‹ PétrarqueChapitre 156 sur 252 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

la présence d’Hercule et de Samson, qui se font pendant, et celle de deux jeunes gens attachés au char. Le Père Éternel trônant, entouré de chérubinset d’anges, représente à lui seul la dernière scène.

Venise nous offre, dans un manuscrit de la Bibliothèque de Saint-Marc, une illustration de Pétrarque, traitée dans des données assez intéressantes. Sur le frontispice, Apollon (un bel adolescent florentin, vêtu d'un justaucorps et chaussé de bottes à l’écuyère) poursuit Daphné. Le Triomphe de l'Amour se présente moins bien. Le char, attelé de quatre chevaux marchant de front, se dirige en droite ligne sur le spectateur, ce qui oblige l’artiste à des prodiges de perspective. Les personnages qui l’escortent ne manquent ni d’élégance, ni de piquant : ce sont de fiers adolescents, à la taille cambrée, hauts sur leurs jambes, donnant le bras à de belles jeunes filles ou échangeant avec elles des baisers.

Citons encore, à la « Petrarchesca » de Trieste, un manuscrit enluminé (n° 2), contenant, entre autres, le Triomphe de l’Amour ' .

Nous mentionnerons, au catalogue placé à la fin de ce volume, un certain nombre d’autres miniatures italiennes, qui achèvent de prouver de quelle faveur le poème de Pétrarque s’enorgueillit au xve siècle.

En France, plusieurs manuscrits à miniatures, tous d’origine florentine, ont trouvé un asile à la Bibliothèque Nationale.

Voici tout d’abord le manuscrit n° 5qg du fonds italien, encore assez archaïque (première moitié du xv" siècle. M. Mazzatinti le place au xiv' siècle). Nous y voyons le Triomphe de l’ Amour (fol. 1 57), en très petites dimensions et en camaïeu, avec une infinité de figures. Le char, attelé de deux chevaux, s’avance vers la droite; il est entouré (non suivi) d’une foule immense de personnages microscopiques. L’Amour, nu, se tient debout sur le char. — Les autres Triomphes n’ont pas d’illustration.

Le manuscrit n° 5.q5 du même fonds 2, enluminé après le milieu du

Giulio Clovio(!) qui vivait au moins un demi-siècle plus tard. — Cf. Bradley, The Li'e and Works of Giorgio Giulio Clovio , p. 1 3g, 2'"i 1-262. Londres, 1891. — Kukuljevic Sakcinski, Leben des G. Julius Clovio, p. 16. Agram, i852. — Ces miniatures nous paraissent provenir du même atelier que celles du manuscrit n° 5qS de notre Bibliothèque Nationale. (Voy. ci-dessous, p. 161. Cf. p. 166, note 1.)

1. Hortis, Catalogo delle Opéré di Francesco Petrarca, p. 190.

2. « Negli anni domini mcccclvi del mese di febraio fu compiuto di scrivere a di xviiii. » — Fol. 11 v°, le Triomphe de l’Amour. — Fol. 12, bordure à entrelacs, excessivement riche ; dans un petit médaillon on voit le Triomphe de l’Amour, répété en figures microscopiques ; différents autres médaillons. — Fol. 2 5 v°, le Triomphe de la Chasteté. — Fol. 3o v°, le Triomphe de la Mort. — Fol. 40, le Triomphe de la Renommée. Au premier plan, un enfant nu frappe deux chiens avec une massue. — Fol. 48 y

LES MINIATURES

XVe siècle, contient quelques costumes eu motifs piquants, bien florentins, dans la manière de Benozzo Gozzoli. Signalons, dans le Triomphe de la Mort, au-dessus du squelette armé d’une faux gigantesque, deux démons tenant une âme, et, du côté opposé, deux anges tenant chacun une autre âme. Notons aussi que le char de la Renommée, qui est caractérisée par un clairon et un globe, est attelé de deux chevaux blancs (à la place d’éléphants).

Précieux entre tous est le superbe manuscrit sur vélin, écrit à Florence par A. Sinibaldi, en 1475- 1476 (fonds italien, n° 548; nouveau catalogue, n° i5o)'. L’exécution se distingue par une délicatesse rare. Merveilleux sont, dans la bordure du Triomphe de l’Amour, les petits motifs , d'une finesse incroyable : Laure cueillant une branche de laurier, Narcisse se mirant dans l’eau, Pyrarne et Thisbé, etc. Quant à l’interprétation, elle apporte, à côté de motifs connus, tels que Dalila coupant les cheveux à Samson, et Campaspe montée sur le dos d’Aristote, quelques formules vraiment originales :

c’est ainsi que la Mort, un squelette armé de la faux et agrémenté d’ailes de chauve-souris, trône sut un crâne coiffé d une tiare. Dans le cortège de la Renommée a pris place Cacus, qu on ne rencontre guère ailleurs. Plus indépendante encore est la caractéristique du Temps : ici nous avons affaire, non à un vieillard s appuyant sur des béquilles, mais à Saturne, ailé, dévorant deux enfants.

LE TRIOMPHE DE LA CHASTETE Miniature florentine du xv“ siècle.

(Bibliothèque Nationale de Paris. Fonds italien, n° 548.)

le Triomphe du Temps. Le char est traîné par deux cerfs. — Fol. 5i, le Triomphe de la Divinité. Pas de char. Dieu le Père soutient le Christ en croix, au milieu d’une gloire d’anges et de chérubins. Dans le bas, on voit trois Évangélistes (gravé p. ioi).

1. Mazzatinti, Manoscritti italiani nelle Biblioteche di Francia , t. I, p. 108; Rome, iS-86. — Cf.

h rimmel, Beilrcege %u einer lkonographie des Todes , P- 47- — Molinier, Galette archéologique, i883, p. 229. — Ces miniatures nous paraissent sortir du même atelier que celles du manuscrit Trivulce (voy. ci-dessus, p. i58). Le Triomphe de l’Amour , entre autres, offre des saisissantes analogies dans les deux manuscrits.

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