CHAPITRE PREMIER
1 353 ' , il fit des séjours si nombreux et parfois si prolongés, le poète ne vécut que pour les beautés de la nature. Lui-même qualifiait d’ « aspera quædam et agrestis » le genre de volupté qui l'entraînait aux sources de la Sorgue h Avec raison, il disait de sa retraite :
Qui non palazzi, non teatro o loggia Ma’n lor vece un abete, un faggio, un pino •*.
Son habitation était des plus modestes, ses goûts des plus simples; il vivait en campagnard. Son seul luxe, c’était sa bibliothèque4. Même après son départ définitif, en 1 353, il laissa un certain nombre de manuscrits 4é une trentaine — dans la maisonnette où il avait passé tant d’années inoubliables.
Pétrarque n’avait pas découvert Vaucluse : ce site enchanteur comptait des fervents longtemps avant lui; il fut apprécié des Romains déjà, comme le prouvent les nombreux fragments d’architecture et de sculpture découverts dans la vallée5. De nos jours encore, une grande et belle colonne, cannelée en spirale (déposée dans une cour attenant à l’église), témoigne de l'importance du temple élevé à Vaucluse par les anciens maîtres du monde. C’est à eux . également que divers archéologues attribuent le percement du tunnel qui relie les deux parties du village. Au vie siècle, saint Véran illustra la vallée par ses miracles, et édifia une petite église qui, rebâtie pendant la période romane, s'impose encore à notre estime, tout humble qu’elle est, par on ne sait quelle distinction.
Plus tard, le château fort des évêques de Cavaillon vint couronner une des faces du cirque gigantesque qui se dresse autour de la fontaine. Au xiv' siècle, la source de la Sorgue était devenue un lieu de pèlerinage pour tous les amis de la nature : en 1 3 ig, entre autres, le roi Robert de Naples, un des futurs protecteurs du poète, y fit une excursion avec la reine sa femme.
Des divers ouvrages laissés à Vaucluse par l’antiquité ou le moyen-âge,
PRETENDUE MAISON DE PE TR A VAUCLUSE (Façade postérieure.)
1. Il y avait fait une première visite en 1 3 1 6. Yoy. les Epistoïœ seniles, livre X, ép.xxi; éd. de i58i, t. II, p. 869.