CHAPITRE V
femme, en costumes du xvc siècle (l’un d’eux porte une sorte de bonnet arménien); un groupe de six guerriers ou guerrières à pied; un groupe de cavaliers, d’une assez belle allure; enfin un groupe de sept docteurs, philosophes ou poètes. — V. Le Temps, un vieillard ailé s’appuyant sur un bâton et tenant la sphère, est debout sur un char, aux angles duquel sont assis quatre petits Amours nus. Des cerfs, à la taille minuscule, lui servent d’attelage. Au folio 46 v°, se voient deux villes dans un paysage aux rochers abrupts. — VI, Le Christ trône au-dessus d’un arc; quatre anges l’entourent.
Le manuscrit de la Laurentienne est le premier, comme nous l’avons dit, où les scènes sont dédoublées. On retrouvera, au x\T siècle, une disposition analogue dans les manuscrits de la Bibliothèque de Cassel, de la Bibliothèque Nationale de Paris (fonds français, n° Sg4) et de l'Arsenal.
L’enlumineur d’un autre manuscrit florentin, postérieur de quelques années, ce semble (Bibliothèque Nationale de Florence, fonds Palatin, E 5, 6, n° 65), s’en tient à une interprétation des plus correctes et des plus sages. Ses figures, un peu trapues, ont du caractère et du charme ; elles se distinguent par leurs têtes rondes et leurs gros yeux. Quant aux costumes, ils se rapprochent de ceux du « cassone » conservé au Kensington Muséum. Les deux premiers cortèges se déroulent posément, de gauche à droite. Le troisième, celui de la Mort, met en scène des démons enlevant les damnés et des anges enlevant les élus. Dans la miniature suivante, la Renommée trône au milieu d’un disque, tenant le glaive dans une main, une statuette de Cupidon dans l’autre. Devant les chevaux, qui remplacent ici les éléphants, marchent un vieillard et un jeune homme enchaînés. (Notre planche hors texte reproduit, le Triomphe de la Chasteté.)
Les miniatures qui accompagnent l’édition de 1478 (fonds Magliabechi, à la Bibliothèque Nationale de Florence), ont ceci de particulier que tous les chars y sont traînés par des chevaux, dont l’artiste a varié les attitudes avec beaucoup d’ingéniosité. Certaines figures, tout en manquant de finesse, ont de l’allure : dans la première scène, on remarquera la fierté du guerrier s’avançant aux côtés du char. Les autres sont lourdes, empêtrées. Signalons la présence, à côté du char de l’Amour, d’un pape, d’évêques et de moines. Dans la troisième scène, la Mort se drape dans une ample robe noire et tient en l’air, droit, la faux dentelée. Dans le compartiment consacré à la Renommée, les deux chevaux, richement caparaçonnés, bondissent par un mouvement superbe. Signalons, en outre, l’emblème qui représente le Temps :
LE TRIOMPHE DE l’aMOUR ET LE TRIOMPHE DE LA RENOMMÉE PAR FRANCESCO MANTEGNA ET TON DO Peintures du xv” siècle. (Château de Colloredo.)
LES MINIATURES
-des livres ouverts ou fermés, posés sur un char. Dans la dernière scène, les -coursiers fougueux gisent à terre, foudroyés; le char s’écroule, les livres tombent, tandis que dans les airs apparaît, au milieu de chérubins, le Christ au nimbe crucifère ! ' — Ces miniatures, dont la saveur fait penser à la haute Italie, offrent, on le voit, une interprétation très indépendante. Il est fâcheux que celle-ci ne pénètre pas plus profondément dans l’esprit du poème.
Toujours à la Bibliothèque Nationale de Florence, un exemplaire de la même édition des Triomphes contient une délicieuse petite miniature, qui
LE TRIOMPHE DE LA RENOMMÉE Miniature florentine du xv° siècle.
(Bibliothèque Nationale de Florence. Fonds Palatin, E 5, G, n" 65.)
■est tout un poème de grâce et de fierté. Quatre coursiers blancs, dont les ■deux premiers se retournent en hennissant, tirent le char doré, orné des flammes traditionnelles, sur lequel se tient Cupidon. Des prisonniers — de beaux adolescents, aux élégants costumes — suivent, les mains liées derrière le dos; un autre est écrasé par les roues; en arrière, une demi-douzaine de personnages, dont un coiffé d’un turban, chancellent, frappés de flèches par le dieu cruel, ou gisent déjà sur le sol. Un paysage rocheux sert de repoussoir à la scène. Rien ne saurait rendre la délicatesse de ces figurines : elles n’ont rien à envier aux nielles les plus fins (gravé p. x 58).
Un autre manuscrit de la Bibliothèque Nationale de Florence (fonds Palatin, E 5, 7, n° 33) est orné d’un Triomphe de l'Amour qui frise la cari-
1. Dans l'édition vénitienne de 1488, se trouve lage — des cerfs — tombent foudroyés. (Les chevaux
«n motif analogue : ici également le char et son atte- d’une des miniatures sont gravés ci-dessus, p. 82.)