‹ PétrarqueChapitre 158 sur 252 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

hors d’échelle. Or, ici, nous cherchons les talents qu’a inspirés le génie de Pétrarque, les belles images qu’il a fait naître, et non les élucubrations de médiocrités qui n’auraient jamais dû s’attaquer à lui.

Un fait à retenir, c’est que, dans le manuscrit de Dresde, 1 inscription cc Triumphus Virtutis » remplace celle de « Triumphus Famæ », et que, dans le manuscrit de Vienne, le Triomphe de la Vertu est représenté à côté du Triomphe de la Renommée. « Triumphus Virtutis », tel était le titre primitivement donné par Pétrarque au quatrième chant'.

En Espagne, à la Bibliothèque Nationale de Madrid, deux manuscrits italiens, richement enluminés, offrent des variations très brillantes sur le poème de Pétrarque.

Le premier d’entre eux (Réserve 4-4"; haut., om357; larg., om228; écrit « manu Matthæi, domini Hercolani de Volterris », et provenant de la Bibliothèque d’Urbin), contient, outre le portrait de Pétrarque (fol. 4 v°, publié ci-dessus, p. 72), quatre grandes miniatures illustrant les quatre premiers Triomphes dans une donnée des plus originales. Au lieu de se dérouler en forme de frise et de se montrer de côté, les chars et les cortèges se présentent de face ; par surcroît, les personnages, loin de suivre le char, se groupent sur les différentes plateformes dont il se compose ; en un mot, ils sont spectateurs et non plus acteurs ou victimes. Les figures, parfois un peu trapues, ont beaucoup d’accent et de saveur ; les têtes sont finement individualisées, surtout chez les femmes. L’auteur excelle également dans les raccourcis. De toute manière, il tranche sur les miniaturistes florentins. Nous serions disposés à le rattacher à une des Écoles de l’Italie du Nord, notamment à l’École de Ferrare.

Dans la première miniature, quatre chevaux blancs, attelés de front et richement harnachés, tirent le char sur lequel se tiennent une demi-douzaine de femmes, des plus accortes, parmi lesquelles celle qui porte la couronne et qui se lamente est évidemment Didon. Plus haut, des sortes de niches renferment cinq personnages debout, les mains liées derrière le dos ; au milieu d’eux, est un vieillard couronné (le roi David). Au-dessus, fixées au même pilier circulaire , dans lequel sont pratiquées les niches , brûlent six torches; trois têtes d’anges paraissent au milieu des flammes. Enfin, couronnant le tout, l’Amour tire de l’arc en voltigeant. Une bordure fort riche, composée de rinceaux, de fleurs, de génies nus, de chérubins, d’emblèmes avec des devises, et d’entrelacs, encadre cette première page.

La miniature suivante ne comprend que deux acteurs : la Chasteté

1. Zeitschrift fiir bildende Kunst , 1887, p. 129. — Cf. ci-dessus, p. 1 55.

LES MINIATURES

■debout, une palme dans la droite, un bouclier dans la gauche, et, devant elle, l’Amour agenouillé, lié à une colonne. Cinq petits génies nus, ailés, entourent le groupe et brandissent des branches de laurier. L’attelage comprend, à la place de licornes, deux mouflons à la longue toison.

La troisième scène se passe sous une espèce de baldaquin. Deux buffles, semblables à des hippopotames, s’avancent en foulant aux pieds trois personnages étendus sur le sol, dans des attitudes très hardies. Sur le char siègent des hommes et des femmes, dont l'une tient un enfant emmailloté. Un jeune garçon, dans une pose -charmante, se tient debout en avant de la balustrade.

Plus haut, trônent un pape, un cardinal , un évêque et deux souverains. La Mort — un squelette armé de la faux — domine le tout, mais sans assez s’imposer à l’attention :

l’artiste a sacrifié le principal à l’accessoire. De même, cet indépendant a remplacé par deux chevaux blancs les éléphants d’ordinaire attelés au ■char de la Renommée. — On jugera par la gravure cicontre du charme qu’il a su mettre dans ses figures, sans se soucier de la signification de la scène.

Les miniatures de Madrid appartiennent, affirme Waagen, « aux plus fines productions de cet art, vers la fin du xve siècle, tel qu’il s’était développé sous l’influence de Mantegna; elles font songer à Girolamo dai Libri 1 ».

LE TRIOMPHE DE LA RENOMMÉE Miniature italienne du xv° siècle.

(Bibliothèque Nationale de Madrid. Rés. 4-4“.)

Le second manuscrit de Madrid (Réserve 8a, 17; haut., omn3; larg., -om075) contient sept miniatures, de très petites dimensions, presque

1. Jahrbïicher fïir Kunstwissenschaft, de Zahn, t. I, 1868, p. 328-329. — Kunstchronik, t. XVIII, p. 388.

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