‹ PétrarqueChapitre 157 sur 252 · livre enrichi de l’A et de l’û · texte numérisé non relu

livre enrichi de l’A et de l’û

FRONTISPICE DES TRIOMPHES Miniature italienne du xv° siècle.

(Bibliothèque Impériale de Vienne, n“ 2649.)

puis, saint Jean l’Évangéliste tenant l’hostie au-dessus du calice, et un ange avec des flammes; plus bas, dans des niches plus petites, la Foi, la Charité et l’Espérance (gravé p. i83); sur le soubassement enfin, la Vierge et l’Enfant Jésus entre deux anges. — Nous avons affaire à une interprétation délicieuse, légère et précise ; partout des médaillons, des figurines, tirés des Triomphes, des ornements exquis, animent et éclairent le texte.

Un autre manuscrit, sur papier (fonds italien, n° 1019, ancien 8140), montre, dans la première initiale , un Amour nu, les yeux bandés, décochant une flèche.

Puis ce sont (manuscrit 1022 du même fonds) : une salamandre dans les flammes (fol. 11), avec l’inscription :

« Ignis me nutrit»; un cœur

AM

séparé en deux (d’un côté : , de l’autre : spes); enfin, au folio 1 57 , au milieu

d’un joli encadrement composé de fleurs, d’oiseaux, de quadrupèdes, un Amour nu, assis sur un animal qui ressemble à un lama.

L’Allemagne et l’Autriche, de leur côté, ont recueilli quelques miniatures du xvc siècle consacrées aux Triomphes1.

1. Sur les analogies et les différences de ces Zeitschrift fiir bildende Kunst, t.UXll, 18S7, p. 128-

manuscrits, voir l’article de M. Buchholtz dans la i3o. — Cf. Beschreibung der Kœniglichen Bibliolhek

LES MINIATURES

Voici, à la Bibliothèque Impériale de Vienne (n° 264g), et à la Bibliothèque Royale de Dresde, deux manuscrits jumeaux, tous deux sortis de la même main, à savoir celle de Jacopo de Vérone. Le premier a été écrit en 1459 ; le second, en 1460, à Pesaro, évidemment pour Borso d’Este, duc de Ferrare, dont il porte les armoiries Il n’est pas impossible que Jacopo de Vérone ait également exécuté les miniatures, qui sont au-dessous du médiocre, à l’exception des bordures, où se développent d’élégants et inextricables entrelacs*.

Dans toute l’illustration pétrarquesque, il n’est rien de plus infime que ces miniatures de Vienne et de Dresde, autour desquelles on a fait tant de bruit. Aussi plate est l’invention, aussi enfantin est le dessin. Seul, dans le manuscrit deVienne, le Triomphe de la Chasteté offre un certain parfum, bien que les figures y soient trop courtes et les têtes trop grosses, absolument

fi/ Dresden. — Venturi, Le Arti a Ferreira nel penodo di Borso d’Este ( Rivista storica i t ali an a , 2e année, p. 4). — Waagen, Die vornehmsten Kunst- Denkmæler in Wien , t. II, p. 102. — Frimmel, Beitrœge ft/ einer Ikonograpliie des Todes, p. 49-50.

1. Waagen a commis, au sujet du manuscrit de Dresde, une erreur monstrueuse : il affirme qu’il a été exécuté à Pesaro, en 1460, pour le roi Henri III de France!

2. Le manuscrit de Vienne contient sept miniatures : Pétrarque endormi (reproduit p. 162) et le Triomphe de l’Amour. — I. La composition est infiniment plus riche que celle de Dresde, mais les personnages principaux y sont conservés, tel le monarque à triple couronne marchant entre les chevaux. On y voit, en outre, Pyrame et Thisbé, Campaspe chevauchant Aristote. —IL Le Triomphe de la Chasteté. Cette composition est la moins mauvaise : les jeunes filles qui accompagnent le char ne manquent pas de grâce. — III. Dans le Triomphe de la Mort la composition diffère de celle de Dresde (la Mort tire sur un roi et une femme, au lieu de tirer sur un groupe de femmes, etc.), mais non moins uniforme. — IV. Un motif nouveau, c’est, au folio 33, le « Triumphus Virtutis » : dans les airs, une femme assise tient d’une main un sceptre, de l’autre une flamme ; dans le bas sont des guerriers et une femme debout. — IV bis (fol. 37). « Triumphus Famces: la Renommée, tenant de la droite le glaive, de la gauche une statuette nue, trône sur un char attelé de deux chevaux blancs et qui s’avance droit sur le spectateur. Une troupe de cavaliers armés de lances l’accompagne. — V. Le Triomphe du Temps est encore plus indigent que celui du manuscrit de Dresde : le char y est supprimé; la composition se réduit à un vieillard, marchant appuyé sur un bâton, un sablier à la main. Dans les airs, paraît le char d’Apollon. — Le Triomphe de la Divinité manque.

Voici la description du manuscrit de Dresde :

I. Cupidon, muni de grandes ailes, la flèche dans la droite, l’arc dans la gauche, se tient debout sur un char entouré de flammes et traîné par quatre lourds chevaux blancs qui marchent de face ; en avant, entre les deux chevaux de devant, un souverain porte la tiare à trois couronnes. Le cortège se compose d’hommes et de femmes, aux mains liées derrière le dos; on reconnaît Hercule à la peau de lion jetée sur ses épaules. A droite, au second plan, deux personnages s’entretiennent. Pour encadrement, des enlacements de rubans, de fleurs, de fruits, de « putti ». Dans la partie inférieure, deux de ces « putti » tiennent les armes de Borso, duc de Ferrare (1442-1471), pour lequel ce manuscrit a été fait. —

II. Le char s’avance de gauche à droite, traîné par des licornes. La Chasteté, coiffée d’un pétase, est assise et tient de la gauche une palme. Huit jeunes filles l’accompagnent. Dans la bordure inférieure, un médaillon de jeune fille. — III. Sur un char fort rudimentaire, attelé de deux buffles, le squelette tire de l’arc. Sur le devant, quatre personnages accroupis tiennent un cadavre. Au fond , plusieurs jeunes filles. Dans la bordure inférieure, une tête de mort. — IV. La Renommée, assise sur un char, attelé de deux chevaux, tient d’une main un glaive, de l’autre un objet qui ressemble à une flamme. Une demi-douzaine de cavaliers, armés de pied en cap, l’escortent. Dans le bas, une tête casquée. — V. Un vieillard, tenant une mappemonde et s’appuyant sur un bâton, occupe le char traîné par deux cerfs ; dans le bas, paraît la tête du même vieillard. — VI. La caractéristique ici est des plus faibles : dans les airs, un jeune monarque imberbe bénit de la droite, et tient, de la gauche, une corne d’abondance, dont s'échappent des flammes; dans le bas, sont six guerriers armés de pied en cap; dans la bordure inférieure, une tête de vieillard.

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