnifiée par une femme vêtue de noir)2. Un dialogue s’engage entre elles. Finalement, la Mort arrache à Laure un cheveu d’or, cueillant ainsi la plus belle fleur, non par haine déclare le poète, — mais pour établir sa toute-puissance3.

Par une de ces anomalies fréquentes dans l’histoire des arts, les maîtres italiens ont presque invariablement représenté la Mort sous la forme d un squelette, tandis qu’à tout instant les artistes français lui substituaient — ce qui est infiniment plus dans le goût classique les trois Parques1. Il est vrai que, lorsque nos compatriotes entrèrent en scène, la Renaissance approchait déjà du zénith.

Constatons, d’ailleurs, que le Triomphe de la Mort s’est développé en dehors du poème de Pétrarque et sous l’influence de compositions antérieures, telles que les fresques du Campo-Santo de Pise. (Papes, empereurs, grands seigneurs étendus à terre, ou mendiants et estropiés implorant en vain l’inexorable déesse.) Cette filiation saute aux yeux dans les peintures de Matteo de’ Pasti ou les estampes de l’Albertine.

Chez Pétrarque — on en a fait la remarque, — les morts sont anonymes ; chez ses interprètes, au contraire, chacun d’eux est d’ordinaire désigné par son nom. C’est ainsi que, dans le Triomphe gravé par Pomarede, d’après Bonifazio, on lit les noms de Pompée, de Fabius, du pape Jules II, d’Hector, de Pyrrhus, de Scipion, et qu’on voit Thisbé et Pyrame, Cléopâtre et Marc-Antoine5.

1. Cette liste est à rapprocher de l’énumération des femmes vertueuses, donnée par Pétrarque dans ses Epistolæ familiares, livre II, lettre xv.

Sur l’iconographie de la Continence de Scipion, voy. les Annales archéologiques de Didron, t. XXIV, p. 47 et suiv.

2. Dans cette conception de la Mort, Pétrarque s’est manifestement laissé influencer par les données classiques; de même il aprisàVirgile(£'«é/<ie,livreV, vers 698) l’idée de faire arracher par la Mort à son héroïne le cheveu auquel tient la vie. (Dobbert, Repertorium fiir Kunstnnssenschaft, t. IV, 1881, p. 26-29.)

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