CHAPITRE V
microscopiques'. Le style en est prétentieux, la facture recroquevillée, mais d’un fini extrême. Au frontispice est le portrait du poète, à mi-corps, la couronne de laurier planant sur sa tête, un livre à la main. La bordure montre : Apollon poursuivant Daphné, une femme tenant un cadavre, un jeune homme assis à qui l’on amène une jeune fille (la Continence de Scipion ?), deux vieillards qui s’entretiennent, des amoureux qui s’embrassent, et tout un monde de « putti ». Passons à l’analyse des Triomphes. — I. Deux hommes nus, vaguement inspirés des Dioscures du Quirinal, conduisent les quatre chevaux. Sur le char, un essaim d’Amours nus tirent de l’arc. Dans la bordure, Campaspe, à cheval sur Aristote, figure à côté de différentes autres scènes minuscules. — II. Les licornes ressemblent à des lions; la Chasteté tient d’une main l’arc et la flèche de Cupidon, de l’autre l’étendard avec l’hermine. Dans la bordure, on voit l’Amour lié à une colonne et différents autres petits motifs. — III. La Mort est un horrible squelette ailé; son char, semé de crânes, se dirige vers le fond de la composition. — IV. Les deux chevaux de la Renommée s’avancent en se cabrant ; ils sont d’ailleurs du dessin le plus lourd. La déesse, debout sur le char, tient deux trompettes. Dans la bordure, nous signalerons Hercule étouffant Antée, Hercule tuant le lion de Némée, Samson tenant la mâchoire d’âne. Toutes ces petites scènes révèlent le goût de l’auteur pour les figures nues. — V. Le Temps a pour attelage un cerf, un bouquetin et une biche, innovation des plus curieuses (gravé ci-contre, avec un léger agrandissement),. — VI. Le Père Eternel enfin est entouré d’anges, de séraphins et des quatre Évangélistes.
En Angleterre, la riche bibliothèque de M. Yates Thompson renferme un petit manuscrit, sur vélin, de la seconde moitié du xv' siècle, d’une finesse extrême. Sur le frontispice (reproduit p. 84), on voit Apollon et Daphné, un Cupidon nu, lançant une flèche, etc. Suivent, après le Can^oniere, les illustrations des Triomphes. — I. L’Amour sur un char attelé de quatre chevaux blancs, se montrant de face. — II. La Chasteté sur un char attelé de deux licornes, allant à gauche. — III. La Mort (un squelette ailé), sur un char attelé de deux buffles, allant à gauche. — IV. La Renommée, de face, sur un char attelé de deux éléphants. — V. Le Temps, un vieillard ailé, tenant un sablier, sur un char traîné par deux cerfs se dirigeant à gauche.
1. Voy. dans la Revista de Archivos, Bibliotecas y Museos, de Madrid (1901, p. 451-453; pl. x, xi), la notice consacrée à ce manuscrit. — ■ Nous ne saurions partager l’opinion du connaisseur distingué qui attribue à la même main, à savoir celle de Francesco d’Antonio del Cherico, de Florence,
les miniatures de Madrid et celles du manuscrit n° 548 du fonds italien, à la Bibliothèque Nationale (voy. ci-dessus, p. 161). Celles-ci se distinguent par leur galbe ; les miniatures de Madrid, au contraire, ont quelque chose de rabougri et de maussade.