CHAPITRE VI
elles que la profusion de l’or. Ce sont les chars et les cortèges si souvent déjà décrits. Signalons, dans le Triomphe de l’Amour , Pétrarque endormi près d’un château, en compagnie d’une ombre qui lui parle. Seul le Triomphe de la Renommée rappelle un modèle vraiment hiératique : vue de face, trônant dans un médaillon, qui repose sur divers ornements, entre autres une chimère, la déesse tient de la droite un glaive, de la gauche une petite figurine'.
Nous n’insisterons pas sur la décoration de ce volume, qui porte toutes les marques de la décadence : l’ornementation négligée, les figures et les personnages aussi mal peints que mal dessinés, les fonds sans accent et de tons criards, donnent aux miniatures l’aspect des gravures peintes, dont les missels de ce temps sont assez souvent illustrés. Aussi bien avonsnous affaire à de véritables imitations de gravures sur bois, et il est certain que le peintre qui les a faites a connu, soit les gravures sur cuivre qui ont servi de modèle pour les bois, soit les bois eux-mêmes, bois vénitiens de 1492, que nous avons déjà signalés comme une copie médiocre, — par la pauvreté du style et le peu d’ampleur de la composition, — soit des gravures ombrées de 1490, soit des cuivres florentins, si souvent imités. Les chars affectent les mêmes directions, souvent les mêmes formes ; celui de l’Amour a le même attelage ; celui de la Renommée, le même support ; les cortèges sont formés de semblable façon. Bref, en admettant que ce ne soit pas une copie, il est du moins évident que l’artiste — si l’on peut l’appeler ainsi — a suivi une inspiration étrangère. Un détail à noter dans ces manuscrits français, c’est la représentation du personnage mort, sur le char, dans la forme et le style des statues couchées sur les tombeaux.
On pourrait signaler encore quelques autres adaptations françaises, mais elles sont sans importance.
D’une valeur exceptionnelle, tant au point de vue du style qu’à celui de l’iconographie, sont les trois manuscrits de la Bibliothèque de l’Arsenal.
Le premier (n° 5o65) appartient à l’époque Louis XII et se distingue par des miniatures de dimensions assez grandes, un peu rondes, mais très fraîches et modelées avec beaucoup de soin". Il ne contient que les trois premiers Triomphes; le reste des illustrations est consacré à des épisodes de la vie des différents acteurs ou actrices mis en scène par Pétrarque : l’illustrateur prodigue les traits de mœurs et les costumes de son temps dans ces petits tableaux d’un anachronisme naïf, surchargés d’or.