‹ PétrarqueChapitre 194 sur 252 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

II. La Chasteté tient une colonne et une palme; elle a pour voisinesdeux licornes et une colombe blanche. En avant, marche une Vestale, portant un cierge et une palme. Aux roues de devant, s’empressent Abstinenceet Tempérance ; aux côtés du char, marchent Hippolyte, Lucrèce, Hippo et Déiphile, etc.

Voyant le inonde ainsy mys et vaincu Pour batailler prent armes Chasteté

Par le moyen qui n’a point chaste esté Qui Cupido dompte souhz son escu.

III. Cette scène a pour actrices les Trois Parques. Pandore, tenant la boîte d’où sortent des serpents, aide à tirer le char, qui est attelé debuffles. Sous les roues, gisent la Chasteté et l’Innocence. Derrière le char, s’avance Vieillesse.

Puis Atropos et ses deux seurs fatailles Viennent ouvrir le mortel dernier pas

A Chasteté sans rigele {sic) et sans compas Pour démonstrer leurs puissances totalles.

IV. Derrière la Renommée, qui tient une trompette à quatre embouchures, s’avancent Homère, Cicéron, Virgile, etc., et, du côté opposé,. Charlemagne, en costume impérial, Aristote, Alexandre le Grand, etc. Sur le sol, gisent les Trois Parques.

De terre vient la haulte Renommée Car Chasteté elle a voulu venger

Pour Atropos et ses deux seurs renger Par son povoir comme dame extimée.

V. Le Temps, assis, une horloge à la main, une couronne en tête, ar au-dessus de lui, le Zodiaque. Deux cerfs blancs, un corbeau et un coq servent d’attelage. A côté du char, marchent Adam, Mathusalem, Noé et Nestor. Sous les roues du char est étendue la Renommée.

Le Temps esrneu apres noises de bas A Renommée a faite [sic] plusieurs alarmes

Vieil et cassé sans craindre aucun port d’armes Et du plus hault il la remise au bas.

VI. La Trinité siège, dans les airs, sur un char tiré par les symboles des Évangélistes. Autour d’elles se montrent les Pères de l’Église. Les roues écrasent les Parques, la Renommée, l’Amour, le Temps et la Chasteté.

Soubz le pouvoir des puissances encloses Régnant la hault au lieu de la Trinité Trois indivis par divine unité Mectent à fin et domptent toutes choses.

Le dessinateur des cartons d’une autre tenture, en cinq grandes pièces, conservée au Palais Royal de Madrid (un Flamand du milieu du xvic siècle, familiarisé avec la Renaissance italienne), donne à la conception de Pétrarque

teur moyenne dépasse 4 mètres, sa longueur 5 les tapisseries de Vienne présentent avec les Figures mètres, sauf pour le n" V, qui ne mesure que 4™ 5o. de la Bible, gravées sur bois en France vers la fin du Nous reviendrons plus loin sur les analogies que xvie siècle.

un souffle, un élan et une chaleur qu’aucun interprète n’avait soupçonnés avant lui. La recherche du mouvement y est poussée à l’extrême. Autant le peintre des tapisseries du Kensington et de Hampton Court se complaisait dans les groupements touffus, autant celui des tapisseries de Madrid excelle à détacher les groupes et à donner à la composition une allure dramatique. Les chars ne s’avancent plus sur le sol : ils volent à travers l’espace, sem-

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LE TRIOMPHE DE LA CHASTETÉ Tapisserie flamande du xvi° siècle. (Garde-Meuble Impérial de Vienne.)

blables en cela aux chars représentés par le graveur des Planètes; nous avons donc une partie céleste et une partie terrestre. Et puis quelle richesse dans l’invention et la caractéristique de chaque divinité ! 11 est vrai que les figures, à la fois prétentieuses et vulgaires, mi-flamandes, mi-italiennes, n’ont plus la souveraine distinction de celles des tapisseries antérieures. — Bien que nos planches fassent passer sous les yeux du lecteur deux de ■ces tapisseries, nous ne pouvons résister au plaisir d’analyser du moins les qualités maîtresses de toute la suite'.

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