CHAPITRE V
Un des plus anciens manuscrits illustrés des Triomphes est celui de la Bibliothèque Riccardi, à Florence (n° 1 12g). Les miniatures en ont parfois été attribuées à Benozzo Gozzoli, mais, si nous ne nous abusons, elles ont pour auteur un enlumineur de profession. Nous y voyons, comme illustration du premier chant, l’Amour sur son char, Virgile dans son panier, Samson endormi à terre, Aristote servant de monture à la belle Campaspe, et un cortège composé d’une demi-douzaine de personnages (gravé p. 1 16).
Les miniatures du manuscrit 174 du fonds Strozzi, à la Laurentienne proviennent du même atelier, sinon de la même main, que celles du manuscrit Riccardi : dans la première scène, les motifs et les attitudes sont presque identiques. On y remarque, comme dans celui-ci, l’ignorance du groupement et le manque de toute pondération. L’auteur est incapable de réunir ses figures en un tout harmonieux, voire de les mettre à une même échelle (les chevaux sont beaucoup plus petits que les hommes); il se plaît, en outre, aux costumes excentriques. Quant à sa ■ facture, elle est lourde et estompée. Hâtons-nous d’ajouter que ses petits tableaux ont beaucoup souffert.
Comme le copiste ou le relieur ont interverti les chants, nous allons, pour plus de commodité, décrire les miniatures dans l’ordre même du poème. — I (fol. 19). Le Triomphe de l’Amour offre la même disposition qu’à la Bibliothèque Riccardi, sauf que la tour à laquelle est suspendu Virgile est remplacée par quelques branchages, et que le poète a la tête nue. Au premier plan, Samson est couché sur les genoux de Dalila, comme dans la miniature de la Riccardienne; vient ensuite un motif peu distinct : Aristote, marchant à quatre pattes et mené, à l’aide d’une bride, par Campaspe, qui brandit un fouet. Cupidon se montre dans une attitude analogue à celle de la Riccardienne, mais a moins d’élan. D’une manière générale, les figures sont plus rondes. Plusieurs autres miniatures complètent l’illustration de ce premier chant et nous offrent ainsi le plus ancien exemple du dédoublement de l’action. C’est, d’abord, une composition fort endommagée, où l’on voit, entre autres, Héro
1. I Codici petrarcheschi delle Biblioteclie gover- question. — Un portrait de Laure, tenant de la native, n° 63. Le manuscrit renferme dix-sept minia- droite une branche de lotus et une palme, et montures, et non sept, comme le rapporte l’inventaire en trant de la gauche le ciel, orne le folio 8 v°.
Miniature florentine du milieu du xv° siècle. (Bibliothèque Laurentienne, à Florence.)
LES MINIATURES
regardant par la fenêtre Léandre qui nage (fol. 22 b). — II. La première illustration de ce chant (fol. 25 b), représente la Chasteté luttant avec l’Amour et lui attachant les mains derrière le. dos. Puis (fol. 28 b) c’est la Chasteté sur son char attelé de licornes (gravé p. 154). Un groupe de huit jeunes filles, marchant processionnellement (fol. 32), complète la série. — III (fol. 33). Cette composition, véritablement informe, représente le squelette avec la faux, monté sur un char que traînent deux buffles semblables à des rhinocéros. — IV. Ici, comme dans le manuscrit de Vienne, dont il sera question tout à l’heure (p. 1 63), le Triomphe de la Vertu fait pendant au Triomphe de la
LE TRIOMPHE DE L’AMOUR Miniature florentine du xv“ siècle.
(Bibliothèque Nationale de Florence. Fonds Palatin, E 5, 6, n“ 65.)
Renommée [c e st le premier de ces titres que Pétrarque avait d’abord donné à son quatrième chant; on sait que le chapitre : «nel cor d'amarissima dolcezza » se trouve seulement dans quelques éditions, où il précède le Triomphe de la Renommée). Au folio 12 b, une femme, la Vertu, le glaive dans une main, la balance dans l’autre, se tient sur un char que traînent deux chevaux, montés chacun par un « putto ». En avant, marchent : un jeune homme et, aux côtés du char, Hercule avec la massue et Samson avec la colonne. — Au folio 35 v°, une autre femme, la Renommée, se montre assise dans un disque, l’épée dans une main, une statuette d’homme nu debout dans l’autre (gravé p. 126). Deux chevaux sont attelés au disque et s’avancent vers le spectateur; deux prisonniers, à moitié nus, marchent à côté d’eux. Cinq autres miniatures complètent ce chant (fol. 1 5, 1 5 b, 36, 38, 41). Ce sont : un guerrier à cheval brandissant l’épée (Alexandre); un groupe composé de deux hommes et d’une