‹ PétrarqueChapitre 168 sur 252 · CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y

sieurs fois dans ies gravures vénitiennes); au second plan, se presse une foule compacte, précédée par un roi. Au fond, dans un paysage rudimentaire , deux personnages , en costume du xve siècle , causant tranquillement, semblent commenter la scène et en tirer la moralité (Pétrarque et une ombre?). Cette réminiscence de Dante passe, de l’édition de 1488, dans celles de 1490 et de 1492. Dans les scènes suivantes, nous citerons quelques variantes dignes d’être relevées : la Chasteté porte un vase rempli de fleurs et de feuilles (de laurier ?). Le char du Temps est traîné par des monstres à tête d’oiseau et à queue de dragon (au lieu de cerfs). En outre, au lieu du vieillard consacré, nous en voyons trois : l’un, tenant une pancarte avec le mot «Tenpo»; le second, levant une sphère; le troisième, un sablier à la main. Le couronnement du char est surmonté d’un enfant nu, tenant une sorte de tau. La dernière gravure nous montre le char du Temps — attelé, cette fois, de cerfs — renversé par la force divine et tombant à terre en se disloquant. Dans les airs, volent quatre anges ; plus haut, le Père Éternel apparaît à mi-corps dans une gloire, avec le livre ouvert de l’A et Q. Ce motif, comme il a été dit (page 157), fait penser à la miniature de la Bibliothèque Nationale de Florence. — Il est à regretter que le graveur, de son trait rude et souvent négligé, ait dénaturé l’esquisse du dessinateur, qui comptait certainement parmi les meilleurs illustrateurs de Venise.

En 1490 ', Pietro Veronese publia, également à Venise, une nouvelle édition, illustrée de vignettes fort mouvementées et brillantes, bien que la gravure laisse à désirer en finesse : les ombres, à l’aide desquelles le graveur s’est efforcé de modeler, sont trop parallèles et donnent de la sécheresse. D’élégantes bordures sur fond noir, à figures et à arabesques, les encadrent. — A tout instant, ces bois reproduisent, dans leurs traits généraux2, les fameuses estampes florentines du British Muséum (voy. p. 173). Les mêmes gravures reparaissent dans l’édition de 1491 -1492, publiée par le même éditeur.

Les gravures de l’édition vénitienne de 1492-1493, imprimée par Joanne di Codecha, de Parme, s’inspirent à leur tour, avec plus ou moins d'indépendance , des gravures de l’édition de 1490. Elles ont toutefois plus de liberté et de fraîcheur. L’auteur y est revenu aux anciennes pratiques

1. Duc de Rivoli, Bibliographie des Livres à 2. Les points de contact entre les deux suites de

figures vénitiens, p. 34-45. — Cf. le Catalogue de gravures sont indiqués dans la Bibliographie des M. Olschki, n° xlix. Livres a figures vénitiens , p. 16-47.

LES GRAVURES

de la xylographie et s’est contenté d’indiquer par un trait la silhouette des personnages, avec quelques autres traits pour les lignes du visage et de la draperie. Mais comme il n’a fait aucun effort pour renouveler l’iconographie du sujet, nous n’insisterons pas davantage ici sur ses compositions

Florence, de son côté, mit au jour, en 1499, une édition curieuse (réimprimée en i5o8, et, plus récemment, à Rome, en 1 8g 1 ) , dont les trois derniers bois sont inspirés par les gravures sur cuivre florentines s. Les cortèges s’y développent dans les données courantes. Le char de l’Amour, qui s’avance droit sur le spectateur, supporte un vase d’où s’échappent des flammes et qui se termine par un globe, ou plutôt une grenade ; sur ce globe enflammé se prélasse Cupidon, les yeux bandés, les ailes déployées, l’arc dans une main, une torche dans l’autre.

Sur le devant du char est assis, entre les deux paires de chevaux, un personnage imberbe, couronné, le sceptre à la main.

En avant, marchent deux couples, l’un derrière l’autre, enchaînés parles jambes et les mains liées derrière le dos. Un cortège nombreux les accompagne. L’homme de droite porte le surcot aux longues manches retombant jusqu’au bas de la jupe et le chapeau florentin à bords relevés ; la femme, qui est à côté de lui, se signale par le hennin dégénéré de la fin du xve siècle. Dans le fond, se voient une ville, des arbres et des montagnes ; au premier plan, des herbes et des cailloux. Deux nuages s'élèvent à droite et à gauche de

LE TRIOMPHE DE L AMOUR Gravure de l’édition vénitienne de Pietro Yeronese (1490).

1. Ces gravures, à leur tour, ont été copiées deux fois à Milan, en 1494 : une fois par . Ulrich Scinzenzeler (qui les réédita en 1507 et en 1 5 1 2) ; l’autre, par Antonio Zaroto ; elles ont reparu à Venise, en 1497, en i5oo et en i5o8, chez Bartolomeo Zani

da Portese; en i5o3, chez Albertino da Lissona(?) de Verceil; en 1 5 1 5, chez Agostino de Zani da Portese.

2. Un des bois de cette édition figure au Cabinet des Estampes de Paris (Réserve Ea, 19 a).

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